CHAPITRE V. — MALADIES DE 1,'llUS
leur surface n'en est souvent qu'irritée ; parfois même, le bourgeonnement devient plus considérable. Comme ce chirurgien distingué, j'ai eu fréquemment recours à la cautérisation in fundibuli forme; elle consiste à enfoncer dans la masse morbide un t rayon conique cl. très-pointu de pierre infernale, qui attaque simultanément la superficie, le centre et les racines de la tumeur. Il s'établit alors uni' suppuration centrale qui dégorge profondément, Trois cautérisations en bfundibulum ont une ibis suffi au docteur Pétrequin pour triompher avec rapidité d'un staphylôme qui existait depuis plusieurs mois. Les scarifications des hernies de pctiles dimensions, mec l'aiguille falciformc de Rosas (pl. II, fig. 5), scarifications immédiatement suivies de la cautérisation avec le nitrate d'argent, m'ont été tellement utiles que je ne saurais assez en conseiller l'emploi.
On excisera, avec les ciseaux, courbes sur le plat, les procidences volumineuses qui entretiennent par leur présence une irritation continuelle. Les brides qui en unissent les racines à la cornée ont souvent alors acquis une grande solidité, d'où il suit que la sortie d'une nouvelle portion d'iris est impossible. La cicatrisation de la solution de continuité, qui provient [de cette excision, pourra être utilement secondée par le laudanum et le nitrate d'argent.
L'intervention simultanée d'une douce compression sur les paupières (page 187) et des instillations mydriatiques contribue beaucoup à l'aplatissement de quelques staphylômcs iridiens, surtout lorsqu'ils ne sont encore que couverts d une membranule récente et molle. La compression repousse la tumeur, d'avant en arrière, et la dilatation pupillaire tend à la porter en dedans, quand elle n'est pas trop éloignée du centre kératique, double mouvement qui ne peut que favoriser la réalisation du résultat qu'on a en vue d'atteindre. La compression, toutefois, mise en œuvre pour refouler en arrière les procidences indiennes, présente un écueil qu'il faut éviter avec le plus grand soin. La puissance compressée ne fonctionne avec efficacité que quand elle pèse perpendiculairement sur la tumeur. Porte-t-elle obliquement sur elle, agit-elle plutôt sur les racines de la protubérance, celle-ci augmentera infailliblement, de telle sorte que le bénéfice invoqué sera converti en un détriment des plus fâcheux.
3° staphylomes îiUDiEKS et irido-cornéens confirmes. (Staphylâmes de la cornée fàs auteurs.) lo Staphtjléme partiel. — L'aplatissement complet du sta^ phylôme partiel, à un point tel qu'il soit remplacé par une cicatrice non exubérante et accompagnée d'une synéchie antérieure, est un phénomène presque exceptionnel; on ne peut guère que pallier la difformité. Souvent même il est d'une sage pratique de ne point toucher à ces tumeurs, lorsqu'elles sont pourvues d'un petit volume et que le malade voit encore' de peur de lui nuire plutôt que de le soulager. Le staphylôme est-il assez développé pour devenir la source d'une gêne et d'une irritation incessantes on peut l'attaquer avec le nitrate d'argent recommandé, dans l'espèce' par Flarer, par Guthrie et presque tous les oculistes ; le tissu fibro-plastique, qm succède àlachute deseschares, sera très-propre à solliciter une rétraction qui dimmuera successivement les dimensions de la tumeur. On se conformera dans [application du caustique aux principes formulés page 363 Chez un enfant de treize ans, atteint à l'œil gauche d'un staphylôme très-développé, et
37(i u\ un il. — MALADIES 1UJ GLOBE OCULA1HE.
qui offrait lvaspect de la porcelaine, la tumeur i'ul cautérisée avec la pierre infernale par M. Bourroussc de Lafforo, tous les deux jours durant trois mois, paix une fois par semaine pendant six mois, et, plus lard, de quinze en quinze jours. Le staphylôme subit un affaissement très-considérable, et la vision se rétablit. Bcer accordait une grande confiance au beurre d'antimoine, avec lequel il touchait le sommet de la protubérance à l'aide d'un pinceau. 11 considérait les pommades eseharotiques comme dangereuses dans dételles circonstances, parce que leur action s'étend à des tissus qu'on doit éviter d'irriter, et qu'elle détermine la pblébectasie des vaisseaux de l'œil.
Le professeur Rosas .a adopté, contre les conditions diverses que peut offrir le staphylôme partiel, une série de moyens que nous allons faire connaître, d'après les documents que nous avons recueillis dans son intéressante clinique Quand un reste de pupille fait encore communiquer la chambre antérieure avec la postérieure, Rosas conseille de pratiquer, avec le couteau-lance et à la base de la tumeur, une petite incision qui intéresse la cornée et la portion d'iris comprise { dans la synéchie. Un relâchement momentané a lieu par suite de l'évacuation de l'humeur aqueuse ; la plaie se cicatrice en se rétractant ; il suffit quelquefois, d'après ce professeur, de deux ou trois opérations de ce genre pour diminuer considérablement la protubérance, pour la faire même presque complètement disparaître. Si la ponction n'a point amené une issue satisfaisante, il recommande de lui associer l'excision adoptée dans ces mêmes circonstances par Quadri père. Pour cela, une petite section ayant été faite avec le kératotome, dans la partie déclive ou sur le côté interne ou externe de la tumeur, on saisit à l'aide d'une pince le lambeau semi-lunaire qui en résulte, et l'on en retranche un fragment vers son sommet, avec les ciseaux. Mais quand la marge pupillaire de l'iris est soudée tout entière à la cornée, il faut pratiquer une pupille artificielle, qui non-seulement peut ramener un certain degré die vue, mais occasionner encore l'aplatissement de la tumeur. Ces opérations ne sont applicables, suivant Rosas, qu'aux staphylômes sphériques ; les staphylômes coniques doivent être respectés. Quelques faits cités dans un mémoire du professeur Flarer 2 démontrent également qu'il suffit, dans certains cas, de rétablir une communication entre le| deux chambres pour réintégrer la vision et réduire les tumeurs staphyloniateusesj Le 12 mai 1828, Flarer exécuta l'iridodialyse sur le globe gauche d'un jeune homme de 28 ans, atteint d'un staphylôme partiel qui chaque jour augmentait de volume ; le limbe pupillaire adhérait dans tous ses points à la cornée. Le 10 juin, celle-ci était aplatie, et le malade avait recouvré assez de vue pour pouvoir se livrer aux occupations qu'exigeait son état de domestique. Une femme qui se trouvait dans les mêmes conditions que le sujet précédent et qui fut soumise,' en juin 1829, à la corédialyse, put distinguer, au bout de vingt jours, les corps très-éclairés ; le staphylôme était affaissé deux mois après l'opération, et la malade voyait très-bien à se conduire.
» Voir, pour le mécanisme d'action attribué par Rosas à ce genre de moyens, Seclion IX de ce chapitre, art. •">.
* Afbhives générales de médecine, tome XXI, p. ~oo.