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CHAPITRE IX. — MALADIES DB LA CHOHOÏDK ET DE LA RETINE

traitement. — S'agit-il d'accidents liés à la suppression du flux menstruel, §hez des femmes exemples de chlorose ou de qufelque maladie organique de l'utérus, et non encore arrivées au temps de la ménopause, il ne faut point conseiller les emménagogues chaque jour, pendant tout le cours du mois. Les moyens ayant pour effet de déterminer le sang à se porter avec plus de force u'i s la matrice seront employés à rapproche de la période menstruelle. Interprète des idées du professeur Lallemand, que ij'ai réalisées avec succès dans cette partie de ma pratique, le docteur Dufour fait observer avec raison (Clinique 1/1 Montpellier) que, dans les cas où la suppression produite par une cause quelconque existe depuis quelque temps, et a donné lieu à une irritation dans un organe, le mouvement fluxionnaire, qui entraînait le sang vers l'utérus, a été détourné vers l'organe irrité. Or, lorsque la nature se livre, tous les mois, à des efforts pour reconstituer le flux normal, une sorte de lutte s'établit entre la matrice et cette irritation, qui l'a toujours emporté, de telle sorte que la première, interrompue dans ses fonctions, a perdu de plus en plus de sa force, et a besoin d'être stimulée pour reprendre l'empire sur la seconde. C'est par les emménagogues qu'on parvient fréquemment à dominer cette inertie de l'utérus.

Lors donc que j'ai à traiter une amblyopie ou une amaurose de ce genre, et que je connais l'époque où le flux périodique tend à s'accomplir, je mécontente, dans le courant du mois, de conseiller l'aloès, les pédiluves, les affusions froides, l'exercice, etc., et je concentre tout l'appareil des expédients emménagogues dans les quatre ou cinq jours qui précèdent la période. Je fais prendre, chaque jour alors, des pilules où je fais entrer l'aloès, la sabine, la rue, le safran, le seigle ergoté, etc. ; chaque jour aussi, ou tous les deux jours, j'ordonne l'application de deux ou trois sangsues à la région interne et supérieure de chaque cuisse ; je fais pratiquer, sur la face interne des membres pelviens, des frictions avec des mélanges stimulants ; je n'oublie pas les fumigations d'armoise ou autres vers les parties génitales. Cette médication est réitérée tous les mois, cà la même époque. Parfois encore, après avoir recommandé les remèdes qui viennent d'être mentionnés, sauf les sangsues, je ne fais poser celles-ci, mais au nombre de douze ou quinze, que lorsque le flux n'a point apparu au temps prévu ou qu'il a été insuffisant. A-t-on perdu la trace de l'époque des règles, on choisit indistinctement, dans le mois, un laps de quatre ou cinq jours, et l'on se comporte alors comme il a été ci-dessus indiqué, et chaque mois, suivant le même mode.

Le moyen suivant, que je tiens d'un vieux praticien, a réussi plusieurs fois à ramener les règles. On applique, le soir, deux sangsues à la face interne et supérieure de chaque cuisse ou aux grandes lèvres. Le sang arrêté, on dirige vers le vagin, à l'aide d'un clysoir, une fumigation provenant de l'eau bouillante ou d'une infusion aromatique. Dix minutes ou un quart d'heure après, on cesse la fumigation ; on applique sur chaque aine un emplâtre de poix de Bouxgoiçne et un cataplasme chaud sur les parties génitales. La malade se couebe dans un' lit b.en bassiné, et on lui administre une infusion de safran ou de tilleul ou toute autre boisson diaphorétiqtie,

Quelques commères font placer de l'absinthe à la plante des pieds; d'autres y

(]8£ I.IVHIi 11. MALADIES DU OI.OUIÎ OC1J1.AIIIK.

l'ont mettre de la moulanlc. L'ail pjldj sur cotte même région, était conseillé par Sydenliain.

L'électricité, dirigée vers les lombes, le bassin, les membres inférieurs, est considérée par des praticiens distingués comme l'un des moyens les plus puissants que l'art possède pour l'appeler ou pour accélérer le cours du sang menstruel.

