CHAPITRE Vil. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE
Le 13. Très-peu d'épiphora.
Du 13 au 14, état satisfaisant. On a employé dans ce laps de temps les fomentations réfrigérantes, les instillations inydriatiques , les frictions mercurielles sur le front, le caloniel à l'intérieur et quelques purgatifs.
Le 25. Pupille largement dilatée. Trous noirs dans la masse lenticulaire, du côté de la lempe droite. Le reste du cristallin oiïre une tuméfaction manifeste et un aspect nuageux.
Le 4 décembre. Perforations nombreuses dans toute la périphérie de l'obstacle. Le centre paraît étoilé. Il proémine dans la chambre antérieure.
Le 13. Grands progrès dans la résorption, depuis de nombreuses promenades en voiture.
Le 18. Le malade distingue les grands objets, et quitte Paris.
Il vint me consulter de nouveau en février 1858. La faculté visuelle s'était reconstituée comme à la suite des opérations les plus heureuses, et elle était grandement bonifiée par l'emploi des verres à cataracte.
Quelques oculistes impatients et jaloux d'obtenir des réussites rapides se hâtent de broyer de nouveau, de récliner ou d'extraire par l'incision linéaire une cataracte, dès qu'ils constatent que l'absorption ne marche pas au gré de leurs désirs. Je ne saurais assez inviter les praticiens à savoir attendre dans de telles circonstances et à se persuader que la tentative dont il s'agit est une œuvre de patience. Il ne faut retoucher à une cataracte ainsi opérée que quand le travail est vraiment arrêté. C'est ce qui arrive, par exemple, quand la capsule antérieure n'ayant été qu'insuffisamment ouverte, la petite plaie s'est fermée, disposition dont l'éclairage oblique peut révéler l'existence. M. Mackenzie fait remarquer avec juste raison que la dissolution et l'absorption procèdent avec plus de rapidité quand l'organe reste exempt d'inflammation que dans les conditions opposées. Chaque fois, dit-il, que survient une crise douloureuse, avec rougeur et larmoiement, la résorption paraît s'arrêter pour ne se reconstituer qu'après la cessation de l'irritation. Deux principaux motifs lui donnent l'explication du phénomène : 1" un excès de distension des vaisseaux sanguins est incompatible avec la libre action des vaisseaux absorbants; 2» dans toute ophthalmie interne, bien qu'un épanchement visible de lymphe ne s'effectue pas constamment dans la pupille, il y a toujours tendance à la formation d'un tel épanchement; îl existe de plus, ici, une disposition marquée à la réparation de la plaie capsulaire. 11 suit de là qae, quelque admirable que soit cet effort de la nature, il faut le .prévenir et le combattre, d'abord par un morcellement suffisant de la cristalloïdc et en second heu par un traitement antipblogistique et antiplastique.
Article 5. — Cataracte congénitale.
Parmi les opacités crislalliniennes qui occupent congénitaicment la pupille il en est qui, pourvues d'une localisation^très-bornée, ont été déjà décrites sous le nom de cataractes centrales (page 463). D'autres, qui se rapportent à celte categone, intéressent le quart, le tiers de l'appareil lenticulaire, de telle sorte que la crconlerence de ce système reste diaphane encore dans une étendue plus
ou moins grande' disposition qui permet au mahuitt de distinguer les objets à un demi-jour, surtout quand il les rapproche beaucoup de ses yeux et notamment quand l'organe a été soumis à l'inllucnce d'une substance mydriatirpie (page 459). H est enfin des opacilés qui causent la cécité en oblitérant complètement la pupille ; ce sont celles qui nous occuperont plus particulièrement dans cet article.
Les cataractes congénitales nous ont paru le plus habituellement lenticulaires. Nous en avons rarement rencontré de liquides ; elles étaient presque constamment molles ou demi-molles et munies d'une teinte uniforme, d'un blanc bleuâtre, qui a été comparée à celle de l'amidon cuit. Quelques cataractes congénitales sont dures; une fois même, ayant pénétré dans l'organe par la sclérotique, j'embrochai, avec mon aiguille, un obstacle de ce genre; la tige métallique s'y fixa avec solidité et j'eus une peine infinie à l'en faire sortir. La grande mobilité de la pupille et surtout la présence très-commune de l'ombre portée de l'iris autorisent à penser que les cataractes lenticulaires congénitales n'ont pas les fortes dimensions et la disposition pour ainsi dire globuleuse des cataractes molles des adultes. Le docteur Siebel explique cette sorte d'aplatissement par ce fait qu'au lieu de s'être, comme les cataractes molles séniles, ramollies progressivement par irabibition, elles sont pour la plupart restées stationnaires à l'état primitif du cristallin. Ces affections sont fréquemment accompagnées de microphthalmie. Nous noterons encore le nyslagmus et souvent le strabisme qui auront d'autant plus de tendance à persister que l'opération aura été entreprise plus tard.
Quelques particularités signalées par M. d'Ammon offrent trop d'intérêt pour être passées ici sous silence. Les cataractes congénitales sont parfois associées à des anomalies de l'iris (iridérémic, coloboma, altération de couleur de celte membrane) ou à d'autres vices organiques sur des parties plus ou moins éloignées du bulbe visuel (pieds-bots, hernies, etc.). Les enfants, qui en sont affligés, sont souvent scrofuleux ou rachitiques. Chez la plupart d'entre eux, le cerveau présente une organisation vicieuse ; il peut être le siège d'un épanchement séreux qui se manifeste par des convulsions. M. d'Ammon ne pense pas que les obscurcissements lenticulaires soient la conséquence de ces dernières ; les convulsions et les cataractes sont des phénomènes concomitants; c'est par erreur qu'on leur a attribué un rapport étiologique. Il est digne de remarque que la tache jaune de Soemmering a constamment manqué dans les yeux atteints de cataracte congénitale et dont M. d'Ammon a fait l'autopsie. Bien que les perturbations de la vie fœtale échappent à l'observation directe des pathologistes, le professeur de Dresde a soulevé, sur bien des points, le voile qui couvre les mystères de la formation de ce genre d'infirmités. Le cristallin, dit-il, est du nombre des parties primitives du globe; il ligure parmi les premiers vestiges de cet organe; il est transparent, dès le commencement de sa formation, ainsi que lé sac capsnlairc qui le contient; sa diaphanéilé ne s'altère que dans les cas où il est détérioré dans sa structure par la décomposition de ses éléments. M. il Ammon ne saurait donc se ranger à l'opinion de Wallher qui pense que la lentille est primitivement opaque, qu'elle ne s'éclairât que progressivement et .pie la