CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC
3° Quand la pupille dilatée laisse pénétrer dans l'œil mie masse plus considérable de rayons lumineux que dans les conditions physiologiques, le fond de l'organe plus éclaire offre un aspect un peu opalin. Ce que nous rencontrons dans la mydriase. idiopathique et dans quelques cas de pupilles surnuméraires peut surgir aussi dans la mydriase amaurotique.
NOTIONS DIVERSES, BRUIT DE COSSE, SIGNES DE LA MORT TIRES DE i/EXAMEN DES
yeux. — C'est à l'aide du sens de la vue que nous constatons presque toujours les mutations morbides susceptibles d'envahir l'œil et ses annexes. Une bonne loupe sera utile pour distinguer des détails exigus, qui échapperaient sans ce puissant moyen à notre investigation. Ce genre d'appareil peut aider les myopes, mais il sera surtout avantageux, indispensable même, à l'observateur presbyte. Deux loupes sont mises par nous à la disposition des élèves qui fréquentent nos consultations cliniques ; elles ont suffi pour conduire à des appréciations exactes. ' L'une, la plus faible, est, en terme d'opticien, un lancetier de 21 lignes de diamètre (3 pouces de foyer); l'autre est une lentille Gottington montée à œil (6 lignes de foyer). Cette dernière, dont se servent surtout les botanistes, donne, quand elle est placée à une distance convenable de l'organe malade, une image précise, nette, sans aberration ; il faut, quand on s'en sert, explorer les parties dans une direction oblique par rapport à la lumière, pour que l'œil affecté soit bien éclairé, et que l'observateur ne soit pas gêné par son ombre. Les kératites ponctuées, des brides filiformes, des exsudats de petites dimensions, apparaissent avec leurs moindres détails sous le foyer de cet excellent instrument.
Le toucher ne nous fournit qu'un secours secondaire. C'est à son aide cependant que nous vérifions la fluctuation de quelques tumeurs, la situation exacte de certaines orbitocèles, la consistance du globe, etc. Le sens de l'ouïe, utile dans le diagnostic de quelques tumeurs anévrysmales, est celui qui rend le moins de services en oculistique. Un phénomène qu'il nous révèle mérite d'être signalé : nous voulons parler du bruit de cosse.
Sous ce nom et sous celui encore de bruit de gousse, le professeur Albers (de Bonn) a mentionné, il y aune vingtaine d'années, un craquement particulier, qui a quelque analogie avec celui que fait entendre une cosse sèche, quand elle vient à crever et à éclater soudainement. Chez quelques rares sujets, cette légère crépitation s'effectue dans le mouvement d'élévation de la paupière supérieure. Le docteur Kyll (de Cologne) attribue ce phénomène à la rupture de petites bulles d air, qu, proviendraient, vers le repli rétro-tarsien supérieur, d'une accumulation de ce fluide dans des parcelles dilatées du liquide muco-lacrymal. Je me suis quelquefois demandé s'il ne serait pas dû, chez certains maiades du moins, a la colonne d'air passant tout à coup sous la paupière supérieure au moment ou elle se sépare brusquement du globe. Dans cette hypothèse il faut admettre que le voile supérieur est collé à l'œil par un mucus glutineux, ou bien, peut-être, se trouve pressé contre lui par les contractions de l'orbiculaire
sTfrr10. "ne,C0nf0rati0n P*^*» <l11 ^rse ; or, dès qu'une ouverture' a, vers les hmites inférieures de l'espace oculo-palpébral, l'air s'y précipite
je n attache qu une méd.one valeur, vu le peu d'importance du phénomène cfai
nous occupe, je dois ajouter que j'ai observé des sujels qui le faisaient constamment, naître à volonté, dès qu'ils détachaient la paupière du globe avec les doigts.
L'existence d'une toile dite glaireuse sur la cornée, et l'abaissement des yeux, sont deux signes de mort depuis longtemps recommandés par les médecins. Louis déclare que ces caractères peuvent à eux seuls être la preuve évidente de la mort. Plus récemment, le docteur Pouchut s'est exprimé à cet égard de la manière suivante 1 : « Win slow, en pressant, après la mort, sur le globe oculaire, a vu suinter, an travers de la cornée, la sérosité plastique qui se concrète et forme la toile glaireuse. Mais, ce que Winslow a produit par la pression du globe oculaire, la convulsion de l'agonie, qui entraîne l'œil en arrière et le comprime au fond de l'orbite, ne peut-elle pas le produire? Je n'y vois aucun obstacle, et c'est de cette manière, je crois, qu'il faut expliquer la formation de ce voile de la mort. Cette toile glaireuse, très-line, se fend en plusieurs morceaux lorsqu'on y touche, et on l'emporte par le plus léger frottement. Elle ternit quelquefois la cornée au point de faire presque disparaître la prunelle. Un peu plus tard, l'œil lui-même devient d'une flaccidité et d'une mollesse remarquables. Les observations que j'ai faites viennent entièrement à l'appui des idées que le célèbre secrétaire de l'Académie de chirurgie a fait connaître, et j'attribue encore plus d'importance que lui à la formation de la toile glaireuse de la cornée. En effet, ce phénomène n'a lieu que dans l'agonie et peu après la mort. L'état de chassie des yeux, la sécrétion puriforme qu'on y observe dans certaines fièvres graves, dans quelques maladies des paupières et dans les affections aiguës des enfants, qu'on a voulu rapprocher de cet état des yeux, au moment de la mort, ne lui csl nullement comparable. Si, dans ces maladies, il se forme à la surface de l'œil des mucosités, de la chassie, comme chez les enfants malades qui ont de la gourme, ce voile de mucus vient du bord libre des paupières, des glandes de Meïbomius, et couvre la cornée d'une couche opaline puriforme, qui se distingue de la toile glaireuse par son épaisseur et sa coloration. Quant à la mollesse et à l'affaissement du globe, ce double phénomène, qui se produit à l'instant de la mort, et que l'on observe sur tous les cadavres, son importance est très-grande, sa signification très-positive. Il peut, en certaines circonstances, guider le physiologiste dans ses recherches. C'est même d'après ce seul caractère que, dans les vivisections, MM. Magendie et Bernard jugent souvent de la mort des animaux. »
La question dont il s'agit n'a pas été résolue de la même manière par d'autres observateurs ; d'où il résulte que, dans des circonstances si graves, les idées qui viennent d'être formulées ne doivent être acceptées qu'avec la plus grande réserve. Comme Orfila, comme Dcvergie, le docteur Josat se prononce contre la doctrine de Louis, qui a failli être funeste, dit-il, à plus d'un malheureux agonisant 2. L'état des yeux ne fournit pas, suivant cet auteur, de moyens certains de s'assurer de la réalité de la mort. L'expérience démontré même que, dans quelques espèces de mort, les globes, loin de s'affaisser, de se rider, sont
1 Boucliut, Traité des signes de la mort. Paris, I8i9. ' Josat, De la mort et de ses caractères. Paris, 1 85i .