DES OPHTHALMIES DITES SPÉCIFIQUES, ET DE LEUR APPRÉCIATION
d'après l'état actuel des connaissances médicales.
La spécificité d'un grand nombre d'inflammations qui viennent assaillir l'organe visuel a été admise par Béer. L'illustre professeur fut en effet frappé des formes si multipliées que l'œil atteint de phlcgmasie est susceptible d'offrir, et des corrélations qui semblent exister entre beaucoup d'entre elles et certaines conditions de l'économie. Bientôt les disciples de Beer introduisirent dans sa doctrine des exagérations sans nombre; le plus mince détail dans la conjonctive, dans la cornée, dans l'iris, suffit pour motiver contre l'organisme l'accusation d'une disposition dyscrasique.
Bien que de telles théories tendent chaque jour à tomber en discrédit, môme dans la contrée qui les a vues naître, elles sont professées avec des modifications plus ou moins larges dans des ouvrages devenus classiques, de telle sorte qu'il me parait opportun de signaler ce qu'elles peuvent avoir d'exagéré et de contraire à l'état actuel de la pathologie ophthalmique.
L'école de Beer divise les ophthalmies en idiopalhiques et en spécifiques. Les premières sont des inflammations franches chez un individu bien portant; ne reconnaissant pour cause aucune maladie spéciale, n'en étant ni l'expression symptomalique ni la sympathie, elles parcourent librement leurs périodes et ne subissent d'autres modifications que celles qui dépendent de leur siège, c'est-àdire de la composition différente des tissus où elles résident. Les secondes ont pour sources tantôt une disposition du sujet à subir les effets de mutations atmosphériques propres à engendrer des catarrhes ou des rhumatismes , tantôt des principes contagieux venus du dehors et agissant directement sur l'œil , tantôt enfin des causes pathogéniques inhérentes à l'individu, comme les diathèses scrofuleuse, goutteuse, syphilitique, etc.
D'après M. le docteur Siebel dans l'ophthalmie simple ou idiopathique, l'élément inflammatoire existe isolé et dans toute sa pureté sans être modifié par aucun élément étranger. L'ophtlialmie simple a pour représentants naturels les ophthalmies traumatiques quand elles attaquent des sujets sains et chez lesquels il n'y a prédominenec d'aucun système organique, à l'exception du système sanguin. « Dans les ophthalmies spéciales ou combinées, ajoute l'auteur, un élément hétérogène, catarrhal, rhumatismal, scrofuleux, syphilitique ou autre, vient s'unir étroitement à l'élément phlegmasique, union intime que nous désignons du nom de combinaison, à cause de son analogie avec lu combinaison chimique,
1 Siebel, Iconographie, p. 29.
304 l-lVIUi 11. — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.
el pour la distinguer de la simple complication ou coexistence fortuite analogue
au mélange mécanique. » t
L'ancienne école allemande professe que, tandis qu'un certain ordre de causes
peut engendrer une ophthalmie idiopathique chez an sujet doué de c lirions
normales, ces mêmes causes occasionneront une info ation spécifique chez ....
individu en proie à «me maladie constitutionnelle. Dans quelques ras, la spécificité se révèle d'emblée «lès le début de l'affection ; dans d'autres, une ophthalmie simple d'abord ne contracte un caractère particulier que plus tard (ophthalmie spécifique secondaire). Les inflammations idiopathiques marchent plu, facilement vers la résolution que les inflammations spécifiques ; les premières ont moins de tendance à récidiver que les secondes. Ces dernières bnl tantôt pour siège exclusif une seule partie du bulbe visuel, tantôt, et le plus fréquemment, elles se localisent dans plusieurs des éléments de l'organe.
Les influences attribuées à la constitution des ophthalmies dites spécifiques sont-elles susceptibles de susciter dans le globe oculaire des caractères anatomiques et physiologiques capables d'imprimer à ces phlogoses un cachet pathognomonique? Telle est la question que nous nous proposons de résoudre. ÏNous devons toutefois déclarer, au préalable, que, d'accord à cet égard avec les doctrines professées depuis longtemps par le professeur Velpeau, nous ne pensons pas que la distribution des vaisseaux dans les tissus puisse être modifiée par la nature de causes délétères internes ou externes. La vasculanté d un organe enflammé n'est point la même, il est vrai, dans toutes les circonstances; mais ces différences dépendent de l'élément anatomique, siège de la congestion, du degré , de l'étendue de la phlegmasie, et ne sauraient dériver de 1 intervention d'un agent matériel quelconque.
ophthalmie catarhhale. - Si fondé sur l'étymolog* du mot catavrhal , on avait imposé cette dénomination à l'ophthalmie qui porte ce nom, parce qu elle fournit une quantité plus ou moins considérable de mucus, la plupart des conjonctivites, à vrai dire, mériteraient la même qualification, car presque toutes donnent lieu" à une hypersécrétion muqueuse. Mais telle n'est pas la pensée des aisciples de l'école do Bear, qui n'ont ici en vue que l'élément soi-disant spécifique qui a engendré l'inflammation oculaire. Or cette influence n est p int a selle qui développe cette ophthalmie ; une fatigue immodérée d a. 1, linti version d'un cil, la constipation et bien d'autres circonstances peuvent la fane naître II y a mieux: l'impression d'un soleil ardent, d'une chaleur vn de, conditions! en un mot , opposées aux conditions catarrhales, sont susceptibles de
k LusTe' voyons dans cette forme morbide qu'une conjonctivite oculo-palpéj brale simple (âge 207), qui se présente avec le même type, quelles que., les causes qui l'ont créée, et qui dans son premier degré peut n être borna qu'à la face interne des voiles palpébraux (blépharo-conjoncùvite). 1
OPHTHALMIE RHUMATISMALE OH RHUMAT1QUE. - Une ingClllCUSC UlCOnC etabl.t U 6
grande analogie de structure entre l'œil et une articulation La sclérotique t j cornée représentent les tissus fibro-arliculaires ; une membrane sému* c 1 u sont contigus à ces parties, comme la synoviale l'est aux l.gaments des articula-