CHAPITRE i". — OPHTIIAIMIES
chaque jour; j'en élève parfois la dose h ï, h 5 et même h 6 pilules dans les Vingt-quatre heures (page 133). 11 m'est arrivé, chez plusieurs sujets, d'obtenir de l'amendement dans les désordres oculaires , après avoir administre trois pilules, puis de constater de l'aggravation dans l'iritisdès que je descendais à uno pilule. Tout était bientôt réparé par la réitération d'une dose plus énergique do protoiodure.
S'il survient un certain degré de stomatite, j'ordonne, en môme temps que le sel mercuriel, un julep gommeux de 125 grammes, avec addition de 6 grammes de chlorate de potasse à prendre par cuillerées à bouche dans les vingt-quatre heures. Le plus habituellement, le ptyalisme s'évanouit bientôt, malgré la continuation dos pilules. Celles-ci et la potion marchent dès lors de front. Je substitue parfois au julep un gargarisme composé d'eau d'orge, de chlorate de potasse et de miel rosat; mais cette préparation, infiniment moins efficace que la potion, ne doit être réservée qu'aux cas de stomatite légère.
L'iritis syphilitique est l'une des manifestations de la vérole qui cède le mieux au mercure , queile que soit d'ailleurs la forme sous laquelle on l'administre. Parfois, sous son influence, les accidents les plus graves suspendent leur marche et leurs ravages avec une rapidité qui tient du prodige, Chez l'une de mes malades citée plus haut et dont le docteur Dupré a relaté l'ohservation dans sa thèse, dix jours d'un traitement antisyphilitique furent suffisants pour reconstituer dans sa teinte primitive un iris cuivré et pour réprimer un bourrelet condylomateux qui touchait presque à la face postérieure de la cornée.
S'agit-il d'une iritis vénérienne de forme chronique, je préfère généralement le sublimé, le premier des antisyphilitiques. Bien que l'iodure de potassium ait été très-recommandé contre cette phlegmasie apparaissant dans la période des accidents tertiaires, je me borne rarement à l'emploi seul de cet agent. Je lui associe souvent les hydrargyriques , ainsi que la tisane de Feltz et les préparations d'or ( page 132).
Traversa soutenu que la plupart des iritis survenues chez les syphilitiques qui avaient usé du mercure devaient être plutôt attribuées à l'influence de cet agent qu'à celle du virus vénérien (iritis mercurielle). Une telle opinion ne l'empêche pas de proclamer que le mercure est le remède le plus héroïque de l'iritis, dans toutes ses variétés et à tous ses degrés. Jouant à la fois le rôle de poison et celui d'antidote, le mercure, dans cette théorie, ne parait donc occupé qu'à lutter contre lui-même. Travers explique cette apparente contradiction par l'état successif de santé et de maladie dans lequel l'économie est abordée par l'agent modificateur. Dans le premier cas , le stimulus qu'il introduit dans la circulation et qui se communique aux extrémités des bouches vasculaires est fort apte à phlogoser le diaphragme oculaire et à solliciter un épanchement de lymphe hors de ses vaisseaux, tandis que ce même stimulus peut contribuer , dans les conditions morbides, à provoquer la résolution de la phlegmasie ei dos produits qu'elle a fait naître.
Peu d'oculistes ont a'dhôré à de telles idées. Si elles étaient conformes à la vérité, les ouvriers livrés à la manipulation des préparations hydrargyriques el ceux qui travaillent dans les mines de mercure devraient être presque tous
affligés d'iritis , co. qui n'est pas, comme le démontre l'observation de chaque jour.
Les jeunes sujets atteints d'iritis onde kérato-iridite de nature vénérienne trouveront dans le plan thérapeutique tracé paye 137 un secours salutaire. Les frictions avec l'onguent napolitain, effectuées tous les soirs, au moment du coucher, sur le cou, sous les aisselles ou derrière les oreilles, se sont montrées l'expédient le plus avantageux dans la pratique de M. Ilulchinson. Tout récemment encore, j'y ai eu recours chez un enfant de sept mois, affligé de kérato-iridite spécifique à l'œil gauche avec papules granulées aux commissures labiales ; une semaine de cette médication suffit pour améliorer les conditions du globe et faire disparaître complètement l'éruption papuleusc. Le dente, dans l'espèce , n'était [ias possible, la mère étant simultanément atteinte d'iritis syphilitique pour laquelle elle entra en traitement à mes consultations cliniques. On n'oubliera pas les mydriatiques et les modifications déjà notées (page 155), en ce qui concerne leur emploi chez les très-jeunes sujets.
OPHTHALMITE (OPHTHALMITIS , PANOPHTHALMITIS , PHLEGMON OCULAIRE).
On a donné le nom à'ophthalmite à l'inflammation de la totalité ou de la presque totalité du globe. Cette maladie, heureusement assez rare, s'établit tantôt d'une manière brusque et subite, notamment à la suite de l'impression d'une violence traumatique , et tantôt résulte de l'augmentation et de la propagation d'une phlegmasie préexistante.
caractères anatomiques et physiologiques. — Les symptômes suivants annoncent la souffrance générale du bulbe visuel. La trame de la conjonctive et le tissu cellulaire qui la double sont le siège d'un engorgement tel que la sclérotique ne peut guère être distinguée. Un chémosis, tantôt séreux, tantôt parenchymateux, encadre le miroir de l'œil. Une couche de lymphe plastique s'étale, dans quelques cas exceptionnels, sur le tissu conjonctival. Occupées par une tuméfaction œdémateuse ou phlegmoneuse, les paupières forment , au-devant de l'orbite, une masse rouge et boursouflée, d'où l'abolition de leur motilité et une grande difficulté pour le chirurgien de les écarter l'une de l'autre. Souvent la paupière supérieure vient chevaucher, à l'instar d'un bourrelet arrondi , sur la paupière inférieure, la tumeur chémosique proéminent entre ces voiles , à travers l'ouverture interpalpébrale. Il arrive fréquemment que le trouble de la cornée ne permette pas de distinguer les conditions des parties internes de l'œil ; dans les cas où il n'existe pas ou quand il est incomplet, on constate d'ordinaire que l'iris est décoloré et couvert d'une nappe albumincusc, qui peut encore être accumulée dans la pupille. Une surface concave, grisâtre, jaunâtre, verdàtre même, résultat de l'épanchement d'une matière puri forme, apparaît quelquefois