CHAPITRE VI. — MALADIES DES CHAMBRES OCULAIRES. A
L'onyx offre une disposition de siège et de forme sujets à varier. Dans ffiypopyon, le fluide puriforme est toujours situé dans la partie déclive de la chambre antérieure. Il est semi-lunaire.
La matière qui constitue l'onyx reste immobile, quelle que soit la position de la tète. Celle de l'hypopyon présente une limite supérieure horizontale, quand le sujet se trouve, depuis un certain temps, dans une altitude verticale, tandis que s'il vient à pencher la tète sur le côté, le niveau du liquide se déplace, comme le ferait le contenu d'une bouteille qu'on inclinerait soit à droite, soit à gauche. Cette mutation s'opère avec d'autant moins de rapidité que l'épanchement intra-oculaire est pourvu d'une densité plus forte ; elle est même nulle si l'amas est constitué par une matière très-épaisse.
L'onyx est susceptible de donner lieu à un relief proportionné à la quantité du produit anormal et à la position qu'il occupe. Aucune saillie appréciable n existe d'ordinaire, lorsque l'amas réside au milieu des couches les plus internes du miroir. La matière puriforme, au contraire, est-elle déposée vers 'épithéhum et les couches les plus externes, on la voit, en explorant surtout !S parties de profil, soulever les tissus qui la bornent. Elle s'y présente sous >rme d'une petite tumeur molle et jaunâtre. L'hypopyon, dans aucun cas, ne I saurait produire des phénomènes analogues. ^ étiologie. L'hypopyon peut compliquer l'iritis et les ophthalmies internes ; c'est un symptôme très-commun à la suite des opérations de cataracte par abaissement. Toutefois, c'est dans les kératites qu'il surgit le plus habituelle - [ment. Un onyx évacué dans la chambre antérieure est susceptible de le proi (lune. Quand il vient s'associer à une ulcération de la cornée, l'amas morbide I provient, peut-être, et comme le pense le professeur Roser (de Marbourg) d'une transsudation endosmotique de matières albumineuses ou puri formes à travers les couches profondes du miroir. D'autres ont supposé un retentissement de la Iphlegmasie vers la capsule de Dcscemet.
traitement.— On conseillait beaucoup autrefois l'application, sur les yeux affectés, de compresses imbibées d'une infusion de fleurs de sureau, de serpolet, d'hysope, de lavande, de mélisse, de safran ; on recommandait les vaporisations avec ces substances cuites dans de l'eau ou du vin; on couvrait les paupières de sachets contenant ces mêmes agents, du camphre et d'autres ingrédients résolutifs. Un collyre ioduré (12 gouttes de teinture d'iode pour P grammes d'eau distillée) a été plus récemment préconisé, dans les cas rebelles, par le docteur Rivaud-Landrau ». On peut établir en thèse générale que. hypopyon, n'étant qu'un épiphénomène qui vient s'ajouter aune iritis, et surtout a une kératite, ne réclame communément d'autre médication que celle qu on dirige contre ces maladies. Nous mentionnerons, en première limé les émissions sanguines et le calomel • vingt-quatre heures ont parfois suffi dans notre pratique pour la résolution complète de la collection morbide C'est sur ont qUan(i ene a résisté a ces ^ ^
lotion interne du polygala de Virginie, qui nous a rendu maintes fois des 1 Wtletin de therapeutiepw, t. XXXllI, p. 326.
services signalés. Le l'ait suivant témoigne de ses heureux effets dans quelques cas de ce genre.
Observation XX. — Leroux (do Montfernieil) , journalier) se présenta, le 1G août \S'6C>, ii mes consultations cliniques. Il était occupé , il y avait trois semaines , à moissonner a la faux un champ de seigle, quand, sous l'influence d'un fort coup de vent, il fui violemment frappé à la face par plusieurs épis qui lésèrent surtout l'œil gauche. J'y conslalai, unis aux symptômes d'une ophlhalmie intense, un onyx situé au centre de la cornée et un liypopyon qui montait au niveau de la pupille. Un oculiste avait déjà soumis le malade aux émissions sanguines et aux mercuriaux; mais, comme l'hypopyon persistait avec opiniâtreté, il avait donné rendez-vous à cet homme pour lui ponctionner la cornée, afin d'évacuer la collection lymphatique. Leroux , répugnant à se soumettre à une tentative chirurgicale, préféra venir me demander s'il n'y avait pas moyen d'essayer de nouveau chez lui quelque ressource d'un autre ordre. La médication du confrère consulté avant moi m' ayant paru fort rationnelle, je ne la modifiai que peu. J'y fis toutefois une addition qui me parut importante : celle du polygala de Virginie.
Je prescrivis l'application de quinze sangsues devant l'oreille gauche, un vésicatoire à demeure derrière celle même oreille, des cataplasmes sinapisés aux jambes , le soir, au moment du coucher, l'onguent napolitain belladone en onctions souvent répétées sur le front et la tempe gauche. J'ordonnai de prendre chaque jour six des paquets suivants :
Calomélas oO centigrammes.
Poudre de polygala de Virginie ■ 4 grammes.
Sucre blanc pulvérisé 4 grammes.
Mêlez et divisez en 4 8 paquets.
Régime doux. Suspendre tout travail. .Ombrager l'œil malade avec une compres flottante.
Il y avait moins d'inflammation le '19 août; la cornée était moins trouble; l'hypopyo avait beaucoup diminué en hauteur et en épaisseur. (Continuer les mêmes moyens, sauf les sangsues. Purgation avec un mélange d'eau-de-vie allemande, de vin de colchique et de sirop de fleurs de pêcher, additionné d'alcoolat d'anis.)
Le 23, l'hypopyon ne laisse plus que quelques vestiges au bas de la chambre antérieure. (Suspendre les poudres; onguent napolitain belladoné sur le fronl; entretenir le vésicatoire.)
Le 28, je constatai la résolution complète de l'hypopyon, en présence des médecinsi qui me font l'honneur de fréquenter mes conférences cliniques. Je conseillai plus tard, contre l'opacité cornéale, le collyre au borax , celui de sublimé , les pommades rouges? et d'autres topiques. La vue, naguère abolie, finit par se reconstituer au point que leii malade Lut à même de distinguer une épingle line.
Lorsque l'hypopyon persiste, malgré les meilleurs expédients résolutifs mis en œuvre, quand il monte jusqu'à la pupille vers laquelle il déverse des maté-) riaux plastiques, source d'atrésic et de synéchies, quand surtout la collection est tellement concrète, par l'absorption de ses éléments les plus fluides, qu'il est évidemment impossible de la résoudre par les moyens purement médicaux, 1 1 ne faut point hésiter à en solliciter l'évacuation parla ponction de la cornée dans son segment inférieur et près de son limhe (page 194). Nous devons, tou tefois, ajouter que des dissidences existent parmi les ophtalmologistes qui fon