MALADIES DE LA CONJONCTIVE
XÉROSIS.
Le xérosis (cutisation de la conjonctive), qu'il ne faut pas confondre avec la xérophthalmie ou l'ophthalmie sèche des anciens auteurs, n'a été spécialement décrit (pie depuis le commencement de ce siècle par A. Schmidt, Benedict, Ammon, Travers, etc. L'on en trouve des observations éparses dans des mémoires, dans quelques publications périodiques et dans les traités généraux d'ophthalmologic. Nous ne l'avons guère rencontré que quatre ou cinq fois, car il ne se présente que très-exceptionnellement dans la pratique.
caractères anatomiques et fhïsioloc;iques. — Celle altération curieuse consiste dans la suppression plus ou moins radicale des sécrétions qui se font à la surface de l'œil, dans une sorte de racornissement du tissu conjpnctival, qui, privé de
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son aspecl muqueux, devienl sec, ridé, parchïftniné. Toute la continuité de cette membrane est susceptible de participer à l;i dégénérescence, tant celle des paupières que la lame qui tapisse le globe. Il y a, d'ailleurs, des degrés divers dans le xérosis, depuis la dessiccation commençante jusqu'à la cutisation complète. A une période très-avancée de la maladie, la conjonctive scléroticale , ratatinée et d'un aspect terreux, présente des plis qui suivent des directions variées. On en voit parfois qui empiètent plus ou moins sur le limbe kératique, si. us l'orme de valvules. La conjonctive cornéale, mate également, dérobe aux regards les parties internes de l'œil. Des plaques ou des écailles de conjonctive desséebée se détachent quelquefois de la surface de l'organe.
La diminution de profondeur des sinus palpébraux et le symblépharon sont des complications habituelles du xérosis. Le symblépharon peut être tel (pie toute trace des replis rétrotarsiens de la conjonctive a disparu, une faible rainure irrégulière, et entrecoupée çàet là par des points plus racornis, séparant les paupières du bulbe visuel. L'entropion est fort commun aussi, tant par suite des brides qui tirent les voiles palpébraux vers le globe que par le recoquillement des tarses. La fente, palpébrale est toujours plus ou moins rétrécie, et la caroncule lacrymale desséchée et atrophiée.
Il résulte des phénomènes qui viennent d'être exposés qu'une gêne plus ou moins considérable doit envahir les mouvements de l'œil et des paupières; elle sera subordonnée au degré du racornissement conjonctival et aux conditions surtout des adhérences. La sécrétion des larmes, qui existait encore plus ou moins tant que la maladie était peu avancée, finit à la longue par être abolie , leurs conduits excréteurs s'étant oblitérés peu à peu. La sensibilité de la surface de l'œil s'émousse, puis s'évanouit. Si, l'affection étant légère encore, la cornée laisse apercevoir l'iris et la pupille, le malade pourra jouir d'un degré de vision en harmonie avec les conditions de diaphanéité du miroir ; plus tard, quand l'épithélium kératique sera écailleux et terne, le sujet ne distinguera guère que le jour de la nuit.
étiologie. — Les causes du xérosis sont enveloppées d'un profond mystère; nous le considérons comme une atrophie delà conjonctive, d'origine inconnue. L'occlusion des conduits excréteurs de la glande lacrymale est , d'après quelques auteurs, la condition capitale de son développement. Parmi les influences susceptibles de le faire naître, on a mentionné en première ligne les conjonctivites opiniâtres. D'après les assertions de Marie Didier, âgée de vingt-six ans, à qui j'ai donné des soins en 1853, le xérosis dont elle était affectée était consécutif à une ophthalmie qui se déclara chez elle, à l'âge de trois ans, pendant qu'elle avait une éruption confluente à la face. On a invoqué le trichiasis, l'entropion, l'exposition permanente du bulbe au contact de l'air par suite d'un lagopblbalmos; l'action, brusque ou graduelle, de matières corrosives qui tendent à désorganiser la texture de la conjonctive et à en supprimer l'appareil sécréteur ; l'emploi intempestif et prolongé de préparations très-astringentes ou caustiques dans le cours d'une ophthalmie chronique. Fondés surtout sur la rareté de la cutisation conjonctivalc, tandis que les causes auxquelles on l'a rattachée sont si fréquentes, quelques-uns admettent un marasme de la conjonctive, par suite