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CHAPITRE I. — OPHTHALMIES

ratite surtout, que l'on a préconisé quelques moyens spéciaux qu'il est important de connaître.

Nous avons insisté sur le bon parti qu'on pouvait tirer de la belladone, de la ciguë et du sulfate de quinine dans les conditions de ce genre (page 125). Comme le docteur J. Ansiaux, nous avons eu recours, avec le plus grand succès , à des fomentations, trois ou quatre fois par jour, avec une solution de cyanure de mercure. Nous formulons habituellement 25 milligrammes de cyanure hydrargyrique, 60 grammes d'eau distillée, et 2 grammes d'eau distillée de laurier-cerise. Une solution d'extrait d'opium ( de 1 à2 grammes de cet extrait pour I25grammes d'eau ) , en fomentations également sur la région oculaire , nous a paru maintes fois très-héroïque. Demours rapporte qu'une fille de 10 ans était affligée, depuis plus d'un an, d'un tel blépbarospasme , par suite d'une kératite varioleuse, qu'on croyait les yeux perdus et qu'on se disposait à la faire entrer dans un hospice comme incurable. Sous l'influence de fomentations opiacées sur les voiles palpébraux, ceux-ci s'ouvrirent au bout de huit jours; quelques semaines suffirent pour la guérison. L'exposition des yeux à la vapeur du laudanum mélangé d'eau soulage beaucoup, d'après M. Mackenzie, dans les cas où la lumière exerce sur ces organes une influence irritante.

Lawrence conseille une forte décoction de fleurs de camomille et de têtes de pavot, qu'on emploie aussi chaude que possible. On en imbibe un morceau de laine, qu'on applique sur l'organe affecté.

Les inhalations de chloroforme ont été récemment préconisées en Angleterre contre l'occlusion convulsive des paupières. Le docteur Bouisson ( de Montpellier) paraît avoir avantageusement prescrit contre ce pénible symptôme, et dans des cas où d'autres moyens avaient échoué, des frictions sur le front et les tempes avec 25 ou 30 gouttes de chloroforme.

Les frictions sur le front avec une pommade ou avec un alcool de vératrine ont été recommandées contre la photophobie par le docteur Terrier ( d'Angers). On a dit encore que des onctions , pratiquées une ou deux fois dans la journée sur la face cutanée de la paupière supérieure et sur la région péri-orbitaire, avec un pinceau chargé de teinture d'iode, avaient triomphé de photophobies qui s'étaient montrées rebelles à d'autres médications. Je les ai essayées , chez plusieurs malades, sans le moindre avantage.

Quelle que soit l'efficacité des expédients qui viennent d'être mentionnés, il n'arrive que trop souvent qu'ils ne conduisent pas au but qu'on se propose d'atteindre, et qu'on soit réduit à des mesures purement hygiéniques , destinées à habituer graduellement les yeux à l'impression des rayons de lumière. Quelques rares praticiens font entrer dans leur mode de procéder, à l'égard des jeunes sujets photophobes , une brusquerie qui parait avoir eu parfois des résultats salutaires. Il en est, par exemple, qui attachent les mains de ces malades derrière le dos, afin de les contraindre à se servir de leurs yeux. D'autres en plongent la tête dans un baquet rempli d'eau froide, elles placent ensuite sur lebord°d'une table, où l'instinct les avertit qu'ils vont tomber s'ils n'ouvrent pas les yeux Le docteur Lebert annonce que , dans quelques circonstances, l'intolérance de la lumière a cessé, comme par enchantement, sous l'influence de ce moyen « J'ai

vu, dit M. A. Quadri1, le docteur deGraefe employer un traitement assez singulier contre une ophthalmie avec photophobie nerveuse, sans altération appréciable de la cornée. Je lui dis que, dans ces cas, nous nous servions du quinquina avec grand succès. 11 me répondit : Vous avez raison, mais moi, je vais plus vile. 11 lit prendre le malade (c'était un petit garçon de six. ans) par les "pieds et par les mains, et lui lit plonger la tête dans l'eau, de façon à lui couper la respiration. Le petit malheureux se débattait affreusement. Au bout de quatre ou cinq minutes, on le lit un peu respirer, puis l'immersion fut renouvelée deux ou trois fois; après quoi, soit par l'effet de l'eau fraîche, soit que, comme il le disait, ce moyen détournât les courants nerveux, le petit malade ouvrit les yeux, et l'effet était produit. 11 le fit alors promener, pour corriger ce qu'il appelle la paresse musculaire propre aux tempéraments lymphatiques. » L'auteur ajouta • pie la mère reçut l'injonction de réitérer chez elle ce traitement sévère.

Cautérisation des ulcérations et des pustules de la cornée. — Je vois souvent des jeunes sujets qui poussent des cris, se débattent, se dérobent à toute investigation dès que je cherche à explorer leurs yeux. Bien fréquemment je ne tarde pas à apprendre qu'on a appliqué chez eux un expédient douloureux, dont ils redoutent et s'efforcent d'éviter un nouvel emploi. Je veux parler de la cautérisation de la cornée, dont les indications me paraissent rares, et sur les inconvénients de laquelle je me propose d'appeler quelques instants l'attention.

Scarpa est l'un de ceux qui ont le plus contribué à populariser dans la pratique la cautérisation des ulcères de la cornée. L'autorité de ses doctrines a porté beaucoup d'auteurs à l'adopter; la routine a fait le reste. L'idée qui le dominait ici, c'est que l'ophthalmie est entretenue par l'ulcération, et non l'ulcération par l'ophthalmie. Touche-t-on la plaie avec la pierre infernale, en appuyant assez vivement le crayon pour produire une escarre épaisse, on borne les progrès du travail morbide, qui tend à détruire le miroir; puis le sentiment de cuisson que le malade éprouvait s'évanouit comme par enchantement; il supporte une lumière modérée et peut goûter les douceurs du repos ; le globe et les paupières se meuvent plus librement; la sécrétion des larmes, la turgescence des vaisseaux de la conjonctive diminuent; l'ophthalmie se dissipe à mesure que la cicatrisation fait des progrès. Scarpa enseigne de réitérer plusieurs fois l'opération à quelques jours d'intervalle, si elle est jugée convenable.

Dans l'opinion de Samuel Cooper, le caustique détruit les extrémités de? nerfs, qui sont à découvert dans la région dénudée, et calme ainsi l'excessive sensibilité qui l'accompagne. Il convertit la surface de l'ulcère et l'humeur qui y est déposée en une croûte, une escarre qui remplit les fonctions d'épiderme et rend moins offensant le contact des parties voisines sur l'ulcère même. Il en arrête les progrès et en favorise la cicatrisation.

Depuis bien des années que je me livre spécialement à l'oculistique, j'affirme que je n'ai jamais observé les phénomènes dont le professeur de Payie nous fait part. Telle est aussi l'opinion de mon illustre maître Jaegcr (de Vienne) et de beaucoup d'autres ophtalmologistes. Lawrence annonce qu'il n'a qu'une feïj

' Annales d'oculislique, t. XXXVII, p. 223.

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