CHAPITRE I. — 0PHT1IAWIIES
Dupré a relaté l'observation dans sa thèse inaugurale1. Son, œil gauche offrait un bourrelet condylomafeux, qui occupait les trois quarts au moins du petit cercle iridien; le reste do la membrane était d'une teinte cuivrée; les objets semblaient Obscurcis par un brouillard épais. Or, malgré ces désordres, il y avait absence complète de douleurs et de photophobie; le sommeil était paisible, la malade se livrait à ses occupations habituelles, et il me fallut insister beaucoup pour obtenir d'elle qu'elle interrompît son service.
L'erreur n'est pas possible lorsque l'inflammation oculaire montre les caractères développés dans cet article et que les assertions sincères et sans réticences du malade viennent à l'appui de l'origine spécifique de la lésion. Il n'en est pas toujours ainsi. Il est une forme lente, insidieuse, dont il a été précédemment question et que j'ai vu bien des médecins méconnaître ; se rattachant à l'iritis, don! elle esl un premier degré, qui peut se perpétuer longtemps, ou ne paraissant être parfois qu'un travail intra-oculaire en train de développer cette affection, elle est susceptible d'entraîner, si elle n'est point enrayée, des désordres graves. J'en ai cité des exemples dans la Gazette médicale2. Bien que l'iris soit muni de sa coloration physiologique et la prunelle de sa netteté naturelle, en apparence du moins, du resserrement et parfois de l'irrégularité dans la pupille, l'existence surtout d'une ou deux petites brides à la marge pupillaire, du brouillard dans la vue, un peu de photophobie, la résistance du mal aux agents non spécifiques mis en œuvre pour le combattre, suffisent, avec quelques données commémoratives pour fixer le siège et la nature de la lésion et pour motiver une médication dont les bienfaits ne tardent pas à se faire sentir.
L'iritis syphilitique expose l'œil à toutes les conséquences pathologiques qui se présentent dans les autres cas d'inflammation non spéciale. Je vois souvent la kératite ponctuée s'associer à l'iritis vénérienne, quelle qu'en soit la forme. Fréquemment même les symptômes iridiens s'évanouissent d'une manière à peu près complète, tandis que les ponctuations kératiques résistent longtemps encore aux ressources de l'art.
L'existence, chez les nouveau-nés, d'exsudats dans la pupille et de traces d'iritis dénotera pre'sque constamment une cause spécifique.
traitement.— Les saignées, les antiplastiques, les mydriatiques et les calmants sont les éléments capitaux de la médication des iritis hypersthéniques. Le malade sera soumis à un repos absolu et à un régime sévère ; l'œil affecté sera préservé de l'influence d'une lumière trop vive, naturelle ou artificielle ; on y évitera toute compression fatigante. Les liquides tièdes seront presque toujours plus en harmonie avec la sensibilité de l'organe que les liquides froids.
Saignées.— Il ne faut pas être sobre de déplétions sanguines dans les iritis qui montrent une grande véhémence; la timidité, à cet égard, ne peu! qu'être funeste. On doit se souvenir que la résolution est la seule voie qui conduit au salut de l'organe; toute autre terminaison lui est fatale.
1 Dupré, Des affections syphilitiques du globe oculaire. Paris, 1857'. «Gh. Deval, Note sur les affections vénériennes de Vœil et sur une forme insidieuse delophlhalmie syphilitique. (Gazelle médicale, année 1848, p, 2.)
Dans aucune inflammation ophthalmiquç, les émissions sanguines ne jouissont d'une efficacité plus puissante <pic dans l'iritis. On ne se rend fréquemment maître do la phlegmasie qu'en 1rs prescrivant plusieurs jours de suite. J'ai vu des sujets, qui ne pouvaient goûter un instant de sommeil et qui recouvraient le repos de la nuit sous l'influence d'une seule émission sanguine. M. Maclienzie considère avec juste raison les scarifications de la conjonctive comme inutiles, et même comme nuisibles, dans l'espèce. L'application, plusieurs fois réitérée, d'un petit nombre de sangsues, qu'on fait- saigner longtemps, m'a rendu de précieux services (page 103). Parfois encore, l'on se trouve hien d'une saignée générale suivie, peu de temps après, d'une application de sangsues.
Antiplastiques. — Les mercuriaux sont aussi efficaces contre l'iritis que contre la péritonite. Si l'iris et le péritoine enflammés sécrètent tous deux des matières coagulables, sotirce de leurs adhérences, les analogies anatomiques et morbides ne doivent-elles pas conduire à une médication analogue? L'onguent napolitain, en frictions sur le front, et le calomel à doses altérantes sont les préparations auxquelles nous avons exclusivement recours. J'ai vu les douleurs tomber comme par enchantement, dès que le ptyalisme hydrargyrique avait commencé à se manifester.
