CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
Les conditions diverses, auxquelles est lice la niéropie, impriment, (railleurs, à cette dernière des modifications de marche sujettes à des variations complexes.
L'ophthalmoscopie a contribué beaucoup à éclairer la question de ces limitations du champ visuel. Elles peuvent être liées, en ce qui regarde les affections amaurotiques, à des maladies de la rétine (décollement de cette membrane, ftètinite apoplectique, amaurosc albuminurique, fongus médullaire, etc.) ou à des lésions delà choroïde (staphylôme postérieur, etc.). Le docteur Hubsch, ancien élève de l'École de médecine de Naplcs, me racontait qu'un homme, qui Sffrait à un œil une amaurose -centrale, étant mort à l'hôpital des Incurables de cette ville, le professeur Martino en fit l'autopsie, et trouva derrière la rétine des petites ossifications, des espèces de granulations osseuses. Nous savons, depuis longtemps, en outre, que l'origine de la méropie peut être cérébrale ou cérébro-spinale; il en résulte souvent, comme le fait observer M. de Graefe, des diminutions d'étendue du champ visuel très-bizarres et très-irrégu- Bères, dont on ne peut guère se rendre compte. Chez le docteur Wollaston, qui succomba, après avoir subi deux attaques d'hémiopie , le côté obscur de l'objet ayant, dans la seconde attaque, changé de place pour chaque œil, on rencontra une altération de la couche optique droite et du corps strié. L'hémiopie, d'ailleurs, est loin d'avoir toujours cette même gravité. Quelques personnes éprouvent passagèrement ce symptôme durant une migraine. Le docteur Guillié rapporte qu'à la suite d'un violent chagrin produit par l'abandon de sa famille et de ses amis, un peintre s'aperçut soudainement que tout ce qui s'offrait à ses regards lui paraissait coupé par moitié , qu'il fermât un œil ou qu'il regardât avec les deux yeux. Le phénomène subsista quelques heures et se dissipa sans traitement.
La photophobie, l'oxyopie et quelques autres symptômes susceptibles de s'associer aux affections amaurotiques ont été déjà signalés page 72.
De l'exploration du champ visuel. — On désigne sous le nom de champ de la vision l'espace dans lequel sont compris les objets qui donnent une image sur la rétine. II a pour limites les parties saillantes de la face : les sourcils , le nez , les joues. Quoiqu'il soit vrai de dire que la vision s'accomplit dans l'étendue qui vient d'être notée, il s'en faut qu'elle soit également bonne dans tous les points de cette dernière. Elle n'est parfaite que dans un espace très-restreint ; dans les autres, elle ne nous indique que la présence des corps. C'est ainsi que quand on fixe la première lettre d'un mot imprimé en caractères de dimensions moyennes, on n'aperçoit pas les dernières lettres du même mot; on ne fait guère que les deviner ; un léger mouvement de rotation du globe peut seul conduire à leur appréciation exacte.
Il est digne de remarque que la sensation visuelle est normalement abolie ou à peu près éteinte dans la portion de la rétine appelée tache aveugle ou punctum c&cum. Il est facile de se rendre compte du phénomène, en répétant une expérience très-simple, celle de Mariotte. Découpez deux ronds de papier blanc, de 3 centimètres de diamètre et fixez-les contre un mur, à la môme hauteur et \ lb centimètres de distance l'un de l'autre. Placez-vous en face des deux cercles' bouchez l'œil gauche et regardez, avec son congénère, le cercle de gauche'
^jq> UVHIÎ 11. MALADIES DU (JLONE OCULAIRE.
Non-seulement vous le verrez, niais vous apercevrez aussi le cercle voisin. Si vous reculez alors peu à peu, il arrivera un point où vous n'apercevrez plus le papier de droite, tandis que celui de gauche, que vous continuez à fixer, sera , distingué. En reculant ensuite un peu, les deux cercles seront constatés de nouveauté foyer des images changeant de place sur la rétine. M. Béclard fait observer 1 que cette insensibilité, au punctum cœcum, n'est point absolue, comme l'expérience qui précède semble le démontrer. La sensibilité visuelle y est obscure, mais subsiste encore à un certain degré, car si l'on substitue un corps en ignition à celle des deux images qui disparaît, il n'est plus possible de transformer la sensation des deux objets en une seule. Un corps, vivement éclairé, impressionne donc encoue la partie la moins sensible de la rétine.
Nous avons fait précédemment observer que, dans un bon nombre d'affections amaurotiques, le champ de la vision subissait une diminution plus ou moins considérable, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Pour arriver à en déterminer les conditions, on a généralement adopté dans les cliniques ophtalmologiques un procédé qui conduit à des appréciations satisfaisantes. On se munit d'un tableau noir, qu'on attache à un mur et qui est divise en un certain nombre de compartiments de dimensions égales. Les ligna qui les séparent sont en rouge, en bleu, en vert, d'une couleur, en un mot, qui ne soit pas le blanc, pour mieux accentuer le trait qu'on doit pratiquer sur le même tableau avec de la craie*. Le malade se place devant ce dernier, a la distance de sa vision distincte (de 25 à 30 centimètres en moyenne) et bouche l'œil qui ne doit pas être exploré. Cela fait, l'observateur trace une croix dan. l'un des carrés du centre , si celle-ci n'a pas été dessinée d avance; le malad la fixe et on l'invite à ne pas en détourner le regard, pendant toute la durée de l'exercice. Puis on place le doigt à une petite distance de la croix, et on 1 en éloigne graduellement jusqu'au point extrême où ce doigt peut encore être dj nglé ; on marque ce omt avec de la craie. On procède suivant le même mode tout autour de la croix centrale, et l'on obtient ainsi une figure plus ou mon s n tue qui détermine les limites de la vision excentrique. Un autre expedien ml M trouve consigné dans un mémoire de M. de Graefe, n'exige pas d apparj S e ïïe t ouve conséquemment beaucoup plus à la portée du prauaen. On STxe l'â; central sur mi point noir, d'où partent , sur une feuille de pap J In " dans huit directions, des points noirs, convenablement espaces. Siï Îl amp de la vision a subi une diminution excentrique, le malade dira que I ™ de cetL sorte d'étoile sont inégaux en longueur. Dans cette expenenj 22 on déterminera le champ périphérique à l'aide d^une ligne circula,, lésera sur tous les points distingués par l'observé aux limites extrêmes de
i Beolard, Traité de physiologie, 3« édit. ^rif^85^P;6^a en cases, de dimeB- * On peut confectionner ce tableau en toile crée On le divisera , siens égales (30 cases de chaque côté du carré). Chaque comp n — 1 mètres et demi de hauteur et autant de argeur. Les 1 gn co orées carrés seront larges d'environ 3 millimètres. La case cent a le e un d l'observateur peut encore la pratiquer lui-même au momenl de 1 explo.uimn.