CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
se prêtent Ma médication des conjonctivites,, qu'il en est qui réclament l'application du traitement des amauroses.
L'un de mes malades, atteint de mouches, les vit énormément grossir, sous l'influence d'une kératite, pour laquelle je lui donnai des soins. Chez un autre, qui apercevait des mouches depuis deux ans, celles-ci disparurent tout à coup sans traitement, pour ne plus revenir. Un troisième, qui distinguait des corps voltigeants , affirma que sa mère avait été tourmentée pendant toute sa vie par une myodésopsie fort incommode.
Vision réticulaire (visus reticulosus ou reticularis) . Ce symptôme , que Sauvages désigne sous le nom de berlue réticulaire, et que Plenk attribue à l'engorgement des vaisseaux ténus qui sillonnent la rétine, s'offre rarement à l'observation. Il se rapproche de la myodésopsie fixe, à laquelle il peut être uni, en ce que les lignes, grises ou noires, qui le constituent, suivent les divers mouvements du globe, et se dessinent surtout quand on regarde une surface blanche, ou quand l'organe est exposé à une lumière éclatante. Samuel Cooper et M. Mackenzie avancent que le réseau est quelquefois lumineux dans l'obscurité, et prend une couleur d'un blanc bleuâtre, comme celle de l'argent, ou d'un jaune rougeâtre, comme celle de l'or. Cette sensation n'a jamais été accusée par mes malades.
Observation XXXVII. — A l'époque où nous élions privés des bienfaits de l'ophlhalmoscope, M. L'Hermuzeau, à qui j'ai longtemps donné des soins, distinguait les objets à travers une sorte de lilet ou de treillage. C'est, me disait-il , une toile d'araignée, au centre de laquelle celle-ci stationne. 11 pouvait lire , mais disposait alors son livre ou son papier de telle sorte que les deux mouches vinssent se placer au dessus des caractères fixés par le malade. Les accidents qui viennent d'être cités étaient consécutifs à de longues congestions oculaires, auxquelles cet homme avait été en proie par suite de travaux de cabinet opiniâtres.
Photopsie. — La vue d'étincelles, de flammes, de roues de feu, d'éclairs, d'aigrettes lumineuses (scotomes inflammatoires, de M. Szokalski ; myodésopsie étincelante, de quelques auteurs ; berlue étincelante, de Sauvages ; pyropsie) dénote généralement un état congestif de la rétine ou des éléments qui l'avoisinent. Elle peut s'associer à d'autres hallucinations, comme la perception de mouches noires. Qui ne sait qu'une simple commotion du bulbe, par une quinte de toux, par un éternument violent, et qu'une contusion , même légère, de l'œil , sont susceptibles de produire une sensation de lumière (p. 79)? 11 me paraît probable que les scotomes étincelants dont il s'agit ici dépendent d'ébranlements subits, de chocs plus ou moins répétés reçus par la pulpe rétinienne, sous l'influence d'un afflux sanguin, parfois saccadé, dont ses vaisseaux ou ceux de la choroïde deviennent le siège. M. Duval (d'Argentan) a émis sur leur production une théorie ingénieuse , bien que problématique. 11 se fonde sur des analyses faites sur un grand nombre de cerveaux d'aliénés par M. Couërbe, analyses qui portèrent ce dernier à conclure que la folie dépendait d'une perversion de nutrition de l'encéphale, laquelle consistait notamment en une quantité de phosphore sécrétée en plus forte proportion que ne le comporte l'étal normal. Il fappuie en outre sur une analyse entreprise par lui-même sur le cerveau d'un
000 M VUE II. — MALADIES lit) CLOUE OCULAIRE.
arriàurotique, organé qui ne doxiila que dans l'appareil optique central une mass de phosphore plus considérable qu'on ne la trouve dans les conditions physiolo giquès. L'ayant traité par l'éthër ei par l àlcool bouillant, d après le mode qi vait indiqué M. Couërbc, M. Duval obtint, pour les lobes antérieurs séparesdu reste de l'encéphale, des chiffres qui se rapprochent de ceux, notés par M. Coùërbè. Les couches optiques, en y comprenant la rétine et les nerfs optiques, suivis jusqu'aux tubercules quadrijumeux, fournirent, toutes proportions de pesanteur gardées, une quantité de phosphore plus grande que celle qu'avait donnée AI. Couërbe, comme la plus élevée qu'il eût obtenue. D'après ces faits, M. Duval se demande s'il ne paraît pas rationnel de rapporter à un excès de phosphore les phantasmes lumineux qu'avait offert le sujet de ses observations hëcropsiques. Si le phosphore, continue-t-il, est incontestablement, même à 1 état inerte, le corps simple le plus extraordinaire qu'on ait encore découvert, que ne doit-il pas advenir de sa présence au milieu de l'organisme, et lorsque ce corps se trouve soumis aux lois de la vie animale, parcouru, par exemple, par des courants électriques. Il faut convenir d'ailleurs que, dans l'état actuel de la science, l'explication des phénomènes pyropsiques laisse encore beaucoup à désirer.
Chrupsie. — 11 arrive quelquefois, dans le développement de l'amaurose, que le malade ait devant lui une ou plusieurs couleurs, parfois toutes celles de l'arcen-ciel, et que les objets qu'il regarde lui semblent autrement colorés qu'ils ne le sont en effet. Des sujets, par exemple, les voient comme teints en rouge, en bleu, en vert, etc. C'est ce qu'on appelle chrupsie, chromopsie, vision colmcr: c'est la berlue colorante de Sauvages. L'observation démontre aussi que la perception des objets fortement colorés en jaune précède ou accompagne quelque-' fois l'ictère, ce qui ne me paraît explicable que par la modification de teinte que le sang contracte sous l'influence de son mélange avec la bile. J'ai été récemment consulté par un homme d'une cinquantaine d'années , qui accusa de voir tous les corps colorés en jaune. Il était souvent atteint d'embarras gastrique et vomissait fréquemment des matières bilieuses. Deux purgatifs salins, l'in jonction de couper le vin aux repas avec une solution de bicarbonate de soude; et quelques frictions d'onguent napolitain belladone sur le front, triomphèrent, au bout de dix jours, de cette chrupsie, qui avait rendu insuffisants les verres convexes dont il faisait habituellement usage, et l'avaient jeté dans une grande inquiétude. Chose semblable est susceptible de se produire quand on a ingéré dans l'estomac une certaine quantité de semen-eontra ou de santonine;un bôii nombre de sujets voient, dans de telles circonstances, une teinte jaune répandue sur les corps extérieurs, coloration qui se transforme ensuite chez quelquesuns en une teinte verdàtre. Cë phénomène trouve une interprétation probable dans la coloration en jaune du sérum du sang, de même que, dans de pareilles conditions, l'urine peut se colorer en jaune1.
1 11 résulte des recherches du docteur Hipson que la sanlonine se convertit, sou* l'inHuence des acides, en une nouvelle substance d'un jaune verdâtre, brillante et cristallisée, à laquelle il a donné le nom de sanloncinc. On rencontre ce produit dans l'urine des sujets qui l'ont usaçe delà sanlonine.