CHAPITRE VII.— MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE. SU
prévu à une accumulation très-forte d'humour aqueuse, dont la sécrétion avait été augmentée par une irritation analogue à celle qui, après une marche forcée, donne lieu à une hydropisie de l'articulation du genou.
Réascension de la lentille. — Le retour du cristallin vers son ancienne place est chose assez rare, après une inclinaison conduite avec habileté, et quand on a eu la précaution d'arrêter le corps opaque au fond du bulbe, à l'aide de la manœuvre que nous avons indiquée. Lusardi en était tellement persuadé, que, pour faire partager sa conviction à ses confrères, il lui était souvent açrivé d'inviter son malade à monter sur une chaise, immédiatement après l'opération, et à sauter à terre, ce qu'il a toujours fait sans inconvénient, d'après ce qu'il m'a dit lui-même. Toutefois, l'expérience prouve qu'un tel accident peut être déterminé par des efforts de toux ou de vomissements, par des mouvements inconsidérés, peut-être même par l'influence seule des contractions spasmodiques des muscles oculaires. Le gonflement, que subit le corps lenticulaire , a été noté parmi les conditions susceptibles de donner lieu à sa réascension, incomplète ou complète, durant les dix ou quinze premiers jours qui suivent l'opération. Dans quelques circonstances, enfin, elle ne surgit qu'après des mois ou des années, par l'effet d'une lésion traumatique, d'un synebysis, le corps vitré, qui a perdu sa cohésion, ne pouvant plus retenir le cristallin, etc. Beer dit avoir effectué avec succès l'extraction d'une cataracte remontée dans la pupille, par suite d'une chute sur la tête, trente ans après sa dépression qu'avait pratiquée l'oculiste prussien Hilmer; elle était petite, anguleuse, d'une consistance osseuse. Après avoir recouvré la vue par un double abaissement, Huart, homme de lettres, vient de mourir aveugle. Ses deux cataractes étaient remontées plusieurs années après l'opération, lors d'une chute qu'il fit dans l'escalier du passage du Perron, au Palais-Royal, et les nouvelles tentatives auxquelles on se livra furent suivies d'un insuccès radical.
traitement consécutif . — Dès que l'opération est terminée, on conduit le malade au lit, avec la précaution de ne lui imprimer aucune secousse ; il s'y place dans une position demi-assise, les épaules et la tête élevées par des oreillers. Le lit aura dû être disposé d'avance et bassiné dans les temps froids. Dans la belle saison, il n'y a aucun inconvénient à laisser l'opéré sur un fauteuil ou sur un canapé, pendant quelques heures. Une compresse de toile légère et imbibée d'eau fraîche ou glacée ayant été appliquée sur l'œil ou sur les yeux affectés, on prescrit au malade de ne point parler, de ne pas porter la main à ses yeux, de ne pas chercher à voir, et d'éviter tout mouvement brusque. On le laissera jouir du repos le plus absolu du corps et de l'esprit; on éloignera les importuns.
11 est inutile qu'une obscurité complète règne dans le lieu où l'opéré repose. On se contentera de fermer les persiennes et les rideaux, de manière que la pièce ne soit éclairée que par un très-faible jour, qui laisse aux personnes chargées de donner des soins au malade toute liberté de s'en acquitter sans aucune gêne. Dans les temps chauds, les rideaux du lit seront entrouverts afin que l'opéré respire à son aise. Quelques chirurgiens défendent même l'usage des rideaux de lit, pour ne point entraver la circulation de l'air autour
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du malade. D'autres considérations hygiéniques ont été précédemment développées (pag. 196) et nous y renvoyons le lecteur.
Un bon nombre d'oculistes ouvrent la veine du bras, une ou deux heures après l'opération, ce qui est surtout indispensable si le malade est pléthorique et quand la manœuvre a exigé beaucoup de mouvements d'aiguille. Guthrie, qui saignait toujours, qu'il existât ou non de la douleur, m'a dit n'avoir eu qu'à se louer de cette conduite dont il s'était fait une loi. La même assurance m'a été donnée par Lusardi, qui conseillait une saignée du bras, trois heures après l'opération, mais s'en abstenait chez les sujets avancés en âge. On peut encore, comme mesure prophylactique, prescrire l'application d'un certain • nombre de sangsues derrière l'oreille qui correspond à l'œil opéré, et réitérer cette application plusieurs jours de suite.
Les premières 24 heures qui suivent l'opération, le malade sera mis à la diète ; on lui permettrait un potage ou un ou deux bouillons, s'il se plaignait par trop de la faim. Le conseil, donné à cet égard, par Scarpa, ne sera pas perdu de vue (page 196). Si le sujet éprouve quelque besoin, on l'invitera à le satisfaire, en évitant tout effort d'expulsion.
Le lendemain, on continuera les fomentations froides. Quand elles causent une sensation trop désagréable, ce qui arrive surtout chez les rhumatisants, on doit en suspendre l'emploi, même le premier jour.
Trente-six ou quarante-huit heures après l'opération, on peut cesser les applications réfrigérantes, et fermer les yeux avec un léger bandage. Si le malade trouve que ces fomentations le soulagent, il n'y a aucun inconvénient à y persévérer pendant plusieurs jours.
Je connais un jeune chirurgien qui s'avisa de prescrire un collyre de nitrate d'argent, après une opération par abaissement. L'œil devint en proie à une vive phlogose ; le malade éprouva des douleurs horribles. Ce collyre, les solutions de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre, tous les liquides astringents et styptiques, en un mot, sont contre-indiqués dans de telles occurrences.
Dès le troisième ou le quatrième jour, on permettra à l'opéré de quitter le lit et de rester assis sur un fauteuil. Son alimentation doit être légère ; elle se composera principalement de potages, de légumes hachés, tels que la chicorée et les épinards, de compotes, de gelées de fruits, etc. Vers le septième ou le huitième jour, il peut remplacer par une visière bleue ou verte la pièce de tode qui ombrageait ses yeux.
Les cataplasmes sinapisés aux jambes, les lavements émollienls, en cas de constipation, seront encore employés avec avantage, comme moyens prophylactiques. Le globe opéré ne sera pas visité avant le cinquième ou le sixième jour, quand aucune circonstance n'inspire quelque inquiétude au chirurgien ; ce n'est qu'avec la plus grande circonspection qu'il procédera à cet examen, qui sera fait à un demi-jour et non à la lumière d'une bougie, comme nous l'avons vu pratiquer à Dupuytren. Peu à peu l'on augmentera la clarté de la chambre dans laquelle se trouve le malade, pour l'habituer, par degrés et avec beaucoup de ménagements, à l'influence des rayons lumineux. Il est prudent de lui défendre de chercher à contempler des objets avant huit ou dix jouis.