ARC ET CERCLE SÉNILES (GÉRONTOXON
On désigne par ces dénominations une opacité, d'un blanc grisâtre, qu'on rencontre très-communément chez les sujets avancés en âge, et qui occupe la périphérie de la cornée, dont elle longe parallèlement le bord, séparée toutefois de la sclérotique par une languette de cornée saine. Celte opacité est le plus souvent étroite ; dans d'autres conditions, elle offre une largeur remarquable, sans cependant empiéter assez sur le centre de la cornée, pour apporter quelque trouble à la vision. Le gérontoxon peut être incomplet, dans le principe (arc sénile, yérontoxon dimidiatum), et devenir complet plus tard (cercle sénile).
11 est rare de rencontrer cette disposition en dehors des conditions d'un âge avancé ; une vieillesse anticipée, par suite d'excès, est apte, dit-on, à la produire, chez des sujets jeunes encore. Une dame de soixante ans, qui porte un cercle sénile, m'a assuré qu'elle en avait toujours constaté la présence ; sa mère, ses frères et ses sœurs présentent une disposition identique. Le docteur Fnrnari, qui a trouvé la cornée très-petite chez les Kabyles, chez la plupart des nègres de l'Afrique et chez un grand nombre d'Arabes , a remarqué que le gérontoxon se prononçait chez eux de fort bonne heure, ce qui ne les empêchait pas de jouir d'une excellente vue.
Souvent l'anneau sénile est associé aune opacité correspondante de la lentille. Plusieurs dessins du grand ouvrage de M. d'Ammon représentent des taches circulaires et marginales de l'un et l'autre feuillets du sac capsulaire, condition
Deulsche KHnik, année 18E>3, n°' 43 el 44.
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désignée par ce praticien sous le nom de gérontoxon de la ciislalloïde antérieure et de la ciislalloïde postérieure. Nous venons plus tard (chapitre VII), que les données les plus récentes de l'anatomie pathologique localisent le gérontoxon lenticulaire dans les couches corticales du cristallin, qu'il soit ou ne soit pas accompagné de celui de la cornée.
Le développement du cercle sénile ne nous a jamais paru lié à une cause morbide apparente. On a dit longtemps qu'il n'y avait pas lieu de l'envisager comme une production morbide, qu'il ne dépendait que d'un marasme sénile, auquel la circonférence de la cornée était naturellement exposée. Or, l'opinion qui vient d'être formulée était celle de tous les oculistes, quand, il y a quelques années, et par un revirement inattendu, le gérontoxon a été élevé à un rang des plus importants, parmi les phénomènes de la pathologie générale. D'après M. Canton, chirurgien du Charing-Cross hospital, qui s'est livré à de nombreuses recherches microscopiques à ce sujet :
lo A une époque avancée de la vie, le cercle sénile est toujours le résultat d'un trouble dans la nutrition, trouble engendrant une transformation graisseuse de la cornée. Cette transformation partielle du miroir coïncide elle-même avec la dégénérescence adipeuse de l'artère ophthalmique, altération plus fréquente qu'on ne le pense, car en explorant le cerveau des vieillards, l'on en trouve souvent des traces plus ou moins évidentes.
2« Si, dans de telles conditions, la dégénérescence graisseuse de la cornée est une transformation pour ainsi dire physiologique, il ne saurait en être de même chez l'adulte. Dans ce cas , cette même dégénérescence est l'émanation d'une souffrance morbide de tout le système et un signe précurseur ou concomitant d'une dégénérescence adipeuse d'autres organes, et du cœur plus particulièrement.
Bien que ces idées demandent largement encore la sanction de l'inspection cadavérique, il suffit qu'elles aient été patronnées par des praticiens expérimentés, tels que les docteur Paget, Virchow, etc., pour qu'elles soient dignes d'être prises en considération, quand il s'agira surtout de gérontoxons survenus à une période de la vie où leur apparition est exceptionnelle.
M. Mackenzie fait observer que le cercle sénile est constitué par deux anneaux l'un , externe, qui paraît être un empiétement de la sclérotique sur la cornée l'autre interne, résultant d'une dégénérescence graisseuse. Ces deux anneaux sont séparés par une portion de cornée restée transparente, et qui, en même temps qu'elle semble déprimée, est probablement plus faible qu'à l'état normal. M. Mackenzie ajoute qu'il y aura lieu de soupçonner l'envahissement des Bbrej musculaires du cœur par une dégénérescence graisseuse, lorsque, un gérontoxon existant, la respiration et la circulation sont en proie à un embarras qu'on ne peut rattacher à aucune autre lésion manifeste.