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CHAPITRE Vit. — MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE

Les accidents, qui peuvent .compliquer les suites de. l'opération, impriment à la médication consécutive des modifications, qui demandent ici quelques détails. Si le malade éprouve dans l'œil une chaleur vive et des picotements douloureux, s'il voit des étincelles, s'il survient de la céphalalgie et de la lièvre, ce sont là des signes d'une réaction trop forte qui indiquent l'emploi d'un traitement antiphlogistique en harmonie avec l'intensité des symptômes. L'iritis surtout doit attirer l'attention de l'opérateur; car, abandonnée à elle-même, celte inflammation se terminerait presque infailliblement par l'alrésie de la pupille. Au début, on fera une forte saignée du bras, et, peu de temps après, quinze ou vingt sangsues seront placées derrière l'oreille qui correspond à l'œil affecté. Les émissions sanguines seront répétées jusqu'à ce que les douleursaient cessé ou soient considérablement diminuées. Les instillations d'une solution de sulfateneutre d'atropine, l'onguent|napolitain, simple oubelladoné, en onctions sur la région péi iorbitaire, les sinapismes, les opiacés, et, avant tout le calomel, trouveront, dans l'espèce, des indications précédemment signalées (page 295). Nous ne saurions assez recommander les pilules du docteur Tournié (page 298); une femme de 84 ans, que j'ai opérée avec ce praticien distingué, fut prise de douleurs névralgiques qui cédèrent merveilleusement à ce remède. Il est digne de remarque que le froid n'est souvent plus toléré, quand une iritis se manifeste, les malades réclament, au contraire, avec instance des applications chaudes.

Les demi-lavements, préparés avec une infusion de fleurs de tilleul ou de camomille, à laquelle on ajoute 10 ou 15 centigrammes d'extrait gommeux d'opium, m'ont paru fort efficaces confie les troubles nerveux qui surviennent chez les personnes douées d'une sensibilité extrême. Les boissons gazeuses (eau de Seltz, potion anti-émétique de Rivière) et la glace, dont le malade avale de temps en temps un petit fragment, sont encore très-propres à arrêter les vomissements dont les secousses le fatiguent, et qui contribuent à annuler l'action des antiphlogistiques. D'après Delarue, le moyen le plus prompt et le plus sûr de faire cesser les vomissements consiste dans des frictions sur la région épigastrique avec la pommade ammoniacale.

Si l'opéré devenait amaurotique après l'abaissement, il n'y aurait autre chose à faire qu'à insister sur le traitement antiphlogistique. Quelques oculistes allemands conseillent, dans le cas où l'on pense que l'obstacle a été déprimé trop bas, de provoquer la réascension de la lentille, en faisant exécuter au malade de grands mouvements de tète.

Lorsque le corps opaque remonté dans la pupille ne se résorbe pas, il faut le déprimer de nouveau ou en effectuer l'extraction. Quand on a ici recours à celle dernière méthode, on doit l'exécuter avec les plus grandes précautions et éviter la moindre pression sur le bulbe, car l'expérience démontre que le corps vitré, qui a été gravement endommagé, a beaucoup de tendance à s'échapper au dehors. Un malade, dont parle Wenzel, avait été opéré deux fois par abaissement dans l'espace de trois années, et chaque fois le cristallin s'était replacé dans la 'direction de l'axe optique. A peine la section de la cornée eut-ello été faite, qu'elle livra passage à une portion de l'humeur vitrée ; la lentille, qui se plongeait ton-

Bi2 LlVItB IU — MALADIES DU CL0BK OCULAIRE.

jours au tond du bulbe, fut saisie avec un petit crochet et extraite, manœuvre qui fut très-laborieuse et accompagnée d'une clVusion nouvelle de ce fluide; toutefois, le sujet recouvra la vue.

Si une excroissance fongueuse se développait au point de la piqûre, après la réclinaison par scléroliconyxis, on l'extirperait avec les ciseaux de Coopcr, et l'on en cautériserait, au besoin, les racines avec le nitrate d'argent.

Les suites de cette opération sont tellement ebanecuses et entourées de tant de dangers qu'on ne saurait prendre assez de précautions pour prévenir l'invasion des accidents. Les chirurgiens pénétrés de cette vérité sont ceux qui ont obtenu les plus beaux et les plus solides succès dans l'application de cette méthode. Nous citerons en première ligne Serres (de Montpellier) qui y déployait une excessive prudence et guérissait, d'après les asserlions de plusieurs de ses élèves, neuf malades, au moins, sur dix. Il n'opérait jamais qu'un œil et s'inquiétait peu si la vue s'était rétablie par le déplacement de l'obstacle; pour lui, le critérium le plus certain était la mobilité de la pupille. Quand elle se contractait immédiatement après la dépression du corps opaque, il considérait cette circonstance comme du plus favorable augure. Le malade, placé à une demiobscurité, était soumis à une abstinence absolue, pendant trente-six heures. Les boissons même lui étaient presque absolument défendues, Serres ayant remarqué qu'elles favorisaient le vomissement. A la moindre douleur, on pratiquait une saignée générale; souvent même, celle-ci était effectuée comme mesure prophylactique. Le patient restait au lit pendant huit jours ; on entretenait la liberté du ventre par quelques laxatifs. Dans la pratique de M. Bouisson (de .Montpellier), le malade est également condamné au repos au lit, pendant une semaine, et il séjourne vingt jours au moins à l'hôpital. Kicherand allait plus loin encore; je l'ai vu, à l'hôpital Saint-Louis, maintenir un bandeau sur les veux pendant quarante jours ; il les visitait tous les quatre ou cinq jours et réapphquait immé diatement l'appareil. Il y a loin, il faut en convenir, de la prudence des chirurgiens qui viennent d'être cités à la conduite de quelques oculistes, qui opèrent les malades dans leur cabinet ou dans une salle de clinique et les font revenir à leur consultation, comme s'il s'agissait d'une simple conjonctivite catarrhalej Dès qu'après son rétablissement l'opéré pourra quitter son domicile, il se munira des appareils les plus propres à garantir ses yeux de l'intensité des rayons lumineux. Je prescris habituellement, lors des premières sorties, des verres fumés (page 203) et une visière.

historique, procédés divers. — La dépression par scléroticonyxis est le mode le plus anciennement connu d'opérer la cataracte. Petit, le médecin, qui croit que l'Egypte en est probablement le berceau, fait remonter l'époque de son invention au temps d'Ilérophile et d'Erasistrate, qui vivaient sous les règnes. de Ptolémée-Soter et de son fils Ptolémée-Philadelphe. Galien, qui exerçait son art à Rome, sous Marc-Aurèlc, nous apprend qu'il y avait de son temps, dans cette \illc, comme à Alexandrie, des praticiens exclusivement adonnés à cette opération.

Celse indiqua le premier des règles précises sur la manière de déprimer la cataracte; la description qu'il en a donnée peut encore servir de modèle, bien

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