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CHAPITRE VU. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE

cataractes de ce genre diminuent de volume à la longue par l'absorption partielle du liquide qu'elles contiennent. Les Allemands signalent encore un caractère qui nous parait loin d'être constant. Lorsque le malade, disent-ils, maintient son œil immobile, pendant un demi-quart d'beure environ, la masse opaque se divise en deux, couches, dont la supérieure est laiteuse et dont l'inférieure, formée par les parties les plus lourdes, a une teinte plus tranebée. Le cataracte vient-il à se frotter l'œil ou à mouvoir la tète avec rapidité, plusieurs flocons s'élèvent aussitôt et les deux couebes se confondent.

11 y a peu d'années encore, on enseignait dans les écoles qu'un liquide, placé entre le cristallin et le sac capsulaire, pouvait devenir opaque, à l'exclusion des autres éléments de l'appareil lenticulaire, d'où la cataracte morgagnienne ou intersticielle de Béer, de Wenzel et d'autres auteurs. Mais on sait aujourd'bui que ce que Morgagni prenait pour une humeur particulière, destinée à nourrir le cristallin, n'est que la substance du cristallin lui-même qui, solide dans son milieu, diminue de densité à mesure que les couches concentriques qui le forment approchent de sa surface; il suit de là que la cataracte morgagnienne pure a été rayée des cadres nosologiques.

Observation XXV. — Wenzel rapporte qu'un jeune homme vint, en 1765, consulter son père à Londres. L'œil droit, alïecté d'une cataracte dont la couleur était très-blanche, présenta clans l'opération une circonstance assez singulière. Dès que la cornée et la capsule antérieure furent ouvertes , et avant même que la section ne fût achevée, une matière laiteuse s'écoula par l'incision kéralique et démasqua la pupille, qui devint aussi nette que celle d'un œil dont on a exactement extrait le cristallin. Plusieurs objets assez petits furent distingués parfaitement à l'œil nu ; ils parurent fort troubles, au contraire, quand l'organe fut muni d'un verre à cataracte, ce qui sembla fort étonnant. Le malade se coucha après que son œil eût été couvert. Le lendemain, en levant l'appareil , on aperçut dans l'incision cornéale un écartement auquel donnait lieu un corps étranger; or, c'était le cristallin lui-même, qui n'avait rien perdu de sa transparence et de son volume. Wenzel dut en conclure que la cataracte ne pouvait avoir d'autre siège que l'humeur de Morgagni. Le malade, après sa guérison, rentra, quant à la faculté visuelle, dans la catégorie des gens qui ont subi l'opération de la cataracte, et eut besoin de verres convexes.

Wenzel ajoute que plusieurs faits semblables au précédent furent constats par son père et par lui-même. Chez un enfant, dont la cataracte était d'un blanc très-vif et cachait toute la pupille, le cristallin, dégagé des couches opaques, fut également trouvé dans l'incision de la cornée, le lendemain de l'opération. Il était complètement diaphane et assez petit, probablement, dit Wenzel, parce que la portion la plus molle de ce corps s'était attachée au linge et avait diminué son volume.

Bien que des exemples analogues à ceux qui viennent d'être rapportés me paraissent inliniment plus exceptionnels qu'on n'a bien voulu le dire, puisque je n'ai jamais rien observé de semblable, non plus que Jiingkcii, Lawrence, Travers Rosas, etc, il n'est pas irrationnel de croire que la vue ait pu être parfois abolie par l'obscurcissement, le ramollissement et la liquéfaction des courbes périphé-

4 iS LIVRE II. — MALADIES DU <il.OHE OCUI.AIHK .

riqu.es de la lentille, le corps de colle-ci continuant à conserver son intégrité physiologique.

Les stries ou filets opaques, que montrent un grand nombre <le cataractes en avant, en arrière ou au pourtour de l'appareil lenticulaire, étaient jadis presque exclusivement attribuées à un obscurcissement du disque antérieur ou du disque postérieur du sac capsulaire. Dans la très-grande majorité des cas, aujourd'hui, il faut localiser ce genre de troubles dans les couches corticales du cristallin (cataractes corticales). Bien qu'on les rencontre parfois chez les jeunes sujets, il y a lieu d'admettre que c'est là des indices qui marquent les débuts des cataractes séniles. Dans la cataracte corticale antérieure, une strie et assez babituellement plusieurs stries convergent de la circonférence du cristallin vers les parties de ce dernier, qui se rapprochent de la pupille. Courtes ou longues, elles alfeclciit toujours la direction qui -vient d'être signalée. Ternes, mats, d'une teinte grisâtre ou blanchâtre , ces rayons sont superficiellement placés dans le champ pupillaire, mais il est facile de s'assurer, en explorant de profil la région lenticulaire, qu'ils ne s'élèvent pas au-dessus de sa surface indienne. Les espaces que bornent ces obstacles offrent la configuration d'un ou de plusieurs triangles, et parfois de fragments de triangles, dont la base est tournée vers le pourtour de la lentille, tandis que leur sommet, souvent tronqué, en regarde le centre. Quand ces interstices sont diaphanes , ce qui peut arriver dans les degrés peu avancés de la maladie, ils permettent à l'observateur de constater les conditions du noyau, des couches corticales postérieures et du fond de l'organe ; mais ces espaces sont susceptibles de se troubler à la longue, et parfois à un point tel qu'ils sont complètement effacés, l'opacité devenant plus ou moins uniforme. Dans la cataracte corticale postérieure, les filets , les rayons opaques sont situés plus profondément et sur un plan concave. Inclinez, d'ailleurs, la tète du malade en arrière ou invitez-le à regarder fortement en haut. Or, si l'obscurcissement occupe la partie antérieure de la substance corticale, vous le verrez se porter en haut, tandis que vous le verrez descendre et se cacher plus ou moins derrière la moitié inférieure de l'iris, si l'opacité réside dans la région postérieure de la substance corticale.

Bien que les dispositions pathologiques dont il vient d'être question soient fort souvent constatables à l'œil nu, on aura utilement recours, pour une appréciation plus exacte, à la loupe, à l'éclairage oblique et à 1 'ophthalmoscope. S'agit-il d'une cataracte corticale antérieure, elle apparaîtra, à l'éclairage latéral, colorée en gris blanchâtre. A l'ophthalmoscope, les opacités seront distinguées, au-devant de la coloration orangée du fond de l'œil, sous forme de pinceaux obscurs, d'ombres noires cunéiformes, à gros bout tourné vers la circonférence de la lentille. L'éclairage oblique vous mettra surtout à même de déterminer, avec le plus de précision, les dimensions, la profondeur des opacités et la part qui appartient aux troubles antérieurs et aux troubles postérieurs, quand, ce qui arrive souvent, il y a existence simultanée d'un double plan de stries corticales.

On a donné le nom de gérontoxon du cristallin à un obscurcissement grisâtre, qui se développe vers la circonférence de cet organe, surtout chez les

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