‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 126 sur 501 · CHAPITRE t. — OPHTHALM1ES · texte numérisé non relu

CHAPITRE t. — OPHTHALM1ES

même qu'elles se manifestent, malgré l'expédient employé, celui-ci ne peul qu'en enrayer les progrès, en modifier heureusement les dispositions, les rendre en un mot, moins offensantes pour l'organe visuel. Dans une épidémie de variole qui sévit à Stains, près Saint-Denis, le docteur Goblin, qui eut recours à ce genre de frictions, remarqua que leur action était si prompte que, dans un bon nombre de varioles continentes, les pustules palpébrales s'arrêtaient dans leur marche et se desséchaient; bientôt après les paupières ne participaient plus au gonflement phlegmoneux de la peau, et les yeux ouverts paraissaient profondément excavés sur la face boursouflée et distendue.

INFLAMMATION DE L'IRIS (iRITIS, IRIDITE).

Le premier auteur qui consacra une description spéciale à l'iritis fut Adam Schmidt, professeur à l'Académie Joséphine à Vienne. Son travail (Ueber Iritis und Nachstaar) fut publié dans cette ville, en 1801. Bien que cette inflammation se révèle à nous par des caractères tranchés et surtout par ses propriétés adhésives et plastiques si remarquables, elle paraît avoir échappé à la sagacité des anciens oculistes; j'en cherche vainement. la description dans les écrits de Maître-Jan, de Saint- Yves, de Janin, et dans les traités allemands de Plenk 1 et de Kortiun2. On qualifiait jadis du nom de cataractes les concrétions lymphatiques engendrées par l'iritis dans le champ pupillaire.

« J'ai vu, dit Guérin (de Lyon), une cataracte vérolique guérir par l'usage bien administré du mercure 3.»

On lit dans l'ouvrage de Deshais-Gendron 1 : « Plusieurs louent beaucoup les frictions mercmïelles pour la guérison des cataractes. L'observation même rapportée par Schenkius paraîtrait les autoriser en certains cas. 11 est dit qu'un particulier, attaqué en même temps de maux vénériens et de cataractes, fut guéri par l'usage de ce remède. Cette observation me rappelle que M. De la Faye m'a fait part d'un fait à peu près semblable. Cet habile chirurgien fut appelé en consultation pour voir un malade qui était dans les deux cas ci -dessus énoncés, c'est-à-dire qu'il avait eu des maladies vénériennes qu'on jugea être la cause de l'opacité imparfaite du cristallin ; le malade voyait la moitié des objets qu'il regardait, de façon qu'en regardant sa montre, il n'apercevait que la moitié du cadran, et ne. pouvait distinguer les heures qui étaient de l'autre. Cette difficulté de voir était occasionnée par l'opacité de la moitié du cristallin qui était bien sensible. A mesure qu'on lui administra des frictions, le malade commença à mieux voir, de façon qu'il parvint à distinguer peu à peu les heures qui se trouvaient du côté opposé. »

1 J.-J. Plenk's, Lehre von der Auyenkrankheiten. Vienne, 4788.

2 Kortum, Handbuch der Augenlcrankheiten. Lemgo, 1791 et 1793

3 Guérin, Traité sur les maladies des yeux. Lyon, 4769.

* Deshais-Gendron, Traité des maladies des yeux. Paris, 4770, t. II p 271

288 LIVRE M. — MALADIES DU GLOBE OCL'LAIHE.

L'inflammation de l'iris se manifeste sous deux formes distinctes : la forme aiguë et la forme chronique. L'une et l'autre n'atteignent généralement que les adultes. Leur apparition, chez les jeunes sujets, est un phénomène exceptionnel.

1 0 iiutis aiguë. Caractères anatomiques — Nous la rencontrons presque constamment à un œil, môme quand elle est de nature vénérienne. Sa distinction en trois degrés est fondée sur la véhémence plus ou moins vive des accidents objectifs et fonctionnels et sur la gravité des désordres qu'est susceptible d'engendrer le travail morbide.

Premier degré. — Dans cctlc phase, début de la maladie, c'est à travers une gaze blanchâtre qu'on distingue la texture de l'iris ; celui-ci, en d'autres termes, paraît terne, un peu décoloré, si on le compare à l'iris de l'œil sain. Faiblement contractée, paresseuse, mais mobile encore et presque constamment régulière, la pupille a moins de feu, moins d'éclat que la pupille opposée. La eonjoneth est plus ou moins-injectée, comme dans toutes les inflammations internes de l'œil; une zone radiée peut même encadrer le limbe kératique.

Telle est la variété, dont beaucoup d'auteurs ne parlent pas, et que d'autres localisent, sous le nom d'iritis séreuse, dans le feuillet iridien de la capsule de Descemet; Wardrop l'appelle iritis corticale, et professe que la phlegmasie de la séreuse de l'iris est à l'iritis parenchymateuse ce que sont la méningite et la pleurésie à l'encéphalite et à la pneumonie. Il est digne de remarque que des oculistes ne se refusent pas à admettre cette manifestation limitée de l'inflammation du diaphragme oculaire, tandis qu'ils rejettent la descemétite antérieure, c'està-dire, l'inflammation uniquement bornée à la lame kératique de la membrane de l'humeur aqueuse. Nous pensons, quant à nous, que l'épithélium iridien doit être compromis, dans cette première période de l'iritis, mais que le corps de la cloison participe toujours plus ou moins au mouvement morbide. Cette première période, d'ailleurs, se présente rarement à l'observation ; c'est à la seconde -que nous rencontrons presque constamment l'inflammation qui nous occupe.

Deuxième degré. (Iritis parenchymateuse.) — L'invasion d'un changement de couleur, dans l'iris affecté, signale surtout cette seconde période, et en est le trait pathognomonique. C'est généralement au petit cercle que se manifeste ce symptôme, qu'on explique par l'augmentation de la vascularité de l'iris et par la combinaison de la couleur rouge du sang avec la coloration naturelle de la membrane. Un iris gris ou bleu devient verdâtre ou vert; un iris brun passe au brun rougeâtre. La phlegmasie fait-elle des progrès, une lymphe coagulable est exhalée dans les mailles de la cloison et transsude, en outre, sur ses faces antérieure et postérieure. La teinte jaunâtre de l'épanchement albumineux vient s'ajouter à la couleur du sang et à la teinte normale de l'iris, d'où proviennent un grand nombre de nuances secondaires qu'on ne saurait décrire.

Une iritis, parvenue à ce degré d'intensité, est toujours accompagnée de l'immobilité et du resserrement de la pupille, contraction produite, en grande partie, par l'iridospasme dont elle est le siège. Sa forme devient irrégulière, inégale. Le champ pupillaire est occupé par un dépôt lymphatique de consistance variable, et qui l'obscurcit plus ou moins sous forme d'une fumée, d'un obsta-

Page 1