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fjfaalmie gonorrhéique. Plusieurs écrivains prétendent, dit M. Decondé, que l'ophtlialmie hlennorrliagique est plus grave el a une marche plus rapide que les ophthalmies purulentes; celle assertion peut être vraie pour la France et pour quelques autres pays, mais elle ne saurait s'appliquer à la Belgique, où ces dernières ophthalmies sévissent avec une intensité si effrayante et se montrent si promptement filiales que quelques heures suffisent pour amener la désorganisation du globe. M. Fallot va même jusqu'à alléguer que la préexistence ou la coexistence d'un écoulement génital n'est point un signe certain; il ne constitue qu'une présomption; rien n'empêche, en effet, le porteur d'une hlennorrhagic urétrale de contracter une conjonctivite, avec laquelle la gonorrhée n'a rien de commun.
L'apparition d'un bubon pré-auriculaire ou parotidien serait, d'après le docteur Hairion, un caractère pathognomonique constant de la gonorrhée oculaire. Ce bubon se montre dès le début de l'ophtlialmie. Il est situé à quelques lignes au-devant de l'oreille, à la hauteur du tragus, parfois un peu plus bas. D'ordinaire, une seule glande est engorgée; d'autres fois, il y en a deux, placées l'une à côté de l'autre, de manière à simuler une seule tumeur. Le bubon, à cette époque, est le plus souvent inappréciable à la vue ; sa présence n'est constatable qu'au toucher. Bientôt, son volume s'accroît. Dès le troisième ou le quatrième jour, il se présente sous forme d'une tumeur, saillante, grosse comme une petite noisette, douloureuse à la pression. Parfois, une rougeur érylhématheuse de la peau l'accompagne. La sensibilité est moindre, du huitième au douzième jour; les dimensions de la protubérance diminuent de telle sorte qu'elle n'a plus que le volume d'un haricot; la rubéfaction, quand elle existait, s'évanouit. Le bubon se maintient dans cet état, longtemps encore après la cessation de l'ophthalmie; il finit par se dissiper au bout de plusieurs mois. Le professeur de Louvain ne l'a vu qu'une seule fois acquérir des dimensions plus considérables ; on comprend, ajoute-t-il, que sous l'influence de certaines causes, il est susceptible de s'élever à un plus grand développement, de suppurer, de s'ouvrir, de se comporter, en un mot, comme Je bubon en général. Peu d'observateurs ont adopté, à cet égard, les vues de M. Hairion. D'après M. Bicord, ce prétendu signe pathognomonique, qui peut tenir à toute espèce d'inflammation conjonetivale, semble n'avoir été introduit dans la question que pour étayer une doctrine erronée qui professe que l'ophalmie blennorrhagique est de nature syphilitique. Il avoue, d'ailleurs', qu'il est encore à en chercher un exemple. Dans notre opinion, le bubon pré-auriculaire ne caractérise pas plus la nature de la maladie ophthalmique qu'un engorgement inguinal ne démontre l'essence syphilitique de certaines maladies de la verge. Cimier a vu mettre en avant 1 eMstence d'une telle adénite, pour faire refuser un secours à un aveugle- on se fondait sur ce que la cécité était la conséquence d'un mal vénérien «Je me suis fortement élevé, dit-il, contre cette interprétation dont il m'a été facile de démontrer la non-valeur, el si je parle ici de ce fini, c'est qu'il serai! possible S en Prodmsît *> semblables. Il serait réellement déplorable/ dans
1 Ricord, Lettres sur ta syphilis, 2° édition. Pnris, 18GG.
2rH) L1VRB II. — MALADIES DU CLOUE OCULAIRE.
l'état actuel de la question, de voir invoquer un pareil signe diagnostique, pour rejeter, dans certains cas, des demandes de pension faites par des militaires ayant souffert d'ophthalmie au service, et devenus aveugles dans leurs foyers.»
