CHAPITRE K.— MÀiADÏËS DE LA CHOROÏDE ET HE LA HlîTlNE
extraite de la pratique de M. Amiral, et où la cécité était radicale, une masse tuberculeuse occupai! dans toute sa hauteur la moitié interne du lobe gauche du cer\ elet. De ce fait et de plusieurs autres, M. Andral conclut que si l'amaurose, incomplète ou complète, peut exister au nombre des phénomènes engendrés par plusieurs espèces d'affections du cervelet; que si même, dans certains cas l'âniaurosè, on ne rencontré d'altérations appréciables que dans le cervelet, on ne saurait néanmoins établir que la perte de la vision soit due à la circonscription des désordres daiis un point du cervelet qui soit toujours le même.
Le ramollissement, le cancer, les kystes du cerveau, rentrent dans le cadre Btioloçique de l'amaurose. Nous mentionnerons aussi les fongus de la duremère, les exostoses des parois du crâne, les anévrismes de l'artère basilaire et des autres artères intracràniennes, si bien étudiés par le docteur Albers (de Bonn). La cécité de l'œil droit coïncide, dans certaines circonstances, avec des désordres du cerveau du côté gauche, et vice versa. C'est ainsi qu'il y a quelques années, un homme , âgé de trente-trois ans , succomba soudainement dans une nuit à l'Hùtel-Dieu de Lyon. Il était affecté d'une amaurose complète à droite, laquelle s'était établie peu à peu, lé malade accusant seulement une céphalalgie générale. L'autopsie révéla l'existence d'un noyau cancéreux logé dans la couche optique gauche. J'ai observé une jeune fille portant sur la partie gauche du front une tumeur osseuse d'un fort volume, et qui, par son empiétement sur les parois drbitaires du même côté, refoulait l'œil au dehors. La vue de cet organe se rapprochait de ses conditions naturelles; mais cette fonction était très-détériorée dans son congénère, qui conservait sa position normale. Parfois cependant les effets croisés n'ont pas lieu, et l'amaurose uni-latérale est accompagnée de lésions encéphaliques du même côté '. M. Mackenzie fait observer que si l'amaurose d'un œil est compliquée de surdité et d'engourdissement des muscles de la face du même côté, l'affection peut être attribuée à une tumeur adhérente à la face postérieure de la portion pierreuse de l'os temporal ou naissant du méat auditif interne.
Dans l'observation suivante, dont j'ai vainement cherché l'analogue dans les fastes de la science, un abcès des sinus sphénoïdaux m'a paru le point de départ des désordres.
OiisEiivATiON XLÎV.— Le 20 septembre 1852, madame Foutlé me présenta tous les symptômes d'une congestion encéphalique. Elle pouvait se conduire à peine, voyait des
1 Des faits pathologiques, propres à élucider quelques points en litige sur l'origine récite et le mode d'entre-croisement des nerfs optiques, ont été classés par le docteur Longel dans les catégories suivantes : \ ° Cas d'atrôphie d'un nerf optique propagée en arrière du chiasma, dans le même côté; 2" dans le côté opposé; 3» cas d'atrophie d'un seul nerf optique au-devant du chiasma, avec atrophie des deux nerfs optiques en arrière de ce point; 4° cas d'atrophie du nerf optique au-devant du chiasma seulement; 5» cas d'atrophie des nerfs optiques propagée jusqu'aux corps genouillés; 6» jusqu'aux tubercules quadrijumeaux. Suivant le même auteur, ces phénomènes pathologiques s'expliquent par un entre-croisement particulier de ces nerfs (p. 47). Dans quelques cas, ils ne sont pas réunis sur la ligne médiane.
étincelles et des mouches, et était tourmentée, dit-elle , par l'aspect d'une sorte de miroir qu'on agitait devant elle. Je prescrivis une saignée du bras, Paloès, la crème de tartre avec la magnésie, des cataplasmes sinapisés aux jambes et les applications réfri-
gérantes.
Le i décembre suivant, la malade annonça qu'un phénomène insolite s'était manifesté chez, elle, il y avait deux jours. Un grand bruit, qu'elle comparaît à un coup de pistolet, s'étant inopinément produit dans sa tête, madame Foullé rendit par la bouche et par le nez une quantité énorme d'un pus fétide et mêlé de sang. Dès le lendemain, la céphalalgie, la surdité, les douleurs névralgiques et les phénomènes amaurotiques s'étaient amendés comme par enchantement; ils avaient disparu huit jours après, et la malade pouvait enfiler une aiguille fine. Je l'ai revue en 1858. Il n'y avait point eu de récidive.
Demours annonce qu'il est habituellement consulté pour des enfants affectés d'amaurose complète par l'effet de convulsions qui ont lieu le plus ordinairement pendant la première dentition. «J'en ai plusieurs à mon observation, ajoùte-t-il, dont aucun ne présente le moindre espoir de guérison. » J'ai rencontré moi-même un très-grand nombre de faits de ce genre. Le docteur Marchai a cité, dans sa thèse, l'exemple d'un enfant de quatre mois qu'il observa à ma consultation, et dont les yeux, normaux à l'époque de la naissance, fui .ut frappés de cécité par suite de convulsions qui durèrent dix-neuf jours.
J'ai vu des lésions cérébrales ne donner lieu à des accidents amaurotiques qu'après avoir été précédées d'autres désordres paralytiques dans différentes pari ties de l'économie. Dans d'autres circonstances, une affection encéphalique crée, d'un côté, une amblyopie ou une amaurose, et de l'autre une paralysie des organes moteurs du bulbe. Des causes rhumatismales peuvent donner lieu à des phénomènes identiques.
J'ai été consulté par un bon nombre d'amaurotiques qui avaient complètement ou presque complètement perdu le sens de l'odorat. Chez certains d'entré eux, ce sens n'était que plus ou moins perverti. Pour mademoiselle Bourginej l'une de mes malades, quelques fleurs avaient une odeur sulfureuse. L'associa! tion de l'amaurose et de la perte de l'odorat peut être rapportée avec quelques probabilités, a-t-on dit, à une tumeur située dans la fosse pituitaire ou sur la lame criblée de l'ethmoide. Si cette proposition semble vraie dans quelques en o n stances, elle ne l'est pas dans toutes. M. Rayer m'a affirmé qu'il avait autrefois constaté des amauroses liées à l'existence de tumeurs dans le corps pituitairj sans altération aucune du sens de l'odorat. On a avancé qu'une hypertrophie, qu'une dégénérescence quelconque du corps pituitaire ne pouvait exister sans amaurose, à cause du contact de ce corps avec le point d'intersection des nerfe optiques. Cette théorie, qui paraît applicable au plus grand nombre des cas, ne doit pas être acceptée dans tous. Il n'est pas question, par exemple, d'accidents amaurotiques chez une jeune fille de dix-neuf ans, qui, morte d'une pneumonie, offrit au docteur Krimer une glande pituitaire hypertrophiés et dégénérée . Dans trois cas de cancer du corps pituitaire, il y avait amaurose, au rapport de M. le professeur Aridral.
i Bihliolhùquc médicale, t. LXXVHI, p. 239.