CHAPITRE VII.— MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE
Presque tous les chirurgiens ont coutume de provoquer la dilatation artificielle de l'ouverture pupillaire, avant les opérations avec l'aiguille; c'est principalement quand on doit procéder par kératonyxis qu'il convient d'observer cette précaution qui permet d'éviter l'iris, et facilite le jeu des instruments, en mettant largement à découvert la région de la lentille. Rosas, qui emploie les mystiques dans ce cas, s'en abstient avant les opérations par la sclérotique, de peur qu'ils ne prédisposent au vomissement ; cette crainte me paraît chimérique. J'en fais également usage avant l'extraction, non dans le but, comme on l'a dit, de favoriser le passage du cristallin à travers la pupille agrandie, car celle-ci se contracte toujours, immédiatement après l'écoulement de l'humeur aqueuse, quelle qu'ait été, d'ailleurs, sa dilatation artificielle; le seul bénéfice que j'aie ici en vue consiste dans les chances plus nombreuses de ne pas léser l'iris, avec le kératotome, par suite de son refoulement vers le limbe de la cornée. La solution que j'emploie se compose de 5 centigrammes de sulfate neutre d'atropine pour 10 grammes d'eau distillée. J'ai l'habitude de prescrire deux instillations dans la soirée du jour qui précède celui de l'opération ; le lendemain et jusqu'au moment de cette dernière, on les réitère deux ou trois fois, ordinairement d'heure en heure. La fréquence de ces applications sera réglée, d'ailleurs, d'après l'effet qu'elles exercent sur la pupille.
Dans les cas où l'on doit opérer des personnes dont le bulbe est doué d'une excessive mobilité, qui expose à une manœuvre laborieuse, si l'on néglige surtout de se servir de la pique de Pamard oU de tout autre instrument analogue, il est prudent d'accoutumer l'organe au contact des corps étrangers et de diminuer sa sensibilité, en promenant sur sa surface, et à plusieurs reprises, les trois ou quatre jours qui précèdent l'opération, un stylet boutonné, l'anneau d'une clef ou tout autre instrument mousse. Dans ces séances préparatoires, j'applique toujours sous la paupière supérieure l'élévateur dont je dois me servir pendant l'opération. Une fois même, chez une femme nerveuse et pusillanime, à qui j'avais donné un lit à mon dispensaire et qui croyait ne devoir être opérée que deux ou trois jours après, je profitai du calme où je la trouvai pour récliner sa cataracte, sans l'en prévenir.