ÉTiOLOGiE. — Le développement de l'ophllialmie gonorrbéique a été interprété de deux manières : 1° contagion ou contamination locale par suite du transport vers l'œil d'une matière virulente fournie par une blennorrhagie urétrale; 2U métastase, c'est-à-dire développement d'une phlegmasic conjonctivale par suite (|r ramoindrissemcnl ou de la cessation d'une inflammation de la muqueuse de l'urètre.
Le raisonnement et l'observation clinique démontrent que la doctrine de l'inoculation directe est aujourd'hui seule admissible. Tantôt le mal résulte du transport du muco-pus de la verge à l'œil par le moyen des doigts, tantôt ce sont des linges, des eaux de toilette, etc., qui ont porté l'ichor à l'organe visuel. Des sujets, affectés de blennorrhagie urétrale, se sont inoculé le mal aux yeux en se lavant ceux-ci avec leur urine, tenant en suspension la matière virulente. C'est au moyen d'un œil artificiel, qui avait été saisi par des doigts souillés de cette même matière, qu'un borgne, atteint de gonorrbée , dont parle M. Ricord, fit naître dans l'organe perdu une ophthalmie blennorrhagique. Presque constamment un œil, le droit surtout, est envahi seul au début, et l'autre ne se prend (pie parce qu'il a subi le contact des humeurs corrosives fournies par son congénère. Cette contagion est favorisée, suivant M. Ricord, par la position que prennent les malades enclins à se pencher plutôt du côté de l'organe sain, afin d'éviter la compression pénible qui aurait lieu s'ils se couchaient du côté de l'œil affecté : la saillie plus ou moins prononcée de la racine du nez ne lui paraît pas non plus indifférente au point de vue de l'écoulement plus ou moins facile du muco-pus d'un œil à l'autre. Le suintement muqueux, vulgairement appelé goutte militaire, ne peut engendrer ce genre de conjonctivite, d'après le même observateur. La rareté de la gonorrhéc oculaire chez les femmes a été attribuée pour une large part à ce qu'elles sont bien moins appelées que les hommes à porter les doigts vers leurs organes génitaux, à cause de la conformation et des fonctions de ces derniers.
L'impression subite d'un air vif et froid , surtout quand les parties génitales y sont ainsi exposées, les injections astringentes faites en temps inopportun dans l'urètre, l'usage de remèdes balsamiques dans la période inflammatoire de la gonorrhée ont été invoqués comme causes de la brusque suppression d'un écoulement urétral, et par suite de lophlbalmie blennorrhagique dite par métastase. Commandé pour monter la garde à la cour au mois de janvier, et pondant qu il était atteint de gonorrhéc, un capitaine de l'armée de Napoléon 1er, dont parle Swediaur fut forcé, par un temps glacial, de rester longtemps exposé à L'ail durant le jour et le soir. Des douleurs vives se manifestèrent aux yeux vers minuit; cet accident fut accompagné le lendemain d'un écoulement copieux de matière puriforme. Douze jours après, le llux était tari, mais la suppuration a\ait envahi la cornée, et le malade était aveugle. Dans ce fait comme dans les autres
l Swediaur, Traite des maladies syphilitiques. Paris. I80o. Tome I, p. UO.
r.lUPITRK F. — OPHTHALMIKS. 257
exemples de ee genre qui ont été cités, comment garantir quelle qu'e soit d'ailleurs la sincérité du malade, qu'il n'ait point porté de la matière virulente aux yeux, à son insu fréquemment, et peut-être durant le sommeil. M. Ricord professe que, dans les circonstances même où la contagion directe est hors de doute, l'écoulement urétral diminue, en vertu des lois de la révulsion, à mesure que l'ophthalmie se développe et que la nature est pour ainsi dire occupée à lui fournir des matériaux; quand la plilogose oculaire est arrivée à son summum d'intensité, l'équilibre se rétablit dans le plus grand nombre des cas entre les deux affections, à moins que la blcnnorrbagic urétralc ne soit déjà sur son déclin, et naturellement portée à la guérison.
traitement. — Depuis une trentaine d'années, le nitrate d'argent est l'expédient le plus en vogue pour étouffer l'ophthalmie blennorrhagïque à sa naissance et la combattre quand elle est établie. Les contre-indications de cet agent, employé comme caustique dans les cas où la cornée a été largement envahie, ont été précédemment formulées. Les douches oculaires, très-souvent réitérées, tempéreront l'acrimonie du mucus virulent et contribueront à son expulsion; administrées immédiatement après l'application des caustiques, elles en adouciront les effets. Le débridement du chémosis par les scarifications effectuées dans ce bourrelet est très-propre à sauver des cornées menacées de sphacèle. Le traiiement auquel nous avons ici recours est fondé sur les mêmes bases que celui de la forme granuleuse purulente aiguë (p. 235).
