CHAPITRE IX.— MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
pieds, d'une dermatose , d'un flux hémorrhoïdal, etc.), et l'on agira en conséquence.
L'hydropisie sous-rétinienne doit être considérée comme l'une des plus grave.de toutes les maladies susceptibles d'envahir l'organe visuel. Quand elle est péu étendue, peu abondante et d'une origine récente, elle peut guérir par l'absorption du fluide qui la constitue; mais de tels faits sont rares. On s'estimera fort heureux quand on aura réussi à arrêter le mal et à le taire rétrograder à un a rlaiii degré. M. de Gracié professe (prune rétine radicalement décollée ne reprend jarnais sa direction normale, de telle sorte que l'amélioration qu'on obtient, dans le traitement de l'hydropisie sous-rétinienne, ne concerne guère la portion de la rétine qui a été détachée, mais n'a très-probablement trait qu'aux parties qui l'environnent et qui ont éprouvé une modification salutaire.
Article 3.— Anémie de la rétine.— Embolie de son artère centrale.— Développement de fibres nerveuses à moelle.— Cysticerques.
On a plus particulièrement qualifié A'anêmir de la rétine une disposition dan laquelle le nombre et le calibre des vaisseaux rétiniens ont subi une diminution notable. On la rencontre dans quelques vieilles amauroses cérébrales ou autres et dans des yeux atteints d'une impuissance congénitale des rétines, parfois compliquée de nystagme. Cet état coïncide avec la blancheur et l'atrophie des papilles et l'exiguïté des vaisseaux qui les sillonnent.
^ Quelques sujets, jeunes encore, et atteints de chloro-anémie, m'ont offert à l'ophthalmoscope une pâleur insolite des profondeurs de l'organe. Si les lèvres soht décolorées et blêmes chez les chloroliqu.es, pourquoi le fond de l'oeil ne seralt-il pas sujet à cette même mutation? La chlorose, toutefois, n'exclut pas les Hyperémies intraoculaires, comme elle n'exclut pas les congestions qui se font dans d'autres organes.
En mai 1859, j'ai observé à l'hôpital Necker un homme de cinquante-cinq ans dont la vue, à gauche, jouissait de son intégrité physiologique, tandis qu'elle était radicalement éteinte à droite. La cécité, qui existait depuis deux années s était constituée soudainement. Sans offrir un aspect nacré, la papille de l'uni affecte était plus pale que dans son congénère. On y voyait dans sa moitié inférieure, entre deux veines dilatées, une barre demi-courbe, une sorte de virgule blanchâtre qui gagnait manifestement le centre delà papille, point d'émeMeiice des vaisseaux; elle était côtoyée par les deux veines dont elle suivait la direction Quelques autres cordons de même teinte, mais moins appréciables à la vue montraient un cours identique sous forme étoilde. 11 y avait là probablement^ embohe de 1 artère centrale de la réline ; telle fut d'ailleurs l'opinion du docteur I Mhh. Rotons encore que le cordon inférieur était entrecoupé çà et là par dés -pémtt d un brun roùgeâtre dont on peut attribuer la présence à des caillots desséches. Dans deux observations de ce genre, qui ont été relatées par M de J Uaefe amaurose avait également surgi tout à coup à la suite d'une hématémeSe, et fut incurable dan. l'un ét l'autre cas. Les caractères ophlha m s opiques conduisant M. de Graefc à conclure pour une embolie de
artère cen-
<)()() LIVRE 11. — MALAU1BS DU GLOBE OCULAIRE.
traie de In rétine, tout en taisant quelques réserves, à cause de l'absence de vérification, car les malades ne sont pas morts.
M. Virçhow s'exprime de la manière suivante sur un phénomène qui paraît rare dans l'espèce humaine : «Je trouvai, dit-il, autour de la papille du nerf optique, chez un malade où l'on s'attendait à trouver des altérations bien différentes, des stries blanchâtres, radiées, dans un point où d'ordinaire la rétine est transparente. L'aspect de celte lésion ressemblait à ce qu'on observe quelquefois chez les chiens et presque toujours chez les lapins. A l'examen microscopique, je trouvai que des fibres nerveuses à moelle s'étaient développées dans la rétine tout comme chez les animaux dont nous venons de parler. En examinant ces libres à partir des parties moyennes de l'œil jusque vers la papille, on les voyait augmenter de volume d'une manière insensible d'abord, puis on reconnaissait de la manière la plus distincte la sécrétion de moelle nerveuse dans leur intérieur. C'est une sorte de déformation qui restreint notablement les fonctions de la rétine. Cette fine membrane devient de plus en plus opaque, car la moelle empêche les rayons lumineux de la traverser. »
Un bon nombre d'observations démontrent que le cysticerque peut se développer derrière la rétine et s'entourer, comme dans le corps vitré, d'une ou de plusieurs membranes concentriques. On reconnaît le cysticerque rétro-rétinien à la présence au fond de l'œil d'une tumeur de forme ovale, parfois verdàtre ou d'un vert bleuâtre, et aboutissant à une partie allongée qui représente la tête de l'animal. Les vaisseaux rétiniens sillonnent la face antérieure de la protubérance, qui fait parfois une saillie très-manifeste dans le corps vitré. Tant que le cysticerque est vivant, des mouvements ondulatoires peuvent être aperçus sur la niasse morbide; est-il venu à mourir, ces mouvements s'évanouissent, la poebe se rétracte et s'affaisse, le cou devient moins distinct. Le diagnostic demande j que la pupille soit largement dilatée par le sulfate d'atropine. Souvent d'ailleurs * il devient vague ou impossible, par suite, du trouble qui s'empare des milieux , réfringents de l'œil. La production pathologique , ainsi localisée, ne détruit pas • nécessairement la vision; le champ de celle-ci n'éprouve parfois qu'une limita- • tion plus ou moins étendue , mais les désordres concomitants peuvent venir : éteindre la fonction compromise.
N'y aurait-il pas lieu de tenter contre les cysticerques rétro-rétiniens les frictions longtemps continuées avec l'onguent napolitain camphré sur la région circumorbitaire'? M. Cuérineau conseille à titre d'essai l'application sur cette même région de vésicatoires qu'on panse successivement avec de la santonineet du calomel.
C'est dans les pays où le ténia est commun qu'on se tiendra en garde contre la présence du cysticerque comme cause possible du trouble des fonctions visuelles. La transformation des cysticerques en ténias a été en effet démontrée par Mœller (d'Altona), le docteur Kùchenmcistcr et quelques autres observateurs '.
1 Consultez à ce sujet une note insérée dans la Gazelle hebdomadaire, année <856, p. 589.