Line saignée du pied ou l'application d'un bon nombre de sangsues aux cuisses est indiquée. quand une congestion cérébro-oculaire violente vient de s'établir subitement, par l'impression du froid ou par toute autre cause qui a arrêté la période. J'ai cité, dans mon Traité de l'amaurose, l'exemple d'une femme die/, laquelle la vue était abolie, quand elle se reconstitua par suite d'une saignée du pied conseillée par le docteur Couronné (de Rouen) et (jui eut pour résultat le rétablissement des règles.

Article 2.— Amaurose suite de la suppression d'hémorrhoïdes ou d'un flux

hémorrhoïdal habituel.

C'est chez les hommes surtout, et après l'âge de quarante ou quarante-cinq ans, que cette cause d'amaurose sera plus particulièrement l'objet d'un examen spécial. Qui ne sait que les flux de ce genre, exhalés par lamcmbrane muqueuse du rectum ou versés par des hémorrhoïdes internes, se renouvellent, chez quelques-uns, à chaque garde-robe, et, périodiques parfois, se manifestent avec autant de régularité que les règles. L'observation démontre que, si ces effusions sont susceptibles de cesser, sans que l'état de la santé en éprouve la moindre altération, il arrive aussi que leur disparition, tantôt sans cause appréciable, tantôt par des lotions delà région anale avec de l'eau froide, par des lavements astringents ou tout autre topique, peut engendrer des troubles graves. La enugestion cérébro-oculaire, d'où l'amaurose, le glaucome, mérite d'occuper ici le

premier rang. B traitement. — Est-on fondé à croire que la détérioration des perceptions visuelles doive être rapportée à la suppression d'un écoulement hémorrhoïdal habituel, il devient indispensable de rétablir le plus promptement possible une hémorrhagie nécessaire, dans ce cas, à la conservation de la santé. Les sangsues en petit nombre, et souvent réitérées, à la marge de l'anus, les fumigations à l'aide d'un vase contenant de l'eau bouillante, simple ou vinaigrée, ou des infusions aromatiques, les ventouses sur la région du fondement, l'aloès, le soufre, tendront utilement au but désiré.

Observation XLIX.— Rivelel, peintre en bâtiment, était sujet à des llux de sang par le fondement qui n'existaient plus depuis plusieurs mois. Le 26 juin 1856, il n'accuse ni maux de tête, ni bourdonnements d'oreilles: il éprouve un vif sentiment d-cngourd.ssement à la joue droite. Trouble d'abord, seulement à l'œil droit, la vue y a graduellement baissé et a fini par s'abolir. Rien d'anormal à l'oplnhalmoscope. Il y a beu de croire que l'amaurose est cérébrale.

Je prescrivis, dans plusieurs consultations successives, les sangsues au fondement, l'eau-de-vie allemande et les moyens que je jugeai les plus utiles pour reconstituer le

CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA OHOllOÏDE ET DE LA UKTINE. <i83 gux anal. Dès le :28 juin, le malade, qui vouait de prendre des pilules d'aloès el de catomel , rendit par le fondement une grande quantité de sang. La vue s'était rétablie dans l'œil affecté le 5 juillet. Le 4 9, il pouvait lire les caractères ordinaires d'un livre.

Article 3. — Amaurose suite de la suppression d'hémorrhagies nasales ou d'une saignée habituelle.

Le molimen hémorrhagique des anciens auteurs se fait jour, chez quelques sujets, bien que communément à des périodes irrégulières, par la membrane olfactive, et sa suppression peut entraîner le trouble des fonctions visuelles. Celle condition étiologique nous a paru infiniment plus rare queccllequi a trait à la disparition des flux menstruel et hémorrhoïdal.

Observation L. — Le comte de Mirabeau fut subitement atteint, dansl'espace d'une demiheure, d'une cécité complète. Une céphalalgie habituelle avait précédé cet accident; elle s'était ce jour-là déclarée plus forte au lever du malade. « Quand ma cécité momentanée s'est dissipée, écrivait celui-ci à Demours père, j'ai cru voir les objets à travers de la fumée, et je ne distinguais rien nettement. Maintenant je discerne fort bien, même de très-petits caractères; mais il semble que mes yeux étincellent par moments , et les objets me paraissent aussi par moments enflammés ou rendre des émanations électriques. Je ne puis donner une idée plus juste de cet effet bizarre qu'