On a dit que, si le copahu jouissait d'une efficacité puissante contre la gonorrhée génitale, tandis qu'il ne fonctionnait guère qu'à titre de purgatif contre la blennorrhagie oculaire, c'est que, dans le premier cas, il agissait sur la membrane muqueuse de l'urètre comme modificateur spécial, son principe spécifique étant charrié à travers le canal en combinaison avec les urines. Quoi qu'il en soit de cette explication, il est vrai de dire que ni le copahu ni le poivre cubèbe n'ont paru offrir aucun avantage contre l'ophthalmie qui nous occupe, et sont à cet égard abandonnés des praticiens.
Toutes les fois qu'un œil est affecté de conjonctivite gonorrhéique, il y aura heu de recommander au malade les précautions les plus minutieuses pour ne pas infecter son congénère. M. Warlomont regarde, comme moyen le plus certain dans l'espèce, l'oblitération de l'organe sain avec le collodion fortifié dans son application par des bandelettes de baudruche. Le transport de la matière de l'écoulement de l'urètre à la conjonctive, par les mains du malade, donnerait heu le plus constamment à une ophthalmie droite, suivant M. Warlomont tandis qu'elle serait double, le plus habituellement, quand elle a été communiquée par des objets qui ont appartenu à des sujets contaminés.
Pratiques anciennes. Traitements de Dupuytren , de Sanson et du docteur Ri cord.- Les médecins, imbus de l'idée que l'ophthalmie gonorrbéique était fréquemment le résultat d'une métastase, devaient naturellement préconiser la necess.te d aviver et de reproduire autant que possible l'écoulement urétral nom opposer au travail métastatique un mouvement en sens inverse Scan» C mours et d autres proposent une sonde ou une simple bouo-io • i * cc ' derawr penda* ^ i„stMls, ,., , ^^.^^
v2r>K LIVIUî II. — MAI..VIIIKS DU f.l.OHK OCULAIRE.
milieu du canal, afin de l'irriter légèrement. Cet instrument doit être enduit d'une certaine quantité de matière virulente, d'après Richter, Becr, Jaeger père. On prend à cet effet <le l'écoulement gonorrhéique d'un autre individu, ou, à son défaut, du muco-pus oculaire du malade. Quelques-uns substituent au liquide virulent une pommade au précipité rouge (Rosas) ou d'autres pommades irritantes. On a encore recommandé des injections dans l'urètre avec de l'huile chaude, avec une solution de potasse caustique, détartre stihié, d'ammoniaque, etc., des frictions sur le pénis et le scrotum avec un Uniment excitant, des fomentations chaudes et des cataplasmes sur ces mêmes parties, l'application de ventouses sèches au périnéè. Revenus de ces idées d'antagonisme, séduisantes en théorie, mais rarement conformes à la vérité, la plupart des praticiens ont abandonné l'emploi de ces moyens , longtemps préconisés dans les écoles. L'on est à peu près d'accord sur ce fait que si le flux urétral peut être momentanément diminué pendant le cours d'une ophthalmie gonorrhéique, il n'est presque jamais complètement tari, et qu'il n'y a aucun avantage à l'activer ou à susciter un nouvel écoulement, ce qui d'ailleurs est loin d'être toujours facile.
