‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 173 sur 501 · LIVRE \t. — MAI.ADIKS DtJ GI.OBH O0IJI.A1HK · texte numérisé non relu

LIVRE \t. — MAI.ADIKS DtJ GI.OBH O0IJI.A1HK

ces phénomènes sê sont accomplis sur des organes sains, n'y a-t-il pas lien d'en inférer qu'ils se manifesteront à plus forte raison sur des yeux leueomateux. Presque constamment, d'ailleurs, il existe, dans des circonstances semblables des synéelnes antérieures étendues qui doivent nécessairement frapper de slérilité de telles tentatives. La kératoplaslie n'a donc pu se faire une place dans les opérations régulières.

La substitution d'une cornée de verre à une cornée leucomatcuse, expédient récemment proposé par le docteur Nussbaum (de Municb), n'est que la résurrection d'une vieille idée. Bien que la chirurgie française n'ait rien de glorieux à trouver dans la revendication de cette proposition originale, il est bon d*établir, comme donnée historique, que la priorité doit en être attribuée à Pellier (de Qucngsy). Dans son Traité sur la chirurgie des yeux (Paris, 1789; tome Ier, page *M), Pellier préconise longuement cette tentative, à l'appui de laquelle il ne cite aucune expérience. 11 représente même, dans une gravure, les diverses pièces et les instruments nécessaires à sa réalisation. Voici, très-sommairement, quelques-uns des documents qu'il nous fournit :

On commence par effectuer sur la cornée dégénérée, et avec un kératotome, une incision inférieure , semblable à celle que nécessite l'opération de la cataracte par extraction ; le lambeau est saisi avec des pinces, et la portion supérieure de la tunique cornéale est enlevée avec le même couteau ou avec les ciseaux de Daviel. L'opérateur adapte ensuite, au globe oculaire, en place de la cornée extraite, une cornée artificielle en verre bien clair, fin et uni. On peut, pour plus grande sûreté, fixer la pièce par deux ou trois points de suture. Les paupières seront fermées à l'aide d'un coussinet de coton ou de charpie, qu'on assujettira avec une bande. Le malade sera condamné à un repos absolu, dans son lit. Il aura, autant que possible, la précaution de n'incliner la tête ni en avant, ni sur les côtés.

Pellier émet les motifs qu'on pourrait alléguer contre cette tentative, et il les réfute.

Si l'on objectait, dit-il, que le corps étranger est susceptible d'incommoder la personne qui se trouverait dans cette dure nécessité, ne devrait-on pas répondre que c'est là une gêne analogue à celle qu'un œil artificiel produit au début, et qui se perd à la longue? Redoule-t-on une bydropisic oculaire? Il est facile, en fabriquant la cornée artificielle, d'y placer quelques petits trous, en forme de pores. Dira-t-on crue l'appareil peut se briser,par suite d'une violence extérieure? Mais la fracture du verre serait chose fort rare ; le coup, d'ailleurs, qui causerait un tel accident, n'entraînerait pas moins la perle de l'organe , qui se trouverait dans ses conditions normales. Pellier ajoute que l'industrie de l'homme est arrivée à un si haut degré de perfection, qu'il y a lieu d'espérer que celle opération, qu'il se plaît à appeler une riche découverte, sera, dans peu, dégagée des difficultés qu'elle peut offrir.

Les contemporains de notre auteur cl les chirurgiens qui vinrent après lui ne semblent pas avoir partagé son opinion, car le procédé tomba dans l'oubli, à un point tel, qu'il vient d'être considéré comme neuf par le docteur Nussbaum. qui le donne aujourd'hui t omme de son invention. Il paraîtrait, d'ailleurs, suivant des

ClHAPÎTRfe tV. — bt LA i'.OKNÉE. 36"

r,ns(M-nements que nous fourmi nu médecin allemand, que quëlquêê praliriens de Munich, un tn'ofessêut distingué, mire autres, s'en sotlt déclarés les parl.sans à priori, d'après l'inspection de délit ou trois lapins sujels des expérimentations de M. Nussbaum. Les verres sé sont-ils maintenus longtemps en place, chez ces animaux? C'est ce que nous ne savons pas et ce dont nous douions luit. Le même médecin m'annonce qu'une tentative de ce genre laile par le docteur Nussbaum sur un malade, et en présence de plusieurs confrères, a complètement échoué. Il paraîtrait aussi que M. Nussbaum a été autorisé à renouveler ses expériences sur des aveugles du Blinden-lustilut, à Munich; nous ignorons si quelqu'un de ces malheureux a consenti à s'y soumettre.

Presque tous les journaux de médecine, en Allemagne, se sont occupés de cette utopie, longuement réfutée par le docteur Pauli (de Landau), qui l'appelle une de ces naïvetés qu'on place à tort sur le même rang que les découvertes et les progrès réels de la science l. Tout médecin sera à même d'en apprécier l'inanité. C'est là une de ces excentricités bien peu faite pour trouver des imitateurs.

Page 1