CHAPITRE Vil.— MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE. BA
Cooper professe que celte dernière maladie est fréquemment accompagnée dû congestions veineuses. Un goutteux à qui il donna des soins, et qui avait perdu un œil par un glaucome, succomba à une hémorrhagie veineuse, par suite d'une opération faite à la gorge. Dans l'opinion du docteur Uivaiid-Liudrau , ces hemorrhagies foudroyantes seraient dues à un fait matériel, toujours identique : labrusque effusion de l'humeur vitrée. Dès qu'une partie de cette humeur s enanche au dehors, le reste du corps vitré, demeuré au fond du bulbe, exécute forcément un mouvement rapide en avant; l'écoulement sanguin proviendrait, d'après l'oculiste de Lyon, de la rupture instantanée des vaisseaux réti o-hyaloïdiens. Nous ne saurions assigner à cette théorie la généralisation que lui attribue son auteur, par le motif que ces hémorrhagies sont fort exceptionnelles, tandis que la porte partielle de l'humeur vitrée dans l'extraction est chose très-commune. Il faut donc tenir compte ici d'un élément capital : la phlébectasie des vaisseaux du fond de l'organe.
Bulles d'air derrière le lambeau. — Les quelques bulles d'air, qui peuvent se constituer dans la chambre antérieure après la sortie de la cataracte, ont été considérées par Beer et par un grand nombre d'oculistes comme une source d'accidents inflammatoires redoutables, ce quime parait loin d'être prouvé. 11 est aisé d'ailleurs de provoquer l'élimination de ces ampoules gazeuses par quelques frictions exercées sur la paupière supérieure abaissée au-devant de l'œil , ou , comme on l'a encore conseillé , en élevant légèrement contre la cornée le voile inférieur; on refoule ainsi la bulle d'air vers l'incision, qui lui fournit une issue. Chez plusieurs de mes opérés, elle s'échappa avec rapidité, dès que j'eus introduit derrière le lambeau une curette de Daviel.
Affaissement et plissement du lambeau. — Si , après la sortie de la cataracte, l'œil reprend le plus habituellement sa forme normale, il arrive quelquefois que le lambeau reste affaissé sur lui-même. La lèvre de la plaie qui appartient au fragment plisse de la cornée n'est point en rapport immédiat avec l'autre lèvre, et l'humeur aqueuse s'écoule constamment à mesure qu'elle est sécrétée.
Maunoir a plus particulièrement insisté sur cet accident, cpie nous considérons comme fort rare, et qu'on n'a guère rencontré que chez des sujets avancés en âge. Ce professeur rapporte qu'il venait d'opérer un vieillard de quatre-vingtdeux ans, quand, après la sortie de la lentille, la cornée s'affaissa et se plissa; quelques bulles d'air pénétrèrent dans la cavité de l'organe, et le malade ne put distinguer aucun objet. Maunoir regarda cet œil comme perdu. Une idée, toutefois, vint ranimer son espoir. Il envoya chercher de l'eau distillée, la lit chauffer au bain-marie; puis, plaçant son malade dans une position horizontale, il remplit de cette eau la concavité formée par l'orbite. Soulevant ensuite avec légèreté le lambeau de la cornée , il fit pénétrer le liquide dans toutes les cavités accessibles de l'œil. Bientôt quelques bulles d'air s'échappèrent, les plis de la cornée s'évanouirent, celle-ci reprit sa convexité et les lèvres de la plaie se trouvèrent dans un rapport immédiat. Huit jours après, l'œil était exempt d'inflammation et de gonflement, et la cicatrice à peine visible. [ Maunoir pense que le moyen qu'il employa pour faire pénétrer de l'eau dans l'intérieur du globe est bien préférable aux injections avec la seringue d'Ancl ,
B44 LIVRE il, — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.
qu'on a parfois mises en usage, dans des eus de suffusions sanguines intra-oculaires ou dans d'autres circonstances. Ce praticien allègue que la force du jet, qu'on no modère pas toujours assez en effectuant ces injections, engendre de la douleur et dispose à des accidents inflammatoires; quelquefois même la cliambre postérieure se remplit d'eau outre mesure, de manière à distendre les fibres de l'iris et à déterminer sa hernie au travers de la plaie de la cornée.
M. Mackenzie, qui parait peu partisan de la pratique que nous venons de signaler, la regarde plutôt comme un indice des épreuves que l'œil peut tolérer que comme un exemple à suivre en pareil cas. Je ne l'ai jamais vu mettre à exécution par aucun chirurgien. On reconnaît généralement aujourd'hui qu'il suffit de l'intervention de l'humeur aqueuse, des larmes et des liquides qui abreuvent l'œil en si grande quantité dans celte occurrence pour restituer au lambeau flétri l'élasticité que lui a ravie la perte de ses fluides et pour lui rendre les dimensions nécessaires à l'accomplissement de la coaptation.
Écoulement de l'humeur vitrée. — L'évacuation d'une quantité plus ou moins considérable d'humeur vitrée peut avoir lieuavant, pendant ou après l'expulsion de la lentille. Elle est presque toujours occasionnée par des pressions qu'exerce avec trop peu de ménagement l'aide ou l'opérateur. On ne saurait assez éviter le bruit sec de craquement qui se fait entendre comme un coup de fouet quand on achève avec trop de rapidité le lambeau kératique ; souvent, en effet, ce bruit est suivi de la brusque sortie du cristallin, accompagné d'une quantité plus ou moins copieuse du corps vitré. Parfois même l'œil se vide complètement dans cette manœuvre vicieuse. Dans d'autres cas où l'incision de la cornée a été faite trop petite, l'humeur vitrée s'écoule en totalité sous l'influence de pressions immodérées sur l'organe, la cataracte continuant à y séjourner. Celte humeur est plus particulièrement compromise quand, au lieu de subir une compression partielle, le globe est refoulé dans sa totalité vers le fond de l'orbite. Une telle effusion peut enfin reconnaître pour causes l'agitation du patient , un spasme violent des muscles oculaires ou un état diffluent du corps vitré, circonstances dans lesquelles le chirurgien le plus habile et le plus attentif ne peut prévenir un tel accident. Les sujets dont les yeux sont gros et saillants, et ceux surtout qui ont été précédemment soumis à une opération infructueuse par scléroticonyxis y sont plus particulièrement prédisposés.
Une certaine quantité d'humeur vitrée a-t-elle quitté l'œil avant la sortie de la cataracte, il arrive quelquefois que cette dernière puisse encore être éliminée sans effusion nouvelle, si le lambeau kératique est pourvu de dimensions suffisantes et si la capsule antérieure a été largement incisée. Dans certains cas néanmoins, il est prudent de fermer l'œil et de faire coucher le malade; on soulève plus tard la paupière supérieure avec précaution, et si la cataracte ne sort pas sous l'influence des contractions musculaires, on la dégage avec le crochet, pendant qu'on soutient la face antérieure du globe dans sa région m| rieurc M. Mackenzie conseille d'exercer ensuite quelques frictions douces sur la paupière supérieure abaissée sur l'œil, afin de replacer l'iris, qui montre une grande tendance à faire hernie dans de telles circonstances.
On a dit que l'épanchement du quart, du tiers, de la moitié même du corfl