Dupuytren avait recours à un traitement qu'il considérait comme très-apte à amener une guérison rapide; plusieurs faits cliniques à l'appui de sa valeur sont consignés dans ses Leçons orales. Les paupières étant tenues écartées l'une de l'autre , l'on insuffle, à l'aide d'un tuyau de plume ou d'un tube de verre, une forte pincée de calomel sur toute l'étendue de la conjonctive oculaire et palpébrale. Les mouvements des paupières et du globe, l'écoulement des larmes font pénétrer la poudre mercurielle dans les replis de la conjonctive boursouflée. L'insufflation est répétée une ou deux fois par jour. On y ajoute, mais seulement le soir, l'instillation de quelques gouttes de laudanum de Sydenham. Dupuytren ne négligeait pas les émissions sanguines et les révulsifs, moyens avantageux , suivant lui , mais insuffisants contre la maladie qui nous occupe.
C'est par l'excision associée à la cautérisation que Sanson traitait l'ophthalmie gonorrhéique. Le malade étant couché, les voiles palpébraux ayant été écartes aussi largement que possible et fixés par un aide, ce professeur retranchait, à l'aide de pinces et de ciseaux courbes sur le plat, toutes les parties boursouflées de la conjonctive scléroticale jusqu'à la rainure oculo-palpébrale , laissait couler le sang, nettoyait l'organe, puis cautérisait lentement avec un crayon de pierre infernale la face interne de l'une et de l'autre paupière, faisant surtout agir le caustique sur les régions où les granulations se montraient les plus développées et les plus nombreuses. Des ablutions froides, faites à grande eau, ayant débarrassé les tissus des parcelles superflues de l'agent corrosif, les paupières étaient ramenées h leur situation naturelle, et le malade était ensuite soumis à la médication de l'ophthàhnie aiguë. M. Julliard, ancien chef de clinique du service ophtalmologique dirigé par Sanson à l'Hôtcl-Dieu de Paris, relate deux faits de guérison ù l'appui de l'excellence de cette méthode. Rien que très-douloureuse, elle n'est pas suivie, d'après cet observateur, d'une réaction très-intense; enfin, elle n'expose presque jamais au symbléphamn.
CHAPÉTRE I. — OPHTHALMIES. 2SU
« En effet, dit-il ', nous mêlions on contact deux surfaces don! les propriétés vitales sont bien différentes: l'une d'elles, saignante, se cicatrisera plus rapidement que l'autre, présentant une escarre d'autant pins profonde que le caustique aura agi avec plus d'énergie. Il se développera sur celle dernière une inflammation éliminatoire qui, exigeant un temps plus ou moins long pour parcourir ses périodes et détacher l'escarre, ne mettra les parties à nu qu'à une époque à laquelle le travail de cicatrisation sera peut-être achevé sur l'autre surface. »
Moins heureux que les deux malades dont parle M. Julliard, un jeune clerc de notaire, que je lis admettre, sur ses instances, dans le service de Sanson, privé qu'il était de se faire convenablement soigner à domicile, perdit un œil. A l'époque cependant où il entra à l'hôpital, la cornée était saine et la conjonctive scléro.-palpébrale était seule atteinte, par suite du transport direct du mucus urétral sur le globe.
Le traitement du docteur Ricord consiste dans la cautérisation de la conjonctive palpébraleet même de la conjonctive oculaire avec le crayon de nitrate d'argent. Cette cautérisation est effectuée dans toutes les phases de la gonorrhée oculaire, depuis ses débuts, comme méthode aborlive, jusqu'à sa terminaison la plus fatale. Les autres principaux éléments de sa médication sont le collyre au nitrate d'argent, les lotions et des injections avec une décoction tiède de têtes de pavots, les émissions sanguines, coup sur coup, suivant la formule de M. Bouillaud. les frictions, autour de la base de l'orbite, avec l'extrait de belladone, pur ou associé à l'onguent napolitain, les pédiluves irritants, les purgatifs. L'œdème des voiles palpébraux est combattu par de légères mouchetures. Quand l'acuité de l'inflammation a disparu, M. Ricord fait appliquer un vésicatoire à la nuque. Employé au moment delà plus grande intensité des accidents, ce moyen tend plutôt, d'après son expérience, à exaspérer le mal.
