‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 229 sur 501 · CHAPITRÉ VII. — MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VII. — MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE

dans ce dernier, quanfl clic s'y est formée à un faible degré? Ce qui est bien admirable, dit Auguste Bérard, c'est que pour déterminer de tels effets, il n'est pas nécessaire que l'opération ait un plein succès dans l'tieil frappé de cécité; alors même que cette dernière éeboue, par suite des accidents nombreux qu peuvent la suivre, la modification qu'elle imprime à la vitalité du cristallin opposé n'en existe pas moins. Je doute que l'exactitude de cette théorie puisse cire démontrée par de nombreux exemples.

Le fait suivant, publié par le professeur Serres (de Montpellier), a une liante importance pratique. Un homme atteint de cataracte à l'œil gauche, et que Delpech avait opéré par abaissement, avait recouvré de cet œil la faculté de voir. Trois ans après, il rentra à l'hôpital, cataracte du côté droit et amaurotique depuis six mois de l'œil gauche, dont la pupille, pure et assez régulière, avait perdu sa contractilité ; le malade n'y voyait plus à se conduire. L'opération ayant été exécutée au globe droit, la vision se réveilla de nouveau dans son congénère, et la pupille de ce dernier devint de plus en plus mobile à mesure que l'organe nouvellement opéré distinguait plus nettement les objets. Deux autres observations de même nature sont consignées dans le travail de M. Serres. Ce professeur allègue, pour expliquer le phénomène, que la sensibilité de la rétine n'était, selon toutes les apparences, qu'a demi-éteinte chez ses trois malades. Or, dit-il, il a fallu, pour la réveiller, que le bulbe récemment opéré perçût vivement la lumière, et que cette impression se répétât sympathiquementet d'une manière assez forte sur Je globe qui avait déjà une première fois recouvré la vue. Nous rapprocherons de ce fait l'exemple suivant que nous tenons d'un chirurgien militaire qui l'observa en Algérie. Un homme, âgé de 61 ans, était affligé, depuis son enfance, d'une amaurose à l'œil droit. Le globe gauche ayant été frappé de cataracte, le malade se soumit à l'opération, mais un phlegmon surgit dans cet organe. A mesure que l'inflammation déclinait dans celui-ci et qu'il subissait les phases diverses de la phlogose purulente, l'autre œil commença à distinguer de plus en plus les objets. Il recouvra finalement assez de vue pour permettre au malade de se conduire.

LORSQU'UN ŒIL PRÉSENTE UNE CATARACTE MURE ET l' AUTRE UNE CATARACTE COMMEN- ÇANTE, FAUT-IL ATTENDRE, POUR OPERER, QUE CETTE DERNIERE SOIT ARRIVEE A SON ETAT

de maturité?— -Quelques oculistes sont d'avis qu'on doit immédiatement attaquer la cataracte mûre, pour empêcher que le malade ne reste quelque temps presque entièrement privé de la faculté devoir, et pour que l'organe frappé d'une cataracte commençante n'éprouve pas une fatigue immodérée qui pourrait y émousser la sensibilité de la rétine. D'autres conseillent de retarder l'opération jusqu'à ce que la cécité soit complète, parce que l'inflammation, en se portant de l'œil opéré à celui qui n'est atteint que d'une cataracte imparfaite, pourrait avoir les suites fâcheuses que nous avons signalées, et surtout, parce qu'en attendant, que la cataracte soit mûre à l'autre œil, on peut pratiquer l'opération des deux côtés en même temps, et ne soumettre qu'une seule fois le malade au Irailement qu'elle réclame. Je crois qu'il est plus convenable de suivre, autant que possible, le premier précepte.

LORSQUE LES DEUX YEUX SONT CATARACTÉS ET DANS LES CONDITIONS VOULUES POUR

48S I.IVUE II. MALADIES DU GLOBE OCUJ.AUIP..

i/opéiiation, doit-on les oPKitKit «êlUB JODRÎ — Roycr, Delpcch, Forlenza, Jacger, Rosas, Roux, Wenzcl, etc., veulept qu'on opère, en même temps, les deu^ globes; Démunis, lhipuylrcn, Scarpa, Serres (de Montpellier), préfèrent attendre le rétablissement d'un œil, avant d'enlreprcndrc son congénère. Lusardi, qui pratiquait toujours l'abaissement, ne s'adressait qu'à un œil, n'attaquant l'autre que quinze jours après, parfois plus tard. « J'ai peu souvent opéré les deux yeux dans la même saison, dit Marc-Antoine Petit; je « rois utile de mettre un intervalle un peu long entre le traitement de l'un et celui de l'autre. » M. Mackenzie enseigne d'attaquer les deux yeux en même temps, si l'on procède par discision ; s'agit-il d'appliquer l'extraction, il n'opère qu'un seul œil et attend le résultat avant de toucher à son congénère.

Les motifs allégués de part et d'autre, à l'appui de ces deux opinions contradictoires, méritent ici quelques développements.

Lorsque l'opération, a-t-on dit, est simultanément effectuée des deux côtés, il y a espoir fondé qu'on réussira d'un côté au moins, tandis qu'en s'adressant à un œil d'abord, et à l'autre plus tard, il y a lieu de craindre que les accidents consécutifs ne deviennent funestes aux deux yeux successivement. On a encore invoqué en faveur de la double opération l'avantage que le malade profite plus vite des bénéfices qui en découlent et évite une seconde fois les désagréments qu'elle entraîne.

Les partisans de l'opinion opposée allèguent que deux opérations doivent avoir des suites plus graves qu'une seule ; l'inflammation, qui occupe à la fois deux organes importants et d'une sensibilité particulière, produira des effets plus intenses, des accidents moins faciles à combattre; il arrive fréquemment, quand on opère les deux yeux le même jour, que l'un d'eux se charge de toute l'inflammation qui peut y causer avec rapidité une désorganisation complète, tandis que l'autre n'est que faiblement atteint; en n'opérant le second œil que lorsque le premier est guéri, on a plus de chances de les conserver tous deux au malade. « C'est surtout lorsqu'on pratique l'opération sur les deux yeux par extraction, dit Carron du Villards, que l'on sent toute la défaveur d'attaquer les deux yeux à la fois. Rien n'est plus commun que de voir un œil opéré se vider spontanément, au moment où l'on opère l'autre : j'ai vu ces accidents arriver plusieurs fois au professeur Volpi, à Forlenza, Tadini et à d'autres ; en effet, la douleur produit un blépharosparme sympathique à l'autre œil, plus que suffisant pour le faire vider. »

Rien que de nombreux faits de réussite que nous avons constatés, à la suite d'opérations doubles effectuées dans la même séance, nous autorisent à penser que, quand on opère les deux globes avec dextérité et dans des circonstances favorables, et quand surtout la médication consécutive est bien dirigée, il est très-rare que des désordres irréparables surviennent dans l'un des organes, nous préférons, en principe, séparer les detix tentatives par un intervalle plus ou moins long. Cette pratique, je le sais, est peu en harmonie avec les intérêts du ebirurgien; mais, chose plus essentielle, elle est infiniment plus conforme aux intérêts bien entendus du malade. Je signalerai ses principaux avantages :

1° Les soins hygiéniques sont mieux administrés quand ils sont concentres

Page 1