CHAPITRE VIII. — MALADIES DU COUPS VITRE
part les éléments voisins du corps vitré1, soit qu'ils consistent dans des parties membraneuses de ce corps altérées et devenues opaques. Le plus souvent peutêtre l'on a affaire à des débris d'épanehements de sang, par suite d'une rupture de' vaisseaux de la rétine ou de la choroïde. Dix jours après avoir été jeté à terre par l'un de ses camarades, Émile Neveu se présenta à mes consultations cliniques atteint d'un trouble très-considérable de la vision à l'œil droit. J'y constatai un décollement partiel de la rétine, par suite d'une suffusion sanguine, et de nombreux corps flottants dans le corps vitré. Ces obstacles, quelle que soit leur coloration, absorbent la lumière et paraissent noirs, quand on les contemple avec l'ophthalmoscope. Le meilleur moyen d'en solliciter l'apparition consiste à inviter le malade à faire mouvoir son œil en haut, en bas, sur les côtés; les corps flottants ne tardent pas à se montrer à vos regards; vous les voyez monter et descendre alternativement. Ces particules donnent lieu fréquemment à la perception de mouches volantes, ce qui n'est pas constant, car j'ai observé bien des sujets qui les présentaient à l'ophthalmoscope, bien qu'ils fassent exempts de myodésopsie.
Je montre de temps à autre à ma clinique des paillettes pourvues d'un éclat métallique ou d'un jaune d'or, et qui oscillent dans le corps vitré, à l'instar de celles que nous offre l'eau-de-vie de Dantzick ; tel est le phénomène connu sous les noms de spintheroma, de spinthéropie, de scintillatio oculi, de synchysis éiincelant, de cholestéritis, iecholestérie de l'œil. On avait d'abord attribué ces corpuscules micacés à des lamelles hyaloïdiennes .moins tendues, un peu affaissées par suite du ramollissement du corps vitré et réfléchissant la lumière au lieu de la réfracter; on avait encore émis l'idée qu'elles dépendaient probablement d'une déposition accidentelle de la matière grasse du corps vitré, sous forme cristalline. L'analyse chimique a démontré que ces théories étaient erronées et que la spinthéropie, comme l'avait annoncé M. Malgaigne, provenait de la présence de cristaux de cholestérine. Dans un fait curieux de ce genre, communiqué à l'Académie de médecine par le docteur A. Robert4, il s'agit d'une femme, atteinte, à l'œil droit, d'un synchysis , avec luxation spontanée du cristallin qui s'était logé à la partie inférieure du corps vitré. Les paillettes se montraient sous un double aspect : les unes, libres, très-mobiles, séjournaient dans la région déclive du globe et étaient projetées ça et là pendant les mouvements de l'organe ;
1 M. Arlt a observé dans l'iritis un fait très-remarquable. Dans certains cas, l'obscuration de la vue n'est nullement en rapport avec le trouble apparent, avec ce que l'on voit à l'œil nu, à la loupe ou par le secours de l'éclairage oblique. Avec rophlhalmoscope, on découvre des corps obscurs qui flottent dans le corps vitré, ce qui prouve que l'inllammation ne reste pas bornée à l'iris. Cela se voit surtout dans les formes d'iritis décrites autrefois sous le nom d'hydro-méningiles, et il était impossible de s'en rendre compte avant la découverte de l'ophthalmoscope, (Compte rendu du congrès d'ophlhalmologie de Bruxelles.)
J'ai plusieurs fois également noté le phénomène dont il vient d'être question. Je me suis souvent demandé si dans ces cas d'iritis il n'y avait point affection simultanée et de i même nature du corps ciliaire.
1 Gazette des hôpitaux, année 4847, p, 382.
ggjj, UiHti Ul MALADIES l)t! GI.OBR OCULAIKE.
les autres soudées en quelque sorte à des débris de la membrane hyaloïde et suspendues comme elle dans le corps vitré, oscillaient avec rapidité dans les divers mouvements de l'œil, mais ne changeaient pas autrement de place. C'est ( surtout à une lumière faible qlie la pluie d'or se montrera avec le plus d'éclat à l'observateur armé de l'ophthalmoscope. Lé corps vitré semble moins exposé à devenir le siège de tels cristaux que le cristallin. On les a rencontrés} en outre, dans un grand nombre des parties de l'organe visuel : dans la cornée, phénomène très-rare (Cunier, Fischer), dans l'humeur aqueuse, dans la rétine, entre cette membrane et la choroïde. Dans un bon nombre de cas, où ils avaient surgi à la suite d'une opération de cataracte par abaissement on par broiement, ils avaient très-probablement pour source le sac capsulaire, dont l'ouverture en avait permis la diffusion au sein delà coque ophthalmique1. C'est ce que viens de constater récemment chez un homme d'une trentaine d'années, opéré à mon dispensaire, en janvier 1864, d'une cataracte traumatiquequi datait de son enfance. Huit jours après cette tentative, je reconnus que de très-nombreux cristaux de cholestérine, visibles surtout à l'éclairage oblique, flottaient dans les chambres. On sait que là cholestérine se présente sous forme de paillettes brillantes et rhomboïdales. Elles ont dans le corps -vitré l'éclat de l'or; elles paraissent , au contraire, comme de l'argent ou de l'acier poli dans l'humeur aqueuse.
Le phénomène dont il vient d'être question a échappé à l'attention des anciens auteurs ; le premier qui en ait fait mention, il y a une trentaine d'années, pareil être M. Parfait-Landrau, médecin-oculiste à Périgueux; le malade, sujet de son observation, était âgé de soixanterdix ans. « Après avoir attentivement examine" les pupilles, dit-il*, je crus apercevoir, en plongeant ma vue dans la chambre postérieure de l'œil droit, de petits corps voltigeant dans le fond de cette chambre et qui me parurent briller d'un éclat phbsphorique. Un quart d'heure après l'embloi de l'extrait de belladone, la pupille était très-bien dilatée. Alors le docteur Galyet moi nous vîmes très-distinctement de petits corps figurant de ta poudre de réglisse un peu fine, et dans le nombre, qui en était considérable, I s'en trouvait qui avaient le brillant de fine limaille d'or. Ces corpuscules voltigeaient dans toute l'étendue de la chambre postérieure, et aussitôt que lœU était en repos, ils se précipitaient au fond de cette chambre pour, au plus petit mouvement, s'élever de nouveau et se précipiter ensuite. Tout se passait a une distance qui ne pouvait donner aucun doute que ces corps voltigeaient dans humeur vitrée; ils étaient en si grand nombre qu'on les voyait très-bien a 1 œil nu; néanmoins nous les examinâmes avec un verre lenticulaire. »
Observation XXXV.-Un jeune homme de quinze ans, complètement aveugle mourut, en 1859, à l'hôpital de la Riboisière. L'examen de ses yeux nous révéla les par-
! Le docteur Roser, ayant ouvert la capsule cristalline sur l'œil cataracté d'un cheval, recueillit une grande quantité de corps brillants, qui furent reconnus au microscope pour être des cristaux de cholestérine.
* Revue médicale, année 4 828, t. IV.— Annales d'oculislique, t. XV, p.