DE l'oPHTHALHIE BLENXORRHAGIQUE CATARIUIO-RHUMATISUALE DE M. RICORD. 1MTIS
ooNORRHÉiQUE.-J'aivu, trois ou quatre fois, des sujets atteints de gonorrhée et ' qui étaient attaqués d'une ophthalmie différant de celle dont il est question dans cet article. Ce n'était point une lésion engendrée par une contagion directe sur a membrane muqueuse de l'œil; si, comme dans toute autre phlogose ophtalmique, il y avait, dans ces cas, hypérémie plus ou moins marquée des vaisseaux externes , le mal avait surtout pour siège les tissus internes du globe et plus particulièrement l'iris et la choroïde ( irido-choroïdite). L'apparition de ces désordres, pendant le cours d'une urétrite , a reçu des interprétations variées. Comme I arthrite blenno/rhagique, a-t-on dit, ils éclateraient par une sorte de predispositioi laux affections rhumatiques qu'acquiert l'organisme sous l'influence <1 une gonorrhée. Le docteur Rollet (de Lyon) admet que le rhumatisme blenûorrhagique porte son action sur le globe et sur les articulations % d'où une
Julliard (de Genève), De l'emploi de l'excision et de la cautérisation , à l'aide da ni* 'g* Urgenl f°ndu> (lai» fophlhalmie blennorrhagiaue (thèse inaugurale). Paris \ 83b,
1 Jull traie p. 78
5 Bu'letin de thérapeutique, t. LV, p. 130
v2(iO LIVRE II. — MALADIES DU (.loin: OCULAIRE.
ophthalmie dé môrae nature que l'arthrite e1 symptomatique comme elle de la hlennovrhagie. A l'œil, continue col observateur, la phlegmasie semble avoir pour siéyc habituel, et en quelque sorte électif, la couche antérieure de l'iris et parfois aussi la séreuse qui tapisse la l'ace postérieure de la cornée, la membrane de Dcscemet , en d'autres termes, partiellement ou en totalité. M. Hollet invoque une hypothèse à laquelle l'analogie lui parait donner quelque valeur. En voyant, dit-il , des accès de lièvre intermittente survenir après une incision ou une déchirure du canal, des douleurs rhumatismales et même l'arthrite suivre un simple cathétérisme, n'est-il pas permis d'admettre que l'uréthrite, si elle vient à s'étendre à certaines parties non encore déterminées du conduit urinaire, puisse, chez quelques sujets prédisposés, et par le seul retentissement de la maladie d'un tissu sur un autre , donner naissance à d'autres actes morbides et amener toute la série des accidents rhumatismaux. Dans l'opinion beaucoup plus satisfaisante de M. Mackenzie, l'écoulement de la gonorrhée infecterait le sang, à l'instar d'un autre virus, et produirait ainsi la synovite et une iritis qu'il appelle gonorrhéique; plusieurs séreuses seraient aptes à en subir encore l'impression ; il parut donner lieu à une péritonite chez l'un de ses malades. N'abordant la question qu'au point de vue pratique, je dois dire que, dans des cas pareils, je me suis toujours tenu en garde contre l'existence d'une affection constitutionnelle, et j'ai soumis mes malades à un traitement antisyphilitique, et notamment au sublimé. Dans l'espèce d'ailleurs, les mercuriaux ne sont-ils pas le moyen le plus efficace de triompher des inflammations internes du globe , quelle que soit l'essence de la lésion dont il peut être atteint?
Article 6. — De l'ophthalmie pseudo-membraneuse ou diphthéritique des auteurs (conjunctivitis membranacea de Arlt).
