CHAPITRE IV. — MALADIES DB LA CORNBB
glycérine au tannin ou au sulfate de cuivre. La projection sur la cornée du calomel pur ou d'un mélange, réduit en poudre impalpable, de trois parties de calome] et d'une partie d'alun, s'est montrée dans ma pratique à une utilité réelle : nous en associons l'emploi à des instillations, plus ou moins fréquentes, du laudanum de Sydenham coupé le plus souvent d'une certaine quantité d eau. Mais, pour retirer de ces expédients les bénéfices d'hyposlhé.iisat.on qu on sollicite, on ne saurait mieux faire que de les combiner avec l'occlusion palpebrale à l'aide du collodion. Je suis en mesure de citer des aveugles, guens depuis longues années, et qui continuent à jouir des bienfaits de celle médication à peu près inconnue des praticiens. Lcfevre, qui habite Melun (page 201), et qui me donne de temps à autre de ses nouvelles, est de ce nombre.
INSTILLATION DB PERCHLORURE DE FER. — La priorité de l'application de Ce
moyen à la kératite panniforme appartient à M. le docteur Follin1. Il est éminemment astringent, et comme le dit ce praticien distingue, il n'est pas sans action, comme agent de coagulation, sur le contenu des vaisseaux qui sillonnent la conjonctive cornéale.
M. Follin recommande d'éviter, aittant que possible, les solutions avec excès d'acide chlorhydrique. Il a employé tour à tour les liqueurs à 30°, à 20°, el à 15° de l'aréomètre de Baumé ; toutefois, la solution à 30° est celle dont il a fait le plus souvent usage. Tous les deux ou trois jours, parfois tous les quatre jours, suivant la tolérance, une forte goutte de ce liquide a été introduite entre les paupières, à l'aide d'un tuyau de plume. La contraction spasmodique de ces voiles, qui succède immédiatement à l'application, commande qu'on prenne les précautions nécessaires pour qu'une quantité suffisante du remède pénètre de prime-abord. La goutte ne tarde pas à s'étaler sur la surface du globe qui revêt une coloration jaune. La cuisson et la constriction assez douloureuses, qui succèdent à l'instillation, durent un quart d'heure environ ; elles se calment • ensuite progressivement et s'évanouissent au bout de quelques heures. La conjonctive , raccornie et comme plissée par l'action astringente du topique, s'injecte. Dans certains cas, aucune mutation n'est appréciable, le lendemain; dans d'autres, la pblcgmasie a subi une exaspération légère. Ce jour-là, il y a lieu de s'abstenir de toute application nouvelle du remède ; on se borne à des fomentations réfrigérantes ou un peu astringentes.
M. Follin a observé que ce n'était, en général , qu'au bout de deux ou trois instillations, qu'on commençait à constater les heureux effets du sel ferrique. Les collyres au nitrate d'argent, ceux au sulfate de zinc, l'excision des vaisseaux avaient été infructueusement employés chez l'un de ses malades, quand deux instillations de pcrchlorure de fer produisirent une amélioration des plus évidentes ; deux autres applications furent suivies de la guérison. M. Follin n'a jamais constaté d'accidents provenant de cette médication ; lors même qu'elle n'a pu être tolérée, elle n'a sollicité aucune aggravation dans les conditions morbides.
J'ai expérimenté plusieurs fois les instillations de pcrchlorure de fer avec des ' Archives générales de médecine, avril 1 8u6.
l\AS LIVRE II. — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.
résultats variés. Le remède n'a jamais mieux agi que quand je lui associai l'occlusion oculaire avec le collodion. Il y a lieu de remarquer, d'ailleurs, qu'il semble exercer une influence plus manifeste sur la vascularisation cornéenne, qui caractérise la kératite panniforme, que sur les engorgements vasculaires qui constituent les autres formes de la conjonctivite.
excision et scarification uns vaisseaux. — Scarpa conseille de produire une interruption entre les troncs vasculaires qui sillonnent la conjonctive scléroticale et leurs ramùscules placés sur la cornée, en retranchant, tout autour du limbe de celte membrane, un lambeau circulaire de deux millimètres environ de largeur. A la faveur de cette opération, dit Scarpa, on vide en un instant les vaisseaux variqueux du sang qu'ils contenaient ; on favorise la tendance qu'ils ont à reprendre leur ton et leurs dimensions naturelles, et l'on établit sur les contins de la cornée une espèce de couloir qui livrera passage à tout ce qu'il peut y avoir de sérosité épanchée dans l'épaisseur de la conjonctive qui tapisse la cornée, ou dans le tissu cellulaire qui unit ces deux membranes. L'auteur ajoute que l'excision ne devra être effectuée suivant ce mode que quand les vaisseaux sont très-nombreux et conséquemment très-rapprochés ; s'ils sont disposés en faisceaux, le chirurgien les saisira séparément près de la cornée, à l'aide d'une pince déliée, et en pratiquera successivement l'excision, avec les ciseaux courbes, en emportant la portion de la conjonctive à laquelle ils sont soudés. Bien que l'idée de Scarpa, séduisante en théorie et adoptée par Jûngken, Rosas, Weller, etc., n'ait pas toujours fourni des avantages réels dans la pratique, et qu'elle soit même rejetée par plusieurs oculistes, Chelius entre autres, je crois que cette résection, que nous remplaçons presque constamment par la scarification (page 108), ne doit pas être proscrite d'une manière absolue, et qu'il peut être avantageux d'en faire l'essai, concurremment avec quelques topiques appropriés, quand, en l'absence d'ailleurs d'une cause mécanique existant aux voiles palpébraux , certains obscurcissements rebelles sont évidemment entretenus pan des varicosités conjonctivales.
Nul, plus que le docteur Kùchler (de Darmstadt), ne parait avoir retiré des bénéfices aussi marqués de l'expédient dont il s'agit, mais nul ou presque nul aussi n'a déployé plus de vigueur dans l'exécution de cette opération, qu'il qualifie de circoncision de la cornée l. M. Kùchler endort son malade avec le chloroforme, car si cette tentative est courte, elle est douloureuse ; la paupière supérieure esl refoulée avec un élévateur ; puis, la conjonctive, accrochée avec deux érignes aiguës, est profondément coupée jusqu'à la sclérotique, avec les ciseaux de David (pl. II, hg. lï et 12). Cela fait, on explore la plaie circulaire, et 1 on tranche supplémentairement les vaisseaux et les tissus, qui peinent avoir échappé à l'action des ciseaux. C'est ainsi, dit-il, qu'on forme une série ,1 entonnoir dans lequel est enfoncé le globe partiellement dénudé. L'opération terminée, on n'a besoin que de couvrir les yeux, pendant une huitaine de jours, de compresses imbibées d'eau froide. M. Kùchler annonce que, sous l'influence de la digue, de. la cicatrice blanchâtre et déprimée qu'il établit autour de la cornée.
i Compte rendu du congres d'ophthalmologie de Bruxelles (session de 1857).