Mydriatiques. — Il y a quelques années, le docteur Gerhard s'exprimait ainsi, dans la Gazette médicale de Strasbourg : « C'est une pratique universelle que l'emploi de la belladone sur tout œil frappé d'iritis; elle est même devenue banale, au point de se soustraire à la discussion : beaucoup de médecins, à coup sûr, en usent par routine, sans s'être rendu compte des effets, directs et indirects, qu'ils en peuvent attendre. »
La question de l'opportunité de la belladone, dans le traitement de l'iritis, est un point de]thérapeutique important, qui mérite ici quelques développements.
Les mydriatiques sont indiqués dans l'iritis aiguë, quand l'inflammation est exempte d'une grande véhémence, lorsque la texture de l'iris ne s'éloigne pas trop de ses conditions normales, et que l'ouverture pupillairc n'est obstruée que par un léger voile. Le docteur Rouault fait observer avec raison qu'ils sont surtout avantageux au début de la maladie; car la pupille se dilate alors, el. une fois dans cet état, elle peut y être généralement entretenue. Leur emploi est utile encore dans presque tous les cas subaigus ou chroniques. Très-souvent, dans de telles circonstances, on ne réussit à dilater la pupille que partiel] lement; mais cet agrandissement, bien que limité, fournit des chances contre les oblitérations par des suffusions lympalhiqucs. Les synéehies postérieures peuvent être prévenues, et sotivent même détruites.
Êtes-vous, au contraire, consulté pour une iritis très-intense, le diaphragme oculaire est-il profondément modifié dans sa structure, la pupille est-elle bouchée par une exsudation copieuse ; le sujet est-il en proie à de vives souffrances, les mydriatiques sont contre-indiqués. lis sont inutiles, car ils ne répondent pas au but que vous vous proposez d'atteindre : la dilatation de la pupille. In iris ainsi phlogosé se montrera toujours insensible à l'influence des préparations belladonées, introduites entre les paupières, employées en frictions sur la région
CHAPITRE i. — oi'irniALMii'.s. 297 pén-orbitaire ou administrées à l'intérieur. Los mydriaiiques sont nuisibles pêmeî dans l'espèce, parce que les efforts stériles dans lesquels l'iris s'épuise, pour se dilater, engendrent, au sein de cette membrane, une augmentation de la phlegmasie et une très-grande aggravation des douleurs. Employez «loue, dans cette phase de la maladie, les antiphlogistiques, les hydrargyriqùes el les calmants : puis, lorsque vous aurez considérablement amoindri l'inflammation, invoquez le secours des mydriatiques. La dilatation s'effgçtuera alors aisément et sans souffrances et sera d'une efficacité puissante pour rompre les brides qui auront pu se constituer entre l'iris et la cristàlloïde antérieure. J'ajouterai même qu'il m'est fréquemment arrivé, en conseillant la solution de sulfate d'atropine, dans la seconde partie du traitement de l'iritis, de constater que la pupille s'épanouissait sans efforts et qu'il y avait absence complète de synéchie postérieure, bien que tout eût annoncé, dans le cours de la période précédente, qu'un travail important, dans le sens des productions plastiques, régnait dans la région indienne.
Les idées qui viennent d'être formulées sont le résultat, d'ailleurs, d'observations nombreuses faites par des maîtres de l'art. Nous citerons en première ligne le professeur Jaeger. « C'est au docteur Emmericb, dit M. Pauli (de Landau), que nous devons d'avoir dévoilé l'erreur dans laquelle on se trouvait, au sujet de la belladone, comme pouvant contribuer à la guérison de l'iritis. Divers nouveaux observateurs abandonnant l'ancien camp de la belladone, se sont ralliés depuis aux idées de cet estimable collègue1. »
J'ai été consulté par un médecin qui avait été atteint h l'œil gauche d'une kérato-iridite des plus graves. Elle avait eu pour conséquences un leucome central et l'accumulation d'exsudations dans la pupille. L'inflammation était tombée à l'époque où il demanda mes conseils ; la vue, à gauche, était abolie. Je proposai l'emploi, souvent répété, d'instillations d'une solution de sulfate d'atropine, comme offrant des chances de dilater partiellement la pupille, de déchirer quelques brides et de ramener peut-être un peu de vision. Dès que j'eus prononcé le mot d'atropine, le confrère se récria : « Je n'en veux plus, me dit-il ; ce remède m'a trop fait souffrir; et, d'ailleurs, qu'a-t-il produit de bon? » J'insistai. Le collyre fut appliqué sans donner lieu à la moindre douleur; la pupille se dégagea dans certains points, surtout vers la tempe gauche, et le malade recouvra la faculté de distinguer quelques objets, quand ceux-ci lui étaient présentés du côté des régions de la cornée restées diaphanes. Ce fait renferme la confirmation des doctrines que nous avons pour but de faire valoir. Si dans une période de l'iritis, le sulfate d'atropine a provoqué l'exaspération des douleurs et n'a point réussi à prévenir la formation d'amas plastiques dans le champ pupillaire, c'est qu il était employé à une époque où son intervention était intempestive. Cette époque s'étant écoulée, l'application du remède a été invoquée avec bénéfice.