Nous avons déjà formulé notre opinion sur ce qui a été appelé ophthalmie diphthéritique ou pseudo-membraneuse des nouveau-nés; nous n'avons donc point à y revenir. Les pseudo-membranes, développées sur la surface de l'œil à la suite de lésions traumatiques, de brûlures par le feu ou les caustiques, se présentent quelquefois à l'observation, mais peu d'oculistes ont vu des inflammations pseudo-membraneuses du tissu conjonctival , en dehors des circonstances qui viennent d'être signalées. Bien qu'elles puissent surgir, on ne saurait en douter, dans des diphthérites généralisées, et surtout dans des épidémies d'angine couenneuse , de croup, d'affections diphthéritiques variées, elles semblent rares encore dans de telles conditions. Billard dit avoir vu, à l'hospice des Knfants-Trouvés de Paris, une fille de service prise d'une conjonctivite oculo-palpébrale. Beaucoup d'enfants de la salle où elle était occupée étaient atteints de muguet. La conjonctive se couvrit bientôt d'une couche pelliculeuse tout a fait semblable au muguet de la bouche, et cette pellicule, composée de petits flocons blancs agglomérés, s'élendit peu à peu jusqu'au devant de la cornée dont elle troubla la transparence Dans un cas de double ophthalmie pseudo-membra-
1 Billard, traduction du Truite des maladies (ks yeux de Lawrence. Paris, 1*30, p. 474.
CHABITHË I. — OPHTHALMIES. 201
neuse, plus récemment publié par M. Wai'lomont, il s'agit d'un homme de treille ans, chez lequel la diphthérite atteignit les lèvres, tout l'intérieur de la houche, le voile du palais, etc. De larges plaques d'une exsudation couenneuse fortement adhérente tapissaient ces parties ; la soif était vive, la peau chaude et l'haleine fétide '.
Le silence dans lequel se tiennent, en ce qui concerne la question qui nous occupe, presque tous les auteurs d'ophthalmologic de France et d'Angleterre, démontre péremptoirement, quant à ces pays, la justesse de nos assertions. Il en serait de même de l'Allemagne, si l'on consulte les ouvrages de Jùngken, de Rosas, de Walther, de Weller, etc., dans lesquels nous ne trouvons aucune mention de l'ophthalmie dite pseudo-membraneuse. Le premier, en 185-4, M. de Graefe publia une longue dissertation à cet égard2. La conjonctivite qu'il appelle diphthéritique, et qui, chose digne de remarque, avait échappe à l'attention de ses devanciers, ne serait pas, d'après lui, fort rare à Berlin. Si, sur un total annuel de 4,000 à 5,000 malades, plusieurs mois se passent souvent sans que cette lésion se présente à son observation, six ou huit sujets, qui en seraient atteints, sont simultanément en traitement à d'autres époques.
Il résulte des investigations de M. de Graefe que l'ophthalmie diphthéritique se rattacherait à une maladie générale. Sur 40 enfants qui en furent affligés 3 moururent par suite du croup ; d'autres succombèrent à une pneumonie ou à une méningite. Il pense que l'influence épidémique est la cause principale de la maladie; c'est au printemps et en automne que les épidémies surgissent de préférence. M. de Graefe a vu le produit pseudo-membraneux communiquer une telle roideur à la paupière supérieure, qu'on ne parvenait à la retourner qu'a- ) ec Peine< ^'exsudât est jaunâtre , épais ; il pénètre dans la substance de la conjonctive et yabolit presque complètement la circulation. Le gonflement des paupières a d'ordinaire acquis son summum d'intensité des le début; sa diminution n'est pas toujours liée à celle du processus diphthéritique, car il arrive souvent que celui-ci contracte une augmentation de mauvais augure, tandis que la tuméfaction des paupières décroît. Plus tard , la roideur de ces voiles s'évanouit la conjonctive devient spongieuse, les plaques fibrineuses se décollent peu à peu' de sa substance, alors dépouillée de son épithélium ; des hémorrhagies spontanées apparaissent parfois dans cette phase de la maladie, par suite de la mise à nu des vaisseaux delà conjonctive ; l'ophthalmie contracte dès lors un aspect assez analogue à celui d'une ophthalmo-blennorrhée chronique. La dernière période est caractérisée par la formation du tissu cicatriciel et le développement d'une certaine rétraction des voiles palpébraux, rétraction d'autant plus forte (nie le produit fibrmeux a été plus considérable et a atteint plus profondément la muqueuse. C'est surtout la destruction ulcéreuse de la cornée qui, dans cette maladie, peut compromettre le salut de l'organe. Je lis dans le mémoire de M. de Graefe que, sur 40 enfants atteints de
le la ma-
Annales d'oculistique, t. XL1V, p. 115.
