CHAPITRE VII. — MALADIES BU SYSTÈME LENTICULAIRE
qu'il regardât cette affection comme une pellicule opaque provenant d'une humeur contre nature coagulée derrière la pupille, le cristallin étant pour lui l'organe immédiat de la vision. D'après Celse, la cataracte est parfois curable, au début, par des agents pharmaceutiques; inter initia, nonnunquàm cerlis observationibus discutitur; est-elle invétérée, elle exige l'intervention de moyens mécaniques. Il recommande que l'aiguille soit aiguë et forte, sans être trop grêle; elle sera maniée de la main droite, si l'on opère l'œil gauche, et vice versa; on la plongera à égale distance de la cornée et de l'angle externe ; le corps opaque sera entraîné sous la pupille, solidement fixé au fond du bulbe, broyé s'il remonte; si hœsit, curatio expleta est; si subindè redit, eadem acu magis concidenda, et in plures partes dissipanda est. Il n'oublie pas de bander l'autre œil pendant la manœuvre, parle de l'aide qui, placé derrière le patient, en contient la tête, prescrit de couvrir l'organe opéré de laine enduite de blanc d'œuf, et insiste sur les soins à donner avant et après l'opération.
Comme Celse, Ambroise Paré se servait, pour la dépression, d'une aiguille droite. Il partageait d'ailleurs, sur la nature de la maladie et sur le mécanisme des fonctions visuelles, l'erreur ancienne; ce ne fut qu'en 1604 que Kepler, astronome de Kœnigsberg, démontra que le cristallin, corps transparent, ne pouvait que remplir les fonctions d'une lentille, et que le siège de la vision devait conséquemment exister au fond du bulbe; cinquante ans plus tard, Rémi Lanier et François Quarré prouvèrent que la cataracte consistait dans l'obscurcissement du cristallin. Après avoir décrit la manœuvre de l'abaissement de la cataracte, Ambroise Paré dit : « qu'il faut la tenir sujette de l'aiguille par l'espace de dire un pate-nostre ou environ, de peur qu'elle ne remonte, et pendant faire mouvoir vers le ciel l'œil au malade ; puis faut retirer l'aiguille en haut, peu à peu en la tournant, et encore ne la tirant du tout hors de l'œil, à cause que si la cataracte remontait, faudrait de rechef la rabattre vers le petit canlhus tant de fois qu'elle y demeure; et ici noteras, continue-t-il, qu'en faisant telle chose, se faut bien donner de garde de toucher à l'humeur cristallin. » Le conseil donné par Ambroise Paré de faire regarder le patient en haut, après que l'obstacle a été déprimé, est encore suivi par quelques opérateurs.
Petit recommanda, au commencement du siècle dernier, de diviser avec l'aiguille, engagée dans l'œil à la manière ordinaire, la portion inférieure du segment postérieur de la capsule, puis d'entraîner la cataracte au fond du bulbe. En prescrivant de ménager la cristalloïde antérieure, Petit avait pour but de permettre à l'humeur vitrée de s'introduire dans le sac qu'occupait auparavant le cristallin, d'où devait résulter, d'après lui, une seconde lentille tendant à rapprocher la réfraction des rayons lumineux de ses conditions primitives. Si nous supposons qu'on réussisse à exécuter ce procédé suivant les vues de Petit cl de Ferrein qui l'adopta, nous savons aujourd'hui que l'opacité secondai re du feuillet resté intact viendrait frapper l'opération de stérilité; mais Petit parait avoh ignoré l'existence des cataractes capsulaires, qui ne fut bien démontrée qu'un peu plus tard par Lapeyronie et par Morand.
Vers le milieu du xvin» siècle, la découverte de l'extraction fit tomber la méthode qui nous occupe dans un discrédit tel que presque tous les chirurgiens
l'abandonnèrent; les oculistes ambulants continuèrent seuls à s'y livrer. Willburg, qui proposa, en 1785, la réclinaison de la lentille, contribua puissamment à ramener les idées vers la mélbode de Celse; mais ce fut surtout l'illustre Scarpa qui, prenant à tâcbe de la venger des reproebes qui Lui étaient adressés, la releva de sa ruine.
D'après Scarpa, on doit constamment avoir recours à l'aiguille, que la cataracte soit dure, molle ou fluide; les instruments recourbés sont les meilleurs, car ils agissent par une plus grande surface sur le cristallin, qui est arrondi. Ce professeur s'assied sur une ebaisc, en face du malade, et, afin de donner à sa main plus de sûreté, il appuie le coude sur le genou correspondant, qu'il élève à une hauteur convenable en posant le pied sur un tabouret; il place quelquefois entre le coude et le genou un coussinet un peu dur. Puis l'opérateur, qui a saisi l'aiguille (p. AQà) comme une plume à écrire, en dirige la convexité en devant, imprimant au manche une direction parallèle à celle de la tempe qui correspond au globe qu'il doit attaquer, et sur laquelle il donne à ses doigts un point d'appui; l'instrument est plongé dans la sclérotique à 2 millimètres environ de la cornée et un peu au-dessous du diamètre horizontal de l'œil. Scarpa conduit alors la convexité de la lance sur le bord supérieur du cristallin , déprime légèrement ce dernier, descend dans la pupille entre les procès ciliaircs et la lame antérieure de la capsule, déchire amplement ce feuillet avec la pointe tournée en arrière, puis enfonce l'obstacle dans le corps vitré, de haut en bas, d'avant en arrière et de dedans en dehors. Si la cataracte est caséeuse, il la broie et fait passer une partie des fragments dans la chambre antérieure, où , d'après lui, la résorption a lieu avec plus d'activité que dans la postérieure. 11 dégage l'aiguille de l'œil, en réitérant dans un sens opposé les mouvements auxquels il s'est livré en y pénétrant.
D'autres modes opératoires ont été plus récemment publiés par M. Goyrand '. par M. Lucien Boyer *, par M. Avrard (de la Rochelle) 3, etc. Les perfectionnements qu'ont signalés ces chirurgiens ne nous paraissent pas assez évidents pour que nous consacrions une description aux procédés qu'ils préconisent.
§ 2. — Abaissement par kératonyxis.
appareil instrumental . — Il suffit, pour pratiquer la réclinaison antéro-postérieure, d'un élévateur (pl. I , fig. 3) et d'une aiguille courbe semblable à celle que nous avons recommandée pour la dépression par scléroliconyxis (pl. H, lig. 4). Jaeger père l'exécute avec une aiguille dont la forme et les dimensions sont analogues à celles de l'instrument de Bccr, si ce n'est que la lance est légèrement recourbée sur le plat. Rosas procède à l'abaissement par la sclérotique avec l'aiguille de Beer ainsi modifiée; il l'emploie également pour la dépression par la cornée , mais désire que la lance soit alors plus petite. Cet
» Gazette des hôpitaux, année 1835, p. 318.
2 Mémoire lu :'i l'Académie de médecine (18 juillet 1848).
» Bulletin de la Société de médecine de Poitiers, année 1 852, p. U.