‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 227 sur 501 · CHAPITRE VU. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE. 48b · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE. 48b

vail congestifdont l'exaspération pourrait diminuer les chances de réussite; puis, si vous opérez pendant que la vision n'est pas encore éteinte, vous rendez, dans l'hypothèse d'un insuccès, un triste service à votre malade, qui voit moins après qu'avant l'opération , ou a perdu complètement le peu de vue qui lui restait. Quelques circonstances pourraient engager le chirurgien à ne pas différer, s'il s'agissait, par exemple, d'un malheureux qui aurait un hesoin urgent de hien voir pour gagner son pain, et c'est dans ce cas surtout qu'on ne saurait assez conseiller de ne s'adresser qu'à un œil seul. On opérera, hien entendu, celui dans lequel la faculté visuelle est le plus compromise. Ètes-vous consulté pour un enfant qui, encore doué de la faculté de se conduire, ne voit pas assez pour apprendre à lire et à commencer son éducation classique, l'imperfection de sa vue, la demi-cécité où il se trouve «ne le réduisent-elles pas à un véritable état d'idiotisme ? Dans de telles conditions, opérez un œil ; plus tard même, opérez son congénère, si le succès a couronné vos premiers efforts. C'est ainsi que, dans le cours de 1860 et à mes consultations cliniques, je pratiquai la discision de la capsule sur l'œil gauche d'une petite lille de six ans, atteinte d'une cataracte bioculaire incomplète, que j'avais infructueusement soumise à un traitement médical. Le cristallin s'étant résorbé , au bout de six semaines, j'attaquai l'œil droit, dans lequel un heureux résultat ne se fit pas longtemps désirer.

M. Radius professe qu'il ne faut pas attendre une cécité entière pour procéder à l'opération de la cataracte, parce qu'en empêchant, pendant longtemps, la lumière d'arriver à la rétine, celle-ci devient moins apte à en ressentir l'impression. Le fait précédemment cité de Serres oppose à cette théorie un argument irréfutable.

La cataracte se forme, dans la plupart des cas, d'une manière lente et graduelle, depuis le moment où elle est à peine sensible jusqu'à celui où la faculté visuelle est abolie. L'opacité, d'après Demours, exigerait, le plus ordinairement d'une à deux années pour devenir complète. Une statistique de M. Th. Maunoir nous fournit des données plus précises. Chez quarante-sept sujets, abstraction faite du sexe, la durée du développement des deux cataractes a été, en moyenne, de cinq ans un mois quatre jours1. Rien de fixe ne saurait donc être établi relativement au laps de temps que demande une cataracte pour être mûre, c'est-àdire assez avancée pour anéantir la faculté visuelle. J'ai connu des sujets chez lesquels la maturité s'établissait en deux, trois ou quatre années ; chez d'autres, il fallait plus de temps encore. 11 en est enfin chez lesquels l'opacité reste indéfiniment stationnaire. Une dame, qui m'a récemment consulté, porte aux deux yeux, depuis dix-huit ans, des stries lenticulaires. L'obscurcissement a fait si peu de progrès que la malade, aujourd'hui âgée de 65 ans, peut lire encore, avec des verres convexes, et se livrer à ses occupations habituelles. Il n'y a guère que les cataractes traumatiques qui suivent dans leur développement une marche rapide.

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