CHAPITRE II. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE. 3"2l
; partie scléroticalc , lorsque la cornée se rapproche de la hase de rexcroissancc ; ' se tend et ses plis s'ellacent, quand cette membrane se porte au côté opposé.
Soumise au microscope, la tumeur a paru une hypertrophie partielle, ceUuloasculaire et fibro-plastique, de la conjonctive oculaire (Ch. Robin). Les cas, dans lesquels on a cru que le ptérygion avait été envahi par une dégénérescence graisseuse (ptérygion graisseux ou adipeux), ne sont autre chose, d'après M. Sichcl, que des pinguéculas, sur lesquels sont venus consécutivement se greffer des ptérygions, qui ont englobé la tumeur primitive, et sont même susceptibles de la dérober à nos regards. Plus tard, lors de l'ablation de l'excroissance , on y trouve le pinguécula, qu'on peut prendre pour du tissa adipeux appartenant à la trame même du ptérygion, si l'on n'a pas suivi le développement de la maladie. On a dit encore que, chez les sujets scrofuleux ou atteints d'une dyscrasie cancéreuse, le ptérygion pouvait devenir dur, livide, douloureux, et former le point de départd'un cancer de l'œil (ptérygion malin). Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer cette terminaison funeste ; il faut qu'elle soit bien rare, puisque Beer, qui eut à traiter près de 400 ptérygions, dans ses trente-deux années de pratique, n'a jamais rien vu de semblable.
Le ptérygion débute sur le blanc de l'œil et n'envahit qu'avec le temps la conjonctive cornéale. Sa marche est toujours lente. Dans un grand nombre de cas, les malades terminent leur carrière, avant que cette altération soit assez développée pour nuire à leur vue.
étiologie. La forme morbide qui nous occupe se développe plus souvent chez les individus d'un âge mûr, ou déjà vieux, que chez les jeunes gens ; elle est très-rare chez les enfants ; une observation de Wardrop démontre qu'elle peut être congénitale. La plus commune de ses causes parait être l'introduction fréquente dans l'œil du sable, de la poussière calcaire, etc. ; aussi rencontre-t-on plus particulièrement le ptérygion chez les maçons, les voituriers, les jardiniers et chez les individus qui séjournent dans des contrées sablonneuses, et où régnent des vents violents. Il est probable que, s'il nait presque constamment à l'angle interne c est que, de tous les points de la partie antérieure du bulbe, cette région est la plus exposée à des influences délétères ; les voiles palpébraux ne s'y rapprochent qu mcomplétement et les corpuscules, qui entrent dans l'œil, sont charriés vers cet endroit avec les larmes. On l'observe parfois du côté de l'angle externe moins souvent vers les parties supérieure et inférieure de l'organe. Quatre ptérygions, disposés en croix de Malte, ont été rencontrés dans quelques cas très-
à «uiÏ^s^lT1™ ^ 1 Wiabilité d< Ia fi»™ du ptérygion a donné lieu a quelques expirations ingénieuses, sinon concluantes. Il dépendrait d'ara quelques auteurs, de ce que les adhérences de la conjonctive devenant de plu
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U22 LIVKB II. MALADIES DU GLOlil! OCULA1HK.
rayons convergents d'un cercle. Le premier élément nécessaire pour la formation d'un ptérygion serait, d'après M. Arll, un petit ulcère occupant le Lord de la cornée. La conjonctive deviendrait partiellement le siège d'un léger mouvement congestif, nécessaire à la cicatrisation de la plaie, et donnerait ainsi lieu, en se transformant peu à peu, à la production morbide qui nous occupe
traitement MiîuiCAL. — Les topiques résolutifs, dont on augmente graduellement la force, peuvent être essayés dans la première phase du ptérygion ; s'ils sont très-incertains dans leurs effets, ils ne sauraient nuire. L'on conseillera donc les collyres astringents, simples ou laudanisés, qui réussissent le mieux contre les conjonctivites chroniques; lasolutiondenitrated'argent, que M. Mackenzieditavoir employée avec succès, même quand la lésion se rapprochait des conditions du pterygium crassum ; les pommades rouges. J'ai vu Rosas prescrire une pommade composée de précipité blanc, de tutie et de bol d'Arménie, et plus tard substituer à son emploi celui d'un mélange pulvérulent de précipité rouge, d'alun et de crème de tartre.
L'application d'une couche d'acétate de plomb neutre sur la continuité du ptérygion a été expérimentée par M. Decondé1, qui parait lui devoir des cures satisfaisantes. Le sel y séjourne pendant quelques secondes, après quoi on l'enlève avec un pinceau imbibé d'eau. L'un des malades qu'il cite portait, à l'angle interne de l'œil gauche, un ptérygion membraneux et vasculairc, qui empiétait sur la cornée , à deux millimètres de sa circonférence. *Cinq applications du sel de Saturne ayant été effectuées les 17, 18, 19, 23 et 27 février 1852, la rétraction du ptérygion était telle le 1er mars qu'il ne restait plus qu'une sorte de papule peu éloignée de la cornée ; la base et la pointe kératique étaient complètement effacées. Il suffit d'un dernier emploi du remède pour réduire les vestiges de la tumeur. Moins heureux que M. Decondé, j'ai vu surgir chez une dame, à la suite de l'intervention de cet expédient, une inflammation qui la fit beaucoup souffrir. Des incrustations saturnines restèrent longtemps fixées sur le ptérygion, qui ne subit aucune diminution de volume, et j'eus le regret de voir la malade déserter ma consultation.
traitement chirurgical. — A l'exemple du professeur Rosas, j'ai souvent tente les scarifications du ptérygion avec un scarificateur ou avec une aiguille falciforme (pl. II, fig. 5). J'ai fini par renoncer à ce moyen, qui donne fréquemment lieu à des suffisions sanguines sous-conjonctivales, d'où une source de désagréments pour les malades, sans profit bien réel au point de vue de leur guérison. Rosas accorde toutefois plus de confiance à la résection d'un fragment de la dégénérescence. 11 l'exécute à l'aide des ciseaux de Cooper (pl. III, fig. 10), dont on tourne la convexité contre le globe, et avec les pinces à trichiasis (pl. fl fig. 11), qu'on implante de telle sorte que l'une de leurs branches regarde le sommet et l'autre la base de la tumeur. C'est le repli compris entre ces branches que l'on excise.
Lorsque le ptérygion est invétéré et à l'état de pterygium crassum, l'extirpation avec l'instrument tranchant est la seule ressource applicable. Cette opération est
1 Annales d'oculislique, l. XXVIII, p. 181.