» Uebcr die diphtlieritische Conjunctivilk und die Anwêndung des Camlicum beiakutm Enlzliudungen (Archiv fur Ophllmlmologie, i. I, p. 168). MaKulen
-K)*! I.1VHI'. H. — MAI.AIUKS UU OI.OliK OCULA.IIIE.
ladiedont uVagit, H portaient tics signes incontestables de syphilis. Or, cette
dernière, en ce qui concerne l'organe visuel, retentit surtout vers la cloison indienne; l'on est donc en droit de se demander si, dans l'espèce, les désordres oculaires n'avaient pas plutôt pour point de dépari li s lissus internes du globe, Dans un récent travail, publié par M. Mackenzie *, cet oculiste s'élève "mire les idées émises par le professeur de Berlin ; les dénominations d'ophthalmie pseudomembraneuse et de conjonctivite diplithéritique lui paraissent môme vicieuses en ce qu'on ne doit pas prendre pour base d'une distinction spécifique un phénomène qui n'est pas constant et qui survient plus particulièrement dans certains cas d'inflammation générale du globe et des tissus intra-orbitaircs (ophthalmitis). L'une des causes les plus fréquentes de cette dernière est l'infection purulente du sang, à la suite d'érysipèle ou d'une inflammation diffuse du tissu cellulaire.;; elle peut être consécutive à la variole, à la rougeole, à la scarlatine; l'angine croupale la provoque quelquefois. Quand l'ophtbalmite se développe sous l'influence de l'une ou de l'autre de ces causes, le globe devient proéminent; les paupières se gonflent, durcissent, se renversent même en dehors ; lu conjonctive et le tissu cellulaire sous-jacentsonlenvabis parmi chémosis séreux, qui s'accompagne à peine d'un accroissement de vascularité; il se dépose, mais dans quelques cas seulement, sur la surface de la conjonctive, une couche de lymphe coagulable qui, si on l'enlève, se reproduit. à plusieurs reprises. Plus tard, laconjonctive devient plus rouge, et, au lieu de fournir de la lymphe plastique, elle sécrète un mucus puri forme. Fréquemment, d'ailleurs, dans ces conditions graves, les deux yeux se prennent, des épanchements puro-lymphatiques envahissent les chambres, la cornée se perfore, d'où l'évacuation des humeurs intra-oculaircs. a L'affection diplithéritique de la conjonctive, dit M. Mackenzie, n'est donc point une maladie distincte ; elle constitue seulement un symptôme, et même un symptôme qui est loin d'être important dans les circonstances que nous avons décrites. Il indique, sans aucun doute, la spécialité aussi bien que la violence du travail inflammatoire qui a envahi le tissu conjonctival : on ne doit donc pas le négliger ; mais il n'a en lui-même aucune importance , sous le rapport du traitement h employer contre l'affection formidable qui englobe tout l'œil.» M. Mackenzie ajoute que si on mettait trop en évidence un tel phénomène, si on le considérait comme une affection distincte, on induirait le praticien en erreur, et on le porterait à effectuer sur l'œil des applications locales, telles qu'une solution de nitrate d'argent, taudis qu'il négligerait les moyens les plus propres à enrayer le mal capital, profondément situé et qui, malgré les applications faites sur la conjonctive, donnerait rapidement lieu à la destruction de la vue et parfois à la perte de la vie.
M. de Graefe affirme que la diphthérite conjonctivale est contagieuse, depuis le moment de son invasion jusqu'à celui de la disparition de tout produit morbide. M. .Mackenzie professe une opinion opposée. Elle n'attaqua qu'un œil dans les quatre faits qu'a relatés M. Magne -, bien que l'autre œil fut exposé au
1 Annales d'oculislique, i. XL, p. 30.
* Du croup des paupières, par le docteur Magne [Union médicale, année ISiiS, p. 398)1