CHAPITRE ix.— MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
une perturbation grave, presque jamais elle ne vu jusqu'à la cécité. Celle perturbation tient en partie à ce que les rayons lumineux sont réfléchis au sem du globe, par la dénudàtion scléroticale ; il y a lieu surtout de tenu- compte (tes complications qui ont pu venir s'associer au staphylôme postérieur : rétinochoroïdite, bigarrures indiquant la souffrance du reste de la choroïde, ecchymoses, exsudations plastiques, hydropisie sous- rétinienne (phénomène rare), flocons flottants danslecorps vitré indice du ramollissement dece corps (page 591), parfois trouble manifeste (état jumenteux) de la masse hyaloïdienne, etc. L'opacité du pôle postérieur de la lentille, mentionnée par presque tous les auteurs comme une complication habituelle de la scléro-choroïdite postérieure, est évidemment moins commune qu'on a bien voulu le dire1. J'ai rencontré plusieurs sujets, atteints de staphylôme postérieur, aux deux yeux, et qui trouvaient du soulagement à boucher l'organe le plus affecté, quand, sous l'influence d'une fixation de quelque durée, ils éprouvaient une grande fatigue accompagnée parfois de diplopie.
nature de la maladie. ÉTioLOGiE. — Un travail sourd et insidieux de la choroïde, localisé surtout dans l'hémisphère postérieur de l'organe visuel, me parait le point de départ de la maladie qui nous occupe. La sclérotique, graduellement refoulée en arrière , se convertit en une sorte de godet à concavité antérieure ou intra-oculaire. Plusieurs yeux, que j'ai examinés après la mort, m'ont offert une bosselure, une sorte de sac conique situé à la partie postérieure du globe, vers le côté externe de l'insertion du nerf optique. En plaçant l'organe entre moi et la flamme d'une bougie, je constatai que la sclérotique était lumineuse dans l'endroit aminci , tandis qu'elle se montrait mate dans les autres régions. Il arrive souvent, d'ailleurs, que la tumeur dont il vient d'être question ne soit pas la seule ; quand le mal a atteint un haut degré de développement, d'autres protubérances s'associent , dans le voisinage du nerf optique , à la tumeur primitive , mais cette dernière reste constamment la plus volumineuse. Non-seulement, comme nous l'avons précédemment indiqué, le pigment est entièrement ou presque entièrement résorbé dans le point lésé, mais encore la couche vasculaire de la choroïde s'est graduellement atrophiée dans cette même région; une époque arrive où elle n'est remplacée que par un tissu cellulaire mince qui adhère à la paroi interne de la sclérotique, de telle sorte que celle-ci est dans un rapport presque immédiat avec la rétine. Cette dernière enfin qui, au début de la maladie, jouissait de ses dispositions physiologiques, se soude plus tard aux débris de la choroïde sous-jacente, se garnit d'exsudats et subit un tel degré de désorganisation que la macula et le for amen cœcum disparaissent d'une manière complète.
1 Sur plus de vingt autopsies de scléro-choroïdites bien manifestes que j'ai faites avec mon maître, M. Cusco, jamais nous n'avons rencontré la cataracte polaire postérieure. D'après ce total, qui égale à peu près la somme des nécropsies connues de cette affection, je me crois en droit de douter de la relation qui pourrait exister plutôt entre la cataracte polaire et la scléro-choroïdite , qu'enlre cette dernière maladie et les autres variétés d'opacités du cristallin. (Dubarry, loc. cil,, p. 15.)
(]3R LIVRE II. — MAUlllKS lit) GL011B OCULAIRE.
Il y ii lieu de penser, avec M. Arll et la plupart des observateurs, que l'une des causes capitales slapliylùme postérieur doit être rapportée a une fatigue longtemps prolongée de l'accommodation dans la contemplation d'objets petit* et rapprochés, surtout à l'âge de la puberté, c'est-à-dire à une époque où la , sclérotique est privée de la consistance qu'elle possède chez les sujets plus âgés. Or, sous l'influence, de cette condition, les muscles oculaires el le muscle orhiculaire des paupières sont livrés à des efforts qui refoulent la partie postérieure du corps vitré en arrière [Voy. chap. XI, sect. 1), et donnent lieu dans le fond de l'organe à des concentrations sanguines , d'où les conséquences pathologiques précédemment signalées. Il peut arriver même, dans les eus les plus prononcés de l'eelasie, que le globe soit poussé en avant el en dedans par la protubérance postérieure externe, d'où il résulte que la région scléroticale, vers l'angle externe, parait renflée, et parfois même contracte une teinte légèrement bleuâtre ou ardoisée. C'est ce qui a été appelée bosse deArlt; nous la constatons quelquefois, mais elle nous paraît loin d'être constante. La théorie qui rapporte la cause principale des désordres à la contraction du droit interne, parce que ce muscle est plus fort que les autres, me parait renversée par ce fait que les yeux atteints île strabisme convergent, serait-il même invétéré et fort intense, ne semblent pas plus exposés au staphylôme postérieur que les yeux qui conservent leur rectitude physiologique. La myopie progressive a été généralement expliquée par l'allongement de plus en plus développé du globe dans le sens antéro-postérieur 1 ; parfois cet allongement est tel que le diamètre antéro-postérieur de l'œil , dont la moyenne est habituellement de 23 à 25 millimètres chez l'adulte (p. % peut s'étendre jusqu'à 30 millimètres et même dépasser ce chiffre. Les malades font usage de verres concaves de plus en plus forts sans soulagement durable; ils changent souvent de lunettes, ne trouvant pas dans ces appareils la bonification des fonctions visuelles qu'en retirent les myopes, dont la portée de vue n'est due qu'à des conditions non morbides des milieux réfringents. Fréquemment même ils en invoquent vainement le secours ; c'est ce qui arrive plus particulièrement dans le troisième degré du staphylôme postérieur, période dans laquelle la vision fixe n'est guère abordable, la vision libre pouvant subsister encore à des degrés variables.
M. Romain Noizet, auteur d'une excellente dissertation sur le staphylôme postérieur2, mentionne, comme conditions en favorisant le développement, toutes celles où l'organe visuel est soumis à une activité exagérée : hommes de lettres, imprimeurs, graveurs, bijoutiers, etc. Il est aujourd'hui bien démontre que la myopie y prédispose. Toutes les fois qu'on est consulté par un sujet chez
1 Celle myopie progressive pourrait forl bien n'être pas produite par l'allongement M diamètre antéro-postérieur de l'œil, parle fait seul delà formation du staphylôme. D'après le docleur Cusco , toules les fois qu'il existe une choroïdite alropluque postérieure, le corps Vitré se ramollit et augmente de volume. Ces deux causes réunies peuvent contribuer au développement ou à l'augmentation de la myopie chez les mdividus atteints d'atrophie choroïdienne. (Guérineau, Do diagmstic des maladies des yeux à l'aide de fophlhalmoscope. Paris, 1 860, p. 200.)
«Romain Noizet, Du staphylôme postérieur, thèse inaug. Paris, 1858.