CHAPITRE I. DIAGNOSTIC. O I
L'introduction sous la paupière supérieure d'un corps étranger milite fréquemment pour l'application de cette manœuvre. Il y a indication d'y recourir quand on soupçonne la présence de granulations sur la face interne du voile supérieur. Des ophthalmies, des pannus surtout, ont persisté, durant des années, et n'ont abouti que trop souvent à la perte de l'œil, par suite de l'omission, de la part des praticiens, d'obéir à ce précepte élémentaire de l'oculistique.
Les granulations, logées dans le cul-de-sac rétro-tarsien supérieur, échappent fréquemment à l'attention des chirurgiens, à caitse de la position reculée qu'elles occupent et qu'on n'est guère dans l'habitude d'explorer ; comme elles sont une cause commune de la persistance du mal, il ne faut jamais manquer d'aller à leur recherche, afin de les attaquer suivant le même mode que les productions identiques des voiles palpébraux. Pour les démasquer , force est d'imprimer un double renversement à la paupière supérieure. L'instrument que le docteur Buys a proposé pour cette destination, et dont il a bien voulu nous faire hommage, présente un manche d'ivoire et un corps en argent, sous forme d'une sorte de fourche (Pl. I, fig. 9). Les deux branches de celle-ci sont munies chacune, à leur extrémité libre, d'un bouton destiné à offrir aux tissus une surface mousse. M. Buys nous a indiqué lui-même, dans une lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous adresser, le mode d'emploi de cet instrument. t( Après avoir renversé la paupière, je la maintiens, au moyen du doigt médius de la main gauche, la pulpe appliquée sur son bord libre. J'introduis entre elle et le globe de l'œil les branches de l'instrument, tenu de la main droite, jusqu'au repli oculo-palpébral. Je relève le manche à angle droit. Saisissant alors l'instrument parla partie supérieure du manche, à la naissance de la tige, entre le pouce et l'indicateur de la main gauche, le médius restant appliqué sur la paupière renversée, j'effectue le soulèvement. De la main droite, devenue libre, j'applique le pinceau chargé d'acétate de plomb pour en couvrir la surface granuleuse entièrement mise à découvert. »
Dans l'examen du bord libre des paupières, on n'oubliera pas de faire légèrement basculer ce bord en dehors, à l'aide d'une pression modérée qu'on exerce avec le doigt, au delà de la rangée des cils. Ceux-ci peuvent être déviés vers le globe qu'ils irritent (trichiasis) ; une ulcération de la cornée est maintes fois causée et entretenue par un bouquet de cils, et même par un cil unique, qui correspond exactement à la partie affectée. Il peut arriver qu'une collection exiguë du fluide muco-lacrymal, accolée à un ou deux cils déviés en dedans, soit rendue mousseuse par suite de l'agitation que ces appendices lui impriment. Ces poils peuvent manquer incomplètement ou complètement (alopécie des cils , madarose). Cherchez si les bords palpébraux ne sont pas soudés entre eux dans quelque point (anchyloblcpharon), s'ils n'offrent pas une inflammation furonculaire ou glandulaire, des ulcérations, des phlyetènes, des grêlons contenant parfois des calculs, des parasites, etc. Dans la blépharite ciliaire, les croûtes accumulées sur le bord libre des paupières sont dures, brunâtres, très-fortement
1 Voir, pour la description de la méthode de Buys, l'article consacré à l'ophlhalnue granuleuse.
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adhérentes; on ne parvient très-souvent à les extirper qu'en faisant saigner douloureusement les points où elles siègent. Dans les conjonctivites, au contraire, les croûtes qui dérivent de mucosités conciliées, sont flavcscenles, et se détachent avec plus dt' facilité.
Repli semi-lunaire et caroncule lacrymale. — Fortement colorée chez les sujets pléthoriques, chez les individus dont la face est habituellement congestionnée, la caroncule lacrymale est blanchâtre et pâle chez les anémiques. On accordait jadis une grande valeur aux signes fournis par cet organe, en séméilogie générale; sa rougeur, sa tuméfaction étaient des signes avant-coureurs du délire, d'une hémorrhagie cérébrale; les conditions contraires, dit Double, laissaient craindre les scrofules, le scorbut, l'hydropisic.
La caroncule et le repli qui la côtoie peuvent être le siège d'une inflammation aiguë ou chronique ; ils peuvent être fongueux, ulcérés, cancéreux, mélanoliques, occupés par des particules pierreuses, par des corps étrangers de tout genre. Ceux-ci ont été parfois rencontrés dans le cul-de-sac existant entre la membrane semi-lunaire et le globe , et un stylet mousse, à l'aide duquel on a soulevé ce repli, a facilité leur recherche. Examinez si la caroncule ne montrerait pas des poils développés anormalement et donnant lieu au larmoiement par l'irritation qu'ils occasionnent. Cet organe peut avoir été détruit partiellement ou en totalité par une suppuration, par une lésion traumatique. Il peut aussi être enfoncé vers le grand angle, à la suite de la strabotomie ; des modifications opératoires ont même été proposées pour éviter cette difformité parfois trèschoquante.
Appareil lacrymal. — L'exploration de l'organe sécréteur des larmes a été tout à l'heure l'objet de quelques développements. Nous n'avons à parler ici que de celle du canal que ce fluide parcourt depuis le lac lacrymal de J.-L. Petit jusqu'à la fosse olfactive.
Les points lacrymaux peuvent être extroversés, fendillés, ulcérés ; ils peuvent manquer ou être frappés d'atrésie. Les conduits lacrymaux sont susceptibles aussi d'être rétrécis, obstrués par du mucus concrété, des excroissances fongueuses, des cils, des calculs. Us peuvent devenir fisluleux. Le cathétérisme avec le stylet d'Anel ou celui de Méjan, les injections avec une seringue appropriée sont généralement indispensables pour la constatation exacte des conditions de ces canaux.
L'exploration du réservoir lacrymal et de tout ce qui s'y rattache devra surtout être faite avec soin, quand, en présence d'une blé pliante uni-oculaire, on a lieu de soupçonner des désordres dans l'appareil excréteur des larmes. On se gardera de confondre les maladies des tissus qui couvrent le sac avec celles de cette poche elle-même. Ces tissus peuvent être le siège d'un phlegmon ou d'un furoncle (anchylops), d'un ulcère bénin (aegylops), d'un chancre, d'un kyste, etc. Une tumeur d'un rouge brun, souvent réniforme, avec inflammation et gonflement œdémateux des tissus se propageant parfois à une très-grande distance du grand angle, et des douleurs vives annoncent généralement un phlegmon du sac (dacryocystite phlegmoneuse). Il peut aboutir à un abcès dont l'évacuation au dehors calme immédiatement les souffrances. Le plus habituel-