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CHAPITRE II. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE

facile. Il suffit, dit Bccr, pour l'exécuter convenablement, de savoir disséquer un muscle. Les uns (C. Bell,, Chelius, etc.) attaquent le produit morbide parle sommet; les autres (Beer, Flarer, Biheri, etc.) en commencent la dissection par la base. Nous supposerons dans notre description un ptérygion interne, cas qui se présente le plus habituellement.

Notre règle de conduite, eu égard au choix du manuel opératoire, est fondée sur l'étendue plus ou moins grande du ptérygion. Est-il de petite dimension, il peut être radicalement extrait; s'il est volumineux , au contraire, une ample dénudation serait susceptible d'avoir pour suite la production d'une forte bride tenant le globe captif vers le grand angle, avec diplopie, lassitude oculaire et tous les inconvénients attachés à un pareil strabisme. L'ectropion, celui de la paupière inférieure surtout , pourrait être la conséquence d'un mou • vement de bascule imprimé au tarse par la rétraction conjonctivale. Cette bride se constitue peu à peu. Parfois je ne l'ai vue complète qu'au bout de deux ou trois mois.

1° Extirpation du ptérygion à base étroite. — Le malade étant assis, les paupières ayant été écartées et fixées avec des crochets appropriés ou avec le dilatateur palpébral de Kelley-Snowden (pl. I, fig. 5), on sollicite la tension de l'excroissance en invitant le patient à faire rouler l'œil vers la tempe; puis on passe sous elle, entre sa partie moyenne et la sclérotique, une aiguille courbe à suture, dont l'une des extrémités aura dû être garnie d'un fil de soie. La tige métallique, dont la pointe est entrée près l'un des bords de la production morbide, sa concavité étant tournée en avant, ressort au bord opposé; on la quitte dès lors pour ne s'occuper que du fil. Celui-ci est noué sur le corps de la tumeur, qui, en s'étranglant dans le point lié, se convertit en deux ventres, l'un correspondant à son sommet, l'autre à sa base. Bien n'est simple ensuite comme de détacher le ptérygion à ses limites inférieures, puis aux supérieures, en se servant à cet effet d'un petit bistouri bien tranchant ou d'un kératotome, qu'on tient de la main droite, tandis que la main gauche est chargée du fil. Le produit morbide ayant été séparé de ses connexions marginales jusqu'à sa base, on coupe celle-ci en travers avec les ciseaux de Cooper, dont la convexité regarde la région voisine de l'orbite; on aura soin de ménager la caroncule et le repli semilunaire. Quelques tractions douces et quelques coups de bistouri ou de ciseaux suffisent pour détacher la tumeur jusqu'au limbe kératique. Arrivé là, on tire un peu sur l'expansion cornéale, pour qu'elle se décolle; l'on en favorise la séparation en la disséquant minutieusement avec le bistouri, jusqu'à ce que la cornée, complètement débarrassée, recouvre sa diaphanéité. Si l'ablation de quelques fragments avait été omise pendant la manœuvre, il faudrait les soulever avec des pinces et les extirper supplémentairement.

L'application préalable de l'anse de fil offre plus d'un bénéfice. Elle fournit la facilite de bien assujettir l'excroissance pendant le manuel; elle en réunit les cléments, de telle sorte qu'elle rend moins nombreuses les excisions secondairesles cordes variqueuses des i ptérygion» , riches en vaisseaux, sont enlevées plus aisément, 1 effusion sanguine étant bien moins copieuse que dans les autres expeclients opératoires.

324 LIVRE 11. MALADIES DU liLOllli OCL'LAIHK.

On peut détacher le sommet du ptérygibîl avant d'en entamer la base. L'anse de lil placée, on décolle avec le bistouri les limites de l'excroissance, en bas et en liant, puis on dissèque l'expansion tendineuse, que l'on coupe à sa pointe. L'on termine par la résection de la région caronculaire avec les ciseaux courbes.

2° Extirpation du ptérygion à base laryc. — Une ligature ayant été établie et le corps du ptérygion ayant été séparé de ses connexions avec le bistouri, depuis sa région moyenne jusqu'au limbe kératique, on insinue sous le bord inférieur de l'autre portion l'une des branches de petits ciseaux droits, avec lesquels ou pratique une incision oblique de bas en haut et de dehors en dedans, jusqu'à la partie moyenne de la base de l'excroissance. Une seconde incision, ell'ectuée de . haut en bas et de dehors en dedans, va joindre l'extrémité de la précédente, de manière à obtenir un V dont l'ouverture correspond à la cornée. L'on enlève ensuite, de l'angle interne à l'angle externe, le corps et l'expansion tendineuse de la tumeur, comme dans la première des opérations qui précèdent.

J'agis quelquefois d'après la manœuvre suivante. Après avoir fixé la ligature, " je décolle le ptérygion avec le bistouri dans sa moitié externe, je dissèque et détache l'expansion tendineuse, puis, tirant sur l'excroissance à l'aide du lil, je pratique les deux incisions obliques, et termine en enlevant tout ce qui peut être resté de la tumeur, sauf ses deux racines accolées vers le grand angle, à l'une et à l'autre paupière.

Il résulte de la constitution de ce mode d'opérer que l'extirpation porte sur deux triangles adossés l'un à l'autre par leur base à la partie moyenne du ptérygion, tandis que l'un des sommets est représenté par le tendon de l'excroissance et l'autre dérive de la réunion des deux premières sections, vers le point médian de la membrane semi-lunaire. Ce procédé laisse donc subsister deux vestiges de la tumeur, l'un en haut, l'autre en bas, vers la caroncule. Nous ne saurions assez recommander, contre les grands ptérygions, cette coupe en V, conseille par M. Arlt. «L'opération que vous avez faite à l'un de mes clients de Villeneuve, pour un ptérygion, m'écrivait en 1856 le docteur Cerveaux, de Fère-eu- Tardenois, a parfaitement réussi, et la cicatrisation s'est faite avec rapidité. »

Traitement consécutif '. — On pratique, pendant vingt-quatre ou trente-sis heures, sur l'organe opéré, des fomentations réfrigérantes. Au bout de deux ou trois jours, la surface de la plaie commence à devenir le siège d'une suppuration légère; l'œil, dès lors, sera bassiné avec une infusion tiède de fleurs de sureau. Quelques vestiges de la tumeur sont d'ordinaire emportés par le travail suppuratif. Sept ou huit jours après, on peut commencer l'emploi de quelques collyres résolutifs, comme une dissolution faible de pierre divine. Il convient de ne pas faire usage de l'eau végéto-minérale dans les premiers temps qui suivent l'opération : les sels, en effet, qui blanchissent la dissolution saturnine, sont susceptibles de se déposer dans la plaie , d'en contrarier la cicatrisation et de donner lieu à un leucome contenant un produit minéral incrusté dans le tissu de la cicatrice. Les opacités cornéales, qui peuvent succéder à l'ablation du ptérygion, seront traitées par le laudanum, les pommades au précipité rouge et la série des remèdes recommandés contre les taies. L'extirpation du ptérygion n est

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