CHAPITRE 1. — OPUTIIALMIES
Ouverture artificielle des abcès de la cornée. — Les opinions diffèrent sur la question de savoir s'il y a opportunité d'ouvrir les foyers kératiques munis de grandes dimensions, et qui montrent de la tendance à progresser encore; la lancette, le couteau lancéolaire, l'aiguille à cataracte ont été proposés pour l'exécution de cette opération. Je l'ai pratiquée dans des cas où la collection proéminait si fortement au-devant du miroir que son évacuation semblait l'indication la plus rationnelle. Or la matière qu'elle contenait était tellement dense, tellement concrète, elle adhérait si intimement au parenchyme de la cornée que j'obtenais à peine un ou deux petits grumeaux de la substance morbide ; parfois même rien ne sortait à la suite de cette perforation. De plus, comme l'inflammation locale a presque constamment été exaspérée par de telles tentatives, toujours inutiles, souvent dangereuses, j'y ai depuis longtemps renoncé, et je laisse l'onyx s'évacuer spontanément ou se dissiper plus ou moins par résolution.
L'observation de Jiingken et de plusieurs autres auteurs est à cet égard conforme aux données de mon expérience. M. Mackenzie annonce qu'ayant ouvert plusieurs fois des onyx avec la lancette, il eut toujours le regret de constater la formation de staphylômes, par suite d'une large destruction de la cornée. Des abcès de ce genre furent, dans'd'autres cas, abandonnés à eux-mêmes, et, bien qu'ils fussent assez étendus pour couvrir complètement la pupille, il eut souvent la satisfaction d'obtenir le rétablissement des fonctions de l'organe.
Paracentèse de la cornée. — Quand un ulcère kératique, quel qu'en soit le siège, a tellement corrodé les tissus qu'une perforation de la cornée semble imminente, le docteur Monteath et quelques autres oculistes exécutent avec un large fer de lance une ponction dans les lamelles qui constituent le fond de la plaie; l'instrument en divise toute l'épaisseur, ce qui permet à l'humeur aqueuse de s épancher au dehors. Plusieurs chirurgiens procèdent à la paracentèse dans cette même circonstance, mais évitent de l'effectuer dans la région ulcérée. Cette pratique offre , dit-on , l'avantage de calmer immédiatement les douleurs auxquelles le malade peut être en proie; elle prévient l'hypopyon, l'iritis; elle enraye les progrès de l'ulcération , qui ne tarde pas dès lors à se couvrir d'une lymphe coagulable et de s'acheminer vers une cicatrisation rapide. Dans la pensée de Wardrop, si l'on régularise artificiellement ici la perforation oculaire, la vue est bien moins exposée à être sérieusement compromise que si l'on permet l'accomplissement d'une solution de continuité résultat du hasard, et d'où peuvent naître des leucomes étendus, des staphylômes de l'iris ou autres, et même l'évacuation des humeurs de l'œil. Je lis dans l'ouvrage de Rosas 1 que la ponction de la cornée peut être d'une utilité réelle quand une vaste ulcération qui menace de s'ouvrir occupe le miroir vis-à-vis de la pupille, ou quand cette région a été envahie par un kératocèle de date récente.
Les données de la pratique se sont-elles montrées, dans l'espèce, parfaitement d'accord avec les enseignements de la théorie? C'est là une question sur laquelle l'expérience aura ultérieurement à se prononcer. La paracentèse de la
1 Rosas, Handbuch dur theoretischen und practischen Augenheilkunde. Vienne 1830 t. III, p. 169. ' '
cornée n'a jamais été faite par Rosas dans les nombreus cas de kératite ulcéreuse qu'il a traités durant mon séjour a Vienne. Le docteur Guimonnet, qui a longtemps fréquenté ma clinique, m'a dil avoir vu des yeus se perdre à la suite de ce genre de ponctions effectuées à une autre consultation. Une jeune ulle de seize ans qui y fut soumise devint aveugle. Plusieurs malades, au contraire, dont l'état des cornées se prêtait à la paracentèse, ont été traités par moi, en sa présence, sans cette opération, et ont guéri. L'un d'entre eux, garçon cachectique et strumeux, âgé de huit ans, avait perdu l'œil droit, ponctionné pour une kératite ulcéreuse. Consulté l'année d'après pour l'œil .gauche , atteint de la même maladie, je conseillai les principaux moyens recommandés dans cet article, et le rétablissement eut lieu, malgré de nombreuses rechutes. 11 résulte de données comparatives recueillies par M. Guimonnet que la voie mé- * dicale est infiniment supérieure, dans l'espèce, à la voie chirurgicale. Quelques autres médecins m'ont fait part d'observations analogues.
MESURES HYGIÉNIQUES, PROPHYLAXIE DE LA KERATITE VARIOLEUSE. — Les yeUX atteints de kératite seront mis à l'abri d'une lumière trop intense par les moyens précédemment indiqués. La cornée est-elle menacée de se perforer ou de devenir staphylomateuse, on fermera l'œil et l'on opposera, par une contention bien ménagée, une résistance à Faction des muscles oculaires et à celle des liquides contenus dans la cavité du bulbe. La complication d'un coryza, d une coqueluche rend surtout cette mesure urgente.
Tant que l'inflammation est dans sa période aiguë, le régime devra être rigoureusement antiphlogistique. Quelques sujets cachectiques peuvent faire exception à cette règle. Plus tard, c'est-à-dire dans la période sous-aigue et surtout dans la période chronique, il y aura avantage à fortifier l'organisme des malades lymphatiques par un ensemble de moyens médicaux et hygiéniques deja connus du lecteur. J'ai vu le changement de climat amener des guensons radicales, qu'on demandait vainement aux traitements les mieux combines. Je connais une dame qui , à l'âge de sept ou huit ans, était sans cesse atteinte de kératites opiniâtres. Demours, consulté, ne prescrivit. pour tout traitement que e Changement de climat ; l'enfant fut conduite en Normandie, sur les bords de la mer ; elle y guérit avec rapidité et elle n'a plus souffert depuis lors d aucune sorte d'inflammation opbthalmique. L'expédient dont il s'agit ici sera surtout utile chez les sujets strumeux, quand ils quitteront une localité humide et une atmosphère brumeuse pour aller habiter un climat sec et chaud.
Mis en contact avec diverses régions du corps, quelques topiques mercuriels donnent lieu à une diminution notable dans le nombre et le volume des pustules varioliques et en modifient la forme, dans les cas surtout ou ces app heations sont faites du premier au cinquième jour de l'éruption. On n a eu dans quelques circonstances, au lieu de pustules vario ns, que des &icul« blanchâtres, coniques, non ombiliquées, contenant un hqinde lactescenl e en tourées d'une auréole rosée. 11 faut tirer de ces faits cette déduction qn d'une sage prophylaxie, dès le début de la variole, de pratiquer des fncUon i sou vent répétées, sur les paupières et la région péri-orbitaire, avec 1 onguent napolitain L'apparition des pustules oculaires pourra ainsi être évitée; en supposant