CHAPITRE IX. — MALADIES DU LA CHOROÏDE ET DE LA RÉTINE
conco de l'iris, membrane éminemment vasculaire, et que le bulbe est tendu et rénitent. Dans de telles circonstances) en outre, le sang ne se borne pas toujours à occuper les (issus profonds du bulbe visuel; il peut souvent venir congestionner les vaisseaux superficiels, ceux de la conjonctive. C'est d'ordinaire par les caractères objectifs de la conjonctivite cutarrbale que les phénomènes de cette complication se révèlent. Toutefois, dans les amauroscs déjà anciennes, et surtout chez les sujets en proie à des dérangements dans la circulation abdominale, et chez les femmes après la ménopause, il n'est pas rare d'observer une turgescence variqueuse des vaisseaux situés dans le tissu cellulaire sous-conjonctnal (p. 42).
Le sujet accuse, dans d'autres cas, un sentiment de tension douloureuse, de propulsion au fond des orbites, et les yeux, gènes dans leurs mouvements, acquièrent une saillie insolite (exophthalmos) . On ne découvre d'ordinaire aucune tumeur, aucune bosselure à la racine des paupières, et il n'y a point de strabisme. Nul doute qu'il n'existé alors une hypérémie, un gonflement vasculaire du tissu cellulo-adipeux de la cavité orbitaire , gonflement qui peut se compliquer d'une certaine infiltration œdémateuse.
Observation XL. — M»» M , brodeuse en tapisserie , qui me consulta le 2 septembre 4 850, éprouvait, depuis deux mois surtout, un trouble considérable de la vue; les couleurs tranchées des objets de son travail fatiguaient beaucoup celle femme, que tourmentaient des scotomes étincelants, des maux de tête, des tintements d'oreilles et le sentiment d'une barre au-dessus des orbiles. Telle était sa constipation qu'il lui arrivait de n'aller à la garde-robe qu'une fois par semaine. Elle avait essayé, quelque temps avant la maladie de ses yeux, de supprimer, par des injections contenant de l'eau de Rabel, une leucorrhée qui durait depuis son enfance. Elle ajouta qu'elle portail à la face une éruption dont la disparition fut suivie dés désordres visuels.
Une circonstance qui la frappait avant tout, c'était l'état, existant depuis peu, de proéminence des globes. « 11 me semble, dit-elle, que mes yeux sortent de ma tète, que quelque chose les pousse et va les jeter en face de moi. »
Le diagnostic ne fut dans ma pensée l'objel d'aucun doute. J'ordonnai, outre la suspension absolue du travail, les anliconges.ifs dont je fais habituellement usage dans les cas de ce genre. Quel fut mon élonnement, huit jours après, quand Mme M . m'an nonça que le trouble de sa vue avait disparu, qu'il M'y avait plus de pbolophobie, qu'elle n apercevait plus d'étincelles. La saillie des globes s'était évanouie tout à fait ou d'une manière presque complète. Je prescrivis la continuation des purgatifs, des pédiluves et, contre un peu de conjonctivite, un collyre au sulfate de zinc.
Soupçonne-t-on que l'exophthalmos est un peu plus prononcé d'un côté crue de I autre, invitez le malade à regarder directement devant lui, les veux immobiles. Vous distinguerez alors, dans l'organe le plus saillant et entre la partie " feneure de a cornée et le bord libre de la paupière correspondante, une bandelette sclerohcàîe plus étendue que dans la région correspondante de l'autre
La forme amaurotigue qualifiée ,1e nerveuse, dnritaUvc nerveuse, à'amurose
for rrrUaUon nerveuse, est admise par un bon nombre dophtha huol stes
cest elle que Hosas appelle mmm erclhictt) cl ^
616 LÏVRK il. — MALADIES DTJ ulohk OCULAIRE,
ou par éréthismc. Il faut convenir que les différentes descriptions qui s'y rattachent ne nous offrent guère de caractères bien tranchés capables de nous la faire distinguer de la forme sthénique. La pliotophobie, la photopsie, la chrupsie la constriction pupillaire {hippus pupillœ), qui lui ont été attribuées, ne se rencontrent-elles pas aussi dans la forme sanguine? L'oxyopie, sensation qu'ona comparée à celle qu'on éprouve quand on fait usage de lunettes trop fortes, a encore été placée dans son cortège symptomatologique. L'amaurose nerveuse serait plus commune, d'après Jûngken, dans les yeux à iris bleu ou gris que dans les yeux bruns. Frappé du vague des caractères attribués à l'amaurose éréthistique, Hognetta tranche nettement la question en l'expulsant des cadres nosologiques. 11 y a erreur, d'après lui, dans l'admission d'une simple irritation nerveuse sans congestion et sans phlogose; les prétendues gouttes-sereines nerveuses ne sont que des gouttes-sereines hypersthéniques, qui réclament la médication anliphlogistique.
Tout en n'allant pas aussi loin que l'auteur qui vient d'être cité, nous conviendrons que les amauroses dites nerveuses nous paraissent infiniment plus rares que les autres formes amaurotiques. Ce n'est guère que dans la première catégorie qu'on peut classer, provisoirement au moins, certaines gouttes-sereines à type intermittent et les paralysies hystériques de l'organe visuel. Notons d'ailleurs que ce qui a été appelé amaurose nerveuse n'est le plus souvent qu'une névralgie ciliaire ou que l'émanation d'une affection cérébrale ou autre, et se trouve fréquemment lié à des perturbations dans l'ensemble du système nerveux.
traitement. — 1° amauroses sthéniqtjes. — La thérapeutique des amauroses sthéniques comprend les moyens les plus propres à dissiper le mouvement congestif, source du trouble de la vision.
Émissions sanguines. — Leur application est soumise à certaines règles, capitales dans l'espèce, et dont l'inobservation peut conduire à un but diamétralement opposé à celui qu'on se propose d'atteindre.
Observation XLI. — Un employé du ministère de l'intérieur se trouvait au début d'une amblyopie, faible encore, quand un oculiste recommandable de Paris lui prescrivit] entre autres ressources, l'application de quinze sangsues au fondement. Le sang coula beaucoup, et avec celte effusion coïncida une détérioration extraordinaire de la faculté visuelle. Elle ne s'était relevée que de bien peu au moment où il demanda mes conseils; car cet homme ne pouvait lire, et était à la veille de perdre sa place.
Observation XLII. — M...... organiste, âgé de trente ans, était affligé depuis près
d'une année d'une double amblyopie, offrant le type congestif. Sa vue était très-émoussée, bien qu'il pût distinguer encore les caractères d'impression assez forts; la lecture le fatiguait au bout de peu de temps. 11 apercevait souvent des mouches et des étincelles, qui apparaissaient même à l'ombre de la nuit.
Le 20 juillet 1846, il était apte à se conduire et à vaquer à ses occupations, quand il lui prit fantaisie de se délivrer d'une étoile qu'il portail au front, au-dessus de la racine du nez. Or celle étoile résultait d'un tatouage efïeclué depuis plusieurs années. Pour cela, il s'enivra, s'arma d'un canif et se mil résolnmenlà l'œuvre. Mais une hémorrha-