CHAPITRE I. — OPHTHALMIES
qu'on peut produire l'inflammation dans une partie, en la privant dé l'influence nerveuse. »
L'intervention, réelle ou présumée, de certaines causes a fait donner à quelques kératites des qualifications spéciales. Celles qu'on a appelées rhumatismales et arthritiques seront plus tard l'objet de notre examen. Les phlegmasies cornéennes> que nous avons rencontrées chez un bon nombre de sujets entachés de syphilis, nous ont presque constamment offert les symptômes de la kératite ponctuée, et elles étaient accompagnées d'un degré plus ou moins avancé d'iritis. Toutefois, M. Hutchinson paraît avoir observé la kératite intersticielle chez plusieurs enfants, de 10 à 15 ans surtout, qui présentaient les traces manifestes d'une syphilis héréditaire Les filles y ont paru plus sujettes que les garçons. Ce praticien pense que l'existence d'une iritis, comme complication d'une kératite intersticielle, est loin d'être habituelle, sans être rare. Après avoir avancé que l'obscurcissement de la cornée se produit d'ordinaire si promptement qu'il devient impossible d'explorer l'iris, dès la première ou la seconde semaine de l'attaque, l'auteur ajoute que, quand la guérison s'obtient, l'iris a perdu un peu de son lustre et offre une teinte sombre et plombée. Cette affirmation ne dénote-t-elle pas que la cloison indienne a participé aux désordres ? D'après M. Hutchinson :
•1° Les malades de ce genre ont presque tous leurs dents incisives supérieures rabougries et échancrées d'une façon spéciale et caractéristique (page 88);
2° L'affection attaque de préférence l'aîné des enfants ;
3° On la rencontre indistinctement chez les sujets entourés de bonnes conditions hygiéniques, comme chez ceux qui sont mal nourris ou qui habitent des localités insalubres ;
4° Dix-neuf fois sur trente cas, les parents ont fait l'aveu que l'un d'entre eux ou tous deux avaient été atteints de syphilis constitutionnelle, avant la naissance des malades ;
5° Les principales lésions, qui ont compliqué l'ophthalmie, ont été les ulcérations du voile du palais, la surdité consécutive à une otorrhée, les nodus, le lupus, etc.
Kératites morbilleuse et searlatineuse. — Les conjonctivites, associées à la rougeole et à la scarlatine, peuvent se compliquer d'un degré plus ou moins élevé de kératite, avec suffusion, développement de phlyetènes, de pustules, d'ulcérations sur la cornée; ces dernières, d'après Burkard Eble, sont plus communes dans l'ophthalmie morbilleuse que dans la searlatineuse. Les dangers deviennent surtout sérieux, eu égard aux conditions de la cornée, quand la conjonctivite passe à l'état puro-muqueux, chez des sujets scrofuleux, cachectiques, mal nourris et soumis à des influences délétères.
Kératite variolmse.- Rare eu France aujourd'hui, grâce aux bienfaits de la vaccine, 1 ophthalmie varioleuse est encore commune dans certains pays en . Orient surtout et plus particulièrement en Égypte. '
La kératite varioleuse est caractérisée par le développement, sur le miroir de 1 œil, d une ou de plusieurs pustules, vers lesquelles afflue une injection fasci-
1 Annales d'oculis tique, t. XLIV, p. 34.
culairo; Non-seulcmcnl, dans quelques circonstances, l'épilhélium est soulevé par les tumeurs varioleuscs, mais la substance de la cornée est pénétrée par dos suffusions, par des onyx plus ou moins étendus. Des leucomes adhérents, 1© staphylùme de l'iris, ont été fréquemment constatés, dans de tels cas, par suite de la perforation de la membrane ; largement et profondément corrodée, ramollie, infiltrée, la cornée peut être envahie par une destruction complète. Dans d'autres conditions, infiniment moins graves, la pustule est remplacée par une ulcération qui souvent aboutit à une cicatrice opaque.
L'inflammation cornéenne, qui s'établit au moment où s'opère l'éruption générale, a été désignée sous le nom de kératite variolcusc primitive. La kératite varioleuse, dite secondaire (corneitis pnst-variolosa), se développe plus tard, à une époque avancée de la maladie, et survient, comme les abcès et les otites, lorsque l'éruption est en pleine desquammation et parfois après la chute des croûtes. On a vu, dans de telles circonstances, des taches kératiques grandir et devenir acuminées et jaunâtres à l'instar des pustules; on en a observé qui, groupées ensemble et amplement étalées, altéraient gravement la diaphanéité du miroir. Dans un cas cité par les docteurs Barthez et Rilliet, la phlegmasie, survenue au vingt-cinquième jour de la maladie, s'accompagna de chémosis et d'infiltration opaque de la cornée. Toutefois l'observation démontre que la kératite varioleuse tardive n'entraîne pas en général des désordres aussi étend 113 ni aussi profonds que ceux qu'est susceptible d'engendrer la forme associée à la période aiguë de l'affection varioleuse.
Les statistiques dressées sur les aveugles ont démontré qu'en France, avant la découverte de Jenner, sur 100 cas de cécité, 35 reconnaissaient pour causes la variole et ses conséquences. D'après M. le docteur G. Dumont, ancien médecin de l'hospice des Quinze-Vingts, cette proportion ne serait aujourd'hui que de 8 pour 100, en ne tenant compte que des individus d'un âge à avoir pu profiter des bienfaits de la vaccine.
traitement. — Si les désordres que crée la kératite peuvent jeter dans la vision une perturbation grave , il est permis d'établir qu'on en triomphe le plus souvent quand on la traite suivant les véritables règles de l'art. Que de fois nous avons vérifié l'exactitude de cette proposition de M. Mackenzie : qu'il ne fallait jamais perdre courage dans les inflammations de ce genre ; que parfois la guérison était possible, alors même que tout espoir semblait faible ou nul.
La kérato-conjonctivite simple est souvent attaquée avec succès par les moyens qui réussissent le mieux dans la conjonctivite blépharo-seléroticalc. Nous employons fréquemment contre elle les astringents faibles, comme une solution de borax (page 150), aidés, au besoin, de quelques dérivatifs intestinaux et cutanés. Le collyre au sublimé, avec ou sans addition de laudanum (page 15-2), les pommades rouges (page 166) , peuvent être principalement utiles dans les cas subaigus ou chroniques. L'éréthisme de l'organe se fait-il vivement sentir, la souffrance du tissu superficiel parait-elle tendre à gagner le parenchyme de H cornée, la médication de la kératite inlersticielle devient immédiatement applicable.
Il importe d'avoir égard à certaines circonstances locales qui peuvent être le