CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE. flO
Bien que la théorie qui localise la vision colorée dans la rétine [chrupsie nerveuse) nie semble devoir être appliquée à bien des cas., il me parait certain, à la suite de l'opération de la cataracte, par exemple (p. 564), que quelques mutations inhérentes aux milieux réfringents de l'œil, d'où un trouble dans leurs propriétés achromatiques, ne doivent point être étrangères à sa constitution. C'est ce qu'on a appelé chrupsie dioptrique.
Achromatopsie (pseudo-chromie , chromato-pseudopsie , daltonisme). Presque toujours congénitale, et fréquemment héréditaire, cette perversion fonctionnelle consiste dans l'impossibilité du discernement des couleurs. L'insensibilité, complète pour les uns, ne se borne pour les autres qu'à quelques couleurs qu'ils sont inhabiles à reconnaître; il en est qui, propres à percevoir les couleurs, en confondent les nuances. Dans la variété dite acyanoblepsie, akyanoblepsie, acyafiopsie, le bleu ne peut être constaté, et est souvent confondu avec le vert; les différentes nuances du rouge ne sont pas distinguées dans Vanerythroblepsie. Dalton était affecté d'achromatopsie, dont on trouve, dans les auteurs, de nombreux exemples. On rappo'rte que Collardeau peignit un jour Un fond écarlate. croyant peindre un fond brun; qu'un berger de Neuchatel lit emplette d'un parapluie rouge, dans la persuasion qu'il était d'un beau vert; qu'un officier anglais acheta un habit vert au lieu d'un habit rouge. On lit dans les Transactions philosophiques qu'une famille entière ne distinguait pas le rouge du vert, la couleur du fruit mûr de celle de la feuille qui Pavoisinait. Chez un milicien, dont le docteur Decondé a relaté l'histoire, toutes les couleurs foncées sont prises pour le noir, et celles du spectre solaire se confondent en deux couleurs fondamentales, le jaune et le bleu. 11 résulte des recherches du docteur Wilson (d'Edimbourg) que l'achromatopsie serait fort commune en Angleterre; une personne survinat ïfflrîniit à un degré quelconque l'une des variétés de celte anomalie de la fonction visuelle. Cette particularité a motivé une communication rendue publique su les dangers que peut entraîner l'emploi des signaux colorés sur les chemins de fer.
C'est dans le cerveau que résiderait le sens des couleurs d'après Gall Û Spurzheim. Les auteurs qui ont adopté cette opinion expliquent l'achromatopsie par une altération des parties cérébrales chargées de l'élaboration des impressions faites par les couleurs. D'autres, qui placent celle faculté dans la rétine, admettent une torpidité dans les fonctions dont il s'agit et qui perdent assez de. leur activité pour ne pouvoir agir isolément ou pour n'agir que d'une manière partielle. Le phénomène qui nous occupe se cache dans les secrets de la vie; on ne peut, en ce qui le concerne, émettre que des assertions hypothétiques.
L'achromatopsie acquise s'est rarement présentée dans ma pratique.
Ojservatioh XXXVUL- Sous l'influence d'une hémiplégie et d'une amblyopie double, survenue à la suite de la brusque suppression d'une maladie delà peau Poiré horloger, presbyte, a qui je donnai des soins en 1850, perdit la faculté de discerner le rouge, et voyait eu jaune le pantalon garance des soldats. Les autres couleurs étaient d a.llcurs parfaitement reconnues. Chose curieuse, son père n'avait jamais pu distinguer le rouge; notre malade était donc héréditairement prédisposé à l'achromatopsie; mai.
il fallut une cause de perturbation des fonctions visuelles pour que ce symptôme vînt prendre place parmi les phénomènes amaurotiqu.es.
Par l'usage des anticongeslifset des dérivatifs vers la peau et le tube digestif, la vue de cet homme s'était beaucoup amendée au bout de trois semaines, et il avait recouvré la faculté de distinguer le rouge, mais pour les petits objets seulement, et surtout quand ils étaient éloignés de ses yeux. Il voyait bien, par exemple, un morceau de fil rouge. Comme toute trace de congestion avait disparu , je prescrivis les frictions stimulantes sur la région péri-orbitaire; mais le malade cessa de revenir à ma consultation.
Le fait qui précède démontre qu'une affection encéphalique, que peutêtre même une simple congestion cérébrale peuvent donner lieu à une achromatopsic plus ou moins étendue. C'est probablement à cette catégorie étiologique que se rapporte l'observation, publiée par M. le docteur Clémens, quirapporte qu'une femme perdit, au cinquième mois d'une quatrième grossesse, la faculté de distinguer le rouge. Le même phénomène s'était transitoirement manifesté dans une grossesse antécédente.
Diplopie. — Le développement de l'amaurosea été accompagné de vue double, chez un grand nombre de nos malades. Sauf peu d'exceptions, c'est la diplopie bi-oculaire que nous avons rencontrée, celle dans laquelle le sujet aperçoi un objet double, quand les deux yeux sont ouverts, tandis qu'il le voit simple, lorsque l'un d'eux est fermé.
Schmucker, ayant eu à traiter plusieurs sujets amblyopiques atteints de diplopie bi-oculaire, un major de hussards entre autres, qui voyait double les lignes de son escadron, émit l'idée que ce résultat était probablement dû à une turgescence des vaisseaux choroïdiens, d'où une pression sur la pulpe rétinienne, et, par suite, une impression vicieuse des rayons lumineux. Dans l'opinion de Beer, qui me paraît applicable à la plupart des cas, la double vue bi-oculaire proviendrait plutôt du défaut d'harmonie des axes optiques, par suite d'un certain degré de strabisme, si commun dans les amauroses, dans l'amblyopie unilatérale surtout, circonstance dans laquelle c'est l'organe compromis qui en est frappé, sa déviation étant fréquemment très-faible et à marche plus ou moins inconstante. Le professeur de Vienne admet tantôt une simple irrégularité dans l'action d'un ou de plusieurs des muscles chargés de la motilité du bidbe, tantôt une anesthésie véritable. On conçoit, d'ailleurs, que, dans un grand nombre d'affections amaurotiques, la cause morbifique peut simultanément frapper et le nerf optique, et d'autres éléments nerveux du voisinage.
Observation XXXÏX.— J'ai été consulté, en 4849, par un homme atteint à l'œil droit, de cataracte, à la suite d'un coup qui avait frappé cet organe ; il n'y avait que peu d'inflammation ; le cristallin me parut en voie de résolution ; je conseillai d'en attendre l'accomplissement, ce qui eut lieu dans l'espace de quatre mois, sous l'influence des mercuriaux et de quelques autres moyens. Je fis essayer du côté droit, l'autre œil restant libre, un verre à cataracte ; les objets furent perçus plus lucidement, mais doubles. Après l'ablation du verre, l'œil gauche étant ouvert ou fermé, la diplopie disparaissait. Or le globe droit m'offrit une. pupille assez fortement déplacée vers la racine du nez, et pourvue d'une anfractuosité triangulaire dans le même sens (dyscorie), modifications qui n'étaient survenues que depuis la lésion trautnalique. L'explication de la diplopie fut