Rien ne s'oppose à ce qu'on prescrive la belladone dans les degrés élevés des phlegmasies indiennes, non comme mydriatique, mais à titre d'hyposlhénisanl, c'est-à-dire à faibles doses el en frictions sur la région péri-orbitaire.
1 Deutsche Klinik, octobre 1853, n° 43.
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Calmants. — Le soin d'apaiser les souffrances, si vives dans la maladie qui nous occupe, est chose capitale dans le traitement de l'iritis. « En adoucissant les symptômes, dit lioerhaave, on emporte toujours quelque chose de la maladie principale. » L'opium est le sédatif du système nerveux que la plupart des oph. thalmologistes emploient ici de préférence. On peut associer l'extrait gommeux thébaïque à l'onguent napolitain destiné aux frictions, et unir l'opium au calomcl pour l'usage interne (page 110). C'est surtout aux heures des paroxysmes qu'il faut s'efforcer de calmer le malade. Cimier accordait une grande confiance, pour l'accomplissement de cette indication, à une pommade composée de parties égales d'huile d'amandes amères et de beurre de cacao. Nous noterons encore les onctions sur la région péri-orhitaire avec une pommade au chlorhydrate de morphine ou avec un mélange de baume tranquille et de chloroforme et les cataplasmes anodins très-employés par Jacger (page 172). Toutefois, les pilules du docteur Tournié ont été l'expédient qui m'a rendu le plus de services. Elles se composent de 30 centigrammes de valérianate de zinc, 15 centigrammes d'extrait de jusquiamc et 8 centigrammes d'extrait gommeux d'opium, à diviser en six pilules. La dose est de trois pilules par jour à une ou deux heures d'intervalle.
Moyens divers. — Les purgatifs salins préconisés par d'Ammon, le tartre slibié à doses altérantes, les poudres de Dower, le nitrate de potasse, le sulfate de quinine, la térébenthine (page 120) sont loin de valoir ici les mercuriaux et ne doivent figurer qu'en- seconde ligne. Les exutoires seront réservés pour les cas où l'inflammation s'est dépouillée de son intensité et tend à passer à l'état subaigu ou chronique. On a même recommandé d'appliquer des vésicatoires sur la région susorbitaire, de les panser avec de l'onguent mercuriel et de les renouveler à mesure qu'ils sèchent sous l'influence de ce pansement. Les topiques astringents sont contre-indiqués. Le resserrement, en effet, qu'ils communiquent aux. vaisseaux superficiels a pour résultats le refoulement du sang vers les vaisseaux profonds , et par suite l'augmentation de la congestion interne et de la photophobie.
Je prescris avec le plus grand succès , contre les iritis anciennes , l'usage interne du sublimé corrosif à doses faibles, mais continuées longtemps. J'ai vu des produits accumulés depuis plusieurs mois dans la pupille diminuer et se dissiper même sous son influence, bien que tout espoir parût évanoui d'en obtenir la dispari lion.
Traitement de l'iritis syphilitique.— Attaquer la phlogose oculaire par les émissions sanguines et les moyens externes que nous avons conseillés contre les autres inflammations de l'iris, et associer , dès le principe, à la médication locale les ressources appropriées à l'affection générale, tel est, dans l'iritis syphilitique, le double but que doit se proposer le praticien. 11 faut aussi, bien entendu, que les malades observent quelques précautions hygiéniques dont l'une dos plus importantes consiste à ne pas se refroidir. Le régime sera très-doux, très-peu réparateur.
Le protoiodure de mercure est le remède anlisyphililiquc que je prescris le plus habituellement dans de telles circonstances. Je le donne en pilules de ri centigrammes chacune. Je conseille d'emblée deux , et même trois de ces pilules