CHAPITRE IV. —MALADIFS DE LA CORNEE
paupières avec le dilatateur .le Kelley-Sno^den, arrête les mouvements du globe efl le comprimant légèrement avec l'indicateur d'une main, pu», avec le tranchant d'un rouleau lancéolaire confié à l'autre main, il gratte la cornée comme s'il s'agissait de gratter le papier pour en faire disparaître les taches d encre M. Szokalski fait observer quel'épiderme cornéal présente souvent, quand d est opaque., une résistance telle qu'on ne peut l'enlever en une seule séance; le parenchyme de la cornée cède pins difficilement encore au râclement. Comme, dans son opinion, les accidents, du côté surtout des parties profondes, se manifestant plus particulièrement lorsque les tentatives d'abrasion sont faites dans e voisinage de la sclérotique, il conseille de ne jamais trop approcher du bord de la cornée qui supporte plus mal les lésions traumatiques que le centre, et d'exécuter l'abrasion dans plusieurs séances.
Presque toutes les tentatives de ce genre ont été suivies d'un insuccès radical. Quelques cornées, il est vrai, recouvrent un degré plus ou moins élevé de transparence par l'abrasion, mais la réussite est annihilée par l'invasion du tissu fibreux de cicatrice qui vient tôt ou tard intercepter le passage des rayons lumineux. L'un des faits les plus satisfaisants qu'on ait relatés à l'appui de cet expédient concerne la jeune personne opérée par le docteur Malgaigne, à l'hôpital des Cliniques. Elle s'écria qu'elle voyait immédiatement après l'opération ; l'amélioration persistait à sa sortie de l'hôpital, et ce chirurgien affirme 1 que, deux ans après, la cornée ne s'était point distendue en stapbylôme et n'était point redevenue opaque, sauf une faible teinte opaline de quelques points de cette membrane. Tels était à celte époque, dit-il, les progrès de la vision que la jeune fille s'adonnait aux travaux d'aiguille et lisait sans difficulté le petit texte. M. Malgaigne est d'avis qu'une régénération réelle de la cornée s'accomplit dans ces circonstances, opinion en rapport, à cet égard, avec celle deJaeger (page 284).
Quelle que soit, d'ailleurs, l'idée qu'on aura de l'abrasion de la cornée et abstraction faite des cas où cette membrane contient des productions étrangères, comme des dépôts métalliques, il sera surtout inopportun de l'appliquer, lorsque l'intégrité d'une portion du miroir laisse le pouvoir de pratiquer une pupille artificielle, car l'abrasion vous ôterait presque à coup sûr tout moyen d'y recourir.
Dans la kératoplastie, expérimentée sur des yeux d'animaux, par MM. Plouviez, Feldmann et quelques autres praticiens, une cornée, extirpée avec l'instrument tranchant, est remplacée par une autre qu'on emprunte à un animal , et qu'on fixe à l'aide de deux ou trois, et en général, d'après M. Plouviez, de quatre points de suture fine. L'œil s'est enflammé, dans la plupart de ces expériences, et la réunion de la cornée nouvelle, baignée par des flots de pus, ne s'est pas faite. Il parait, toutefois, que dans quelques-unes d'entre elles, la greffe a réussi à s'établir, mais on n'est toujours arrivé qu'à des résultats fort insignifiants : perte de transparence de la cornée prothésique ; atrophie constante de oelle-ci , qui se rétrécit souvent de plus de moitié ; disparition de la chambre antérieure par l'organisation d'un tissu Jibro-plastique qui soude la pièce à l'iris, etc. Si
1 Communication à l'Académie des sciences (5 mai 1845).