CHAPITRE I. — OPHTHALMIES
parence les fait différer si peu du tissu normal qui les environne qu'elles échappent très-souvent aux regards de l'observateur. Les ulcères à facette brillent avec un certain éclat quand l'œil est exposé aux lumières artificielles, d'où il résulte que l'examen par l'éclairage oblique et par le procédé du professeur Laugier (page 51) sont de très-bons moyens pour en constater les conditions. Plusieurs auteurs professent que ces érosions peuvent être le produit d'un travail de résorption locale (Hasner), d'une sorte d'absorption ulcérative (Travers). On les voit souvent succéder à l'ouverture d'une phlyetène diaphane ou semi-transparente, vésicule qui, en se rompant, a laissé une plaie non déprimée semblable à l'une des facettes d'un diamant taillé. M. Mackenzie admet qu'une fossette transparente peut succéder sur la cornée à l'absorption d'une phlyetène. La fossette est recouverte alors par la conjonctive, qui retombe dans la petite dépression à laquelle a donné lieu la disparition de la tumeur phlycténulaire. Il est digne de remarque que les facettes sont très-souvent dénuées de vascularisations aboutissant à la partie affectée. C'est probablement l'un des motifs pour lesquels leur cicatrisation est généralement très-difficile à obtenir.
L'ulcère en godet ou en cupule (ulcère cupuliforme) occupe non-seulement la superficie de la cornée, mais il empiète toujours plus ou moins sur ses couches intersticielles. Arrondi , évasé , parfois infundibuliforme , de la grosseur d'une forte tête d'épingle, et fréquemment de dimensions plus considérables, il est à fond transparent ou grisâtre, et reçoit d'habitude un paquet pyramidal de vaisseaux. La cupule ulcéreuse est fort souvent située vers le centre de la cornée, ce qui en rend le pronostic plus fâcheux. La rupture d'une pustule kératique, l'évacuation d'un onyx lui donnent lieu le plus habituellement.
Dans d'autres cas, dans les ophthalmies arthritiques des Allemands, par exemple, les ulcères de la cornée sont étendus, parfois irrégulièrement ovalaires. Tantôt ils so»t superficiels, leurs bords étant fréquemment côtoyés par une infiltration blanche ou d'un blanc grisâtre ; tantôt ils sont profonds, le parenchyme du miroir ayant été largement corrodé. Nous en voyons souvent les bords mal déterminés, déchiquetés et plus ou moins taillés à pic.
Situés à une petite distance du limbe kératique, et précédés d'un ramollissement et d'un épanchement périphérique de la cornée , les ulcères en anneau se montrent dans les ophthalmo-blennorrhées, quand elles sont accompagnées surtout d'un fort étranglement chémosique. Viennent-ils à régner le long de la totalité ou d'une très-grande étendue de la marge cornéenne, le miroir est menacé de sphacèle et d'une destruction complète.
L'ulcère dit en coup d'ongle occupe la même position que la forme qui précède, mais c est un segment d'anneau, une excavation semi-lunaire qui ne contourne qu'une partie bien moins limitée de la cornée. Son bord externe est habituellement plus relevé que l'interne et le fond de la rainure jaunâtre ou grisâtre. J'ai vu chez des sujets âgés et cachectiques des ulcérations qui avaient quelquefois envahi près de la moitié de la périphérie du miroir, et qui étaient associées à une ophthalmo-blennorrhée exempte de chémosis, et affectant une allure lente et torpide.
Bien que très-exceptionnelle, l'existence des ulcérations rétro-cornéales
ne
saurait être contestée, comme le démontrent des observations de Fischer du professeur d'Ammon (p. 2i8 ), de M. Quadri 2, et plusieurs faits qui se sont présentés dans notre pratique. Des suppurations se faisant jour du côté delà chambre antérieure donnent probablement lieu à ces ulcérations profondes. Le tome b'r de la Collection des thèses de Huiler, volume si riche en documents ophtalmologiques, offre un passage qui nous paraît curieux au point de vue de la partie historique de la question qui nous occupe. Gifftbeil , auteur de la dissertation n°XX, de Ulceribus comeœ, thèse soutenue en 1742, sous la présidence de David Mauchart, expose que les ulcères de la face convexe de la cornée sont d'une constatation facile; puis il ajoute : « Paulo difficiliorem esse diagnosin, si taie ulcusculum, seu exulceratio, resideat in concava, interna corneœ superficie, jam nuper monuimus. Taies plus semel observavit prœses (c'est-à-dire Mauchart) exulcerationes in ophthalmiis internis. Anteriores corneœ lamellœ tune ordinario servant naturalem suam pelluciditatem atque nitorem, ulper ipsas transpiccre liceat intimam corneœ superlîciem concavam, inquinatamnubeculosisalboflavescentibus maculis et stigmafibus, aliquando late dillusis, per iiiterstitiaseparatis, aliquando uno scltem exiguo hic ibi loco. Jungitur subinde totius aquei humoris, in caméra oculi anteriore, turbiditas. Molesta insuper est lumim's perceptio visusque obnubilatio. »
Kératites primitives. Kératites secondaires. — Cette distinction est fondée sur le point de départ de la phlegmasie. Dans les kératites primitives, le parenchyme cornéal a été atteint d'emblée, sans que les autres tissus du globe aient été primitivement altérés ; c'est ce qui arrive souvent dans la forme intersticielle et non vasculaire dite kératite disséminée. Les kératites secondaires, au contraire, sont le résultat d'une souffrance de la cornée par continuité de tissu. Elles se manifestent le plus communément quand la conjonctive a été primitivement lésée. Tels sont le pannus consécutif à la présence de granulations palpébrales, la kératite ulcéreuse et le ramollissement de la cornée par suite d'ophthalmo-blennorrhées.
caractères physiologiques. — Dans la kératite, le trouble des perceptions visuelles est subordonné à la position et à la densité de l'obstacle, qui contrarie la transmission des rayons lumineux vers le fond de l'œil. La cornée est-elle libre, dans la région qui correspond à l'orifice pupillaire, la vue peut conserver son intégrité physiologique. Dans d'autres cas, les objets semblent obscurcis par .un brouillard ou par une fumée; ils peuvent n'être qu'à peine distingués ou même ne pas l'être du tout.
Les corps paraissent quelquefois déformés, par suite de la présence sur la cornée de facettes transparentes. Une diplopie fatigante el même une multiplicité plus considérable de l'image d'un même objet peuvent être les résultats de l'existence de ce genre d'ulcérations sur le miroir. Plus elles seront nombreuses, plus surtout elles seront rapprochées du centre kératique, et plus le
i Fischer, Lehrbuch der gesammten EntzUndungcn und organischen Krankheiten des menschlichen Auges. Pragues, 1846, p. 477. * Annales d'ocidislique, t. XXXVIII, p. 1 79.