CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE. G
Prosper Alpin a cl it que la cécité durant le délire était un signe de mort prochaine : Si desipientes non videant , ipsis profecto haud longe aberit exitium. Le fait suivant m'a offert une exception heureuse à la proposition ci-dessus énoncée.
Observation XLV. — Au commencement de 4 844, une petite fille, qui m'est unie par des liens qui me sont chers, et alors âgée de vingt-deux mois, fut attaquée de méningite et devint aveugle. Les pupilles étaient dilatées ; la têle était renversée en arrière; le délire durait depuis plusieurs jours; l'enfant poussait des cris aigus, ceux que Coindet a qualifiés d'hydrencéphaliques. Baron père fit poser des ventouses scarifiées aux apophyses mastoïdes et un vésicatoire à la nuque; la tête, préalablement rasée, était frictionnée toutes les deux heures avec une forte quantité d'onguent mercuriel ; on appliquait des révulsifs aux extrémités inférieures; on administrait le calomel uni à la racine de jalap. La mort semblait imminente , quand , un soir, approchant la flamme d'une bougie des yeux de l'enfant, je la vis éternuer. Je déduisis de ce phénomène que de l'amélioration survenait, les rétines commençant à percevoir l'influence des rayons de lumière. Le lendemain, en effet, la malade donna quelques signes de connaissance, la cécité avait disparu et la convalescence ne tarda pas à s'établir.
L'amaurose est assez rare chez les aliénés atteints de paralysie générale; c'est chose commune de voir hon nombre de ces malheureux paralytiques arriver à la dernière période de leur maladie en conservant la vision dans un état d'intégrité parfaite. L'amaurose sthénique est beaucoup plus commune ici que l'amaurose àsthémque, phénomène qui trouve son explication dans la fréquence des congestions encéphaliques chez les paralytiques. L'amaurose asthénique se montre surtout dans les cas où la paralysie se développe lentement et d'une manière pour amsi dire insensible. Le docteur Baillarger a remarqué que beaucoup de sujets frappés de paralysie générale avaient l'une des pupilles plus dilatée que l'autre; parfois cette différence est très-considérable. C'est le plus souvent à une période avancée de la maladie que ce phénomène se manifeste ; on l'a constate vers ses débuts; il peut alors, dans certains cas, élucider le diagnostic K BailIarSer en a donné l'interprétation suivante. La paralysie générale est la conséquence d une lésion des deux hémisphères ; mais elle ne doit pas constamment se produire au même degré à droite et à gauche simultanément. Lorsque la différence est très-tranchée, il y a prédominance de la paralysie d'un côté du corps. Cette différence est-elle peu considérable , elle ne devient plus appréciable par une prédominance de la paralysie d'un côté ou de l'autre, mais elle peut encore être reconnue à la différence de dilatation des pupilles, dont la sensibilité plus vive révèle plus aisément que les autres organes les moindres altérations du erveau. M Dugue ancien interne à la Salpétrière, m'a dit avoir rencontré que crues malades chez lesquels une pupille était un jour dilatée, tandis que c lendemain celte dotation n'existait plus au même œil, mais régnait auTon-
1 Cinquante-huit sujets ont offert d'une manière manifeste la di™™;.;™ a . -, . •
L1V1U, MAIiAlllRS DU &&OBB 0C111.A1KE.
t raire, dais son congénère. Ellé ne s'opposerait pas fi quelque mobilité de l'iris, d'après le même observateur.
1 es principaux phénomènes ophtbalmoscopiques qui accompagnent les amau- , roses encéphaliques ont été consignés déjà dans ce travail (p. 065). Un autredocument me paraît offrir d'autant plus d'intérêt qu'il n'est relaté dans aucun m\tè dophlhalmologic. La Qg. 2 de la planche X représente I œil drori d un •imaurotique âgé de vingt-deux ans; le malade, d'après les assertions du docteur I eieuné qui t'a conduit à ma clinique et lui prodigue depuis longtemps des soins éclairés, offre les signes les plus incontestables d'une affection cérébrale. La papille optique se laisse deviner à peine; elle est masquée par un voile d'un o-ris blanchâtre ; la suffusion couvre les vaisseaux rétiniens dans une grande partie de leur trajet et surtout dans la région papillaire. La vue est tres-obtuse. L'œil gauche montre des phénomènes à peu pi es identiques. Un travail, récemment publié par notre chef de clinique, M. Anatole de Grandmont, tend a élucider le diagnostic de ce genre de désordres ». Une femme de trente-huit ans, aveugle depuis plusieurs mois , ayant succombé à l'hôpital de Lanboisiere, par suite d'une affection céphalique, que le docteur Hérard avait qualifiée de tumeur cérébelleuse, M. de Grandmont, qui avait noté durant a vie des signe, ophtbalmoscopiques semblables à ceux que présente notre malade, retrace de la manière suivante les altérations constatées à l'autopsie. «On trouve une tumeur du cervelet située à gauche , à la partie antéro-inférieure. Elle repose sur le corps du rocher, et refoule vers la ligne médiane le lobe gauche du cervelet. Le chiasma des nerfs optiques est petit, grisâtre, mollasse ; les nerfs eux-mêmes sont grisâtres, comme infiltrés , transparents, pour ainsi dire aplatis; les bandelettes sont étroites. La rétine présente un aspect œdematie; elle semble inliltrée dans toute son étendue, mais plus fortement, dans certes points, autour de la papille. De petits épanchements sanguins multiples sont disperses dans toute l'étendue de cette membrane. Ces différentes pièces sont présentées à M Ch Robin, qtli trouve la tumeur formée de tissu fibreux. Dans es nerfs optiques les tubes nerveux ont disparu par atrophie; ils sont remplaces par r Su composé d'une matière amorphe semblable à celle de la s— grise, et des noyaux dits myélocytes que l'on rencontre dans cette même ub SU de IWphale. L'altération remonte à 3 ou 4 millimètres en a ère du ehiasma. La rétine doit sa demi-transparence, comme œdémateuse al la r ph des tubes nerveux, tandis que la substance grise est plus épaisse qu a 1 état 1 Les va^eau* eqtilL» son, chargés dé ^^^XT De petits épanchements sanguins sont dissémines ça et a dàns
De ces faits il est permis de conclure que, dans quelques cas, pri en^sagel ,o, le des œdèmes ou des suffusions plastiques de la rétme du fond de l'œil associés à des amauroses nées sous 1 influence d u le on p • sion par des tumeurs encéphaliques; il faut tenir compte de la F- ' 1 ^ atrophie, d,, tubes nerveux, auxquels vient se substituer la substance gi.se h>pet trophiée de la rétine.
i Gazette îles hôpitaux, année 4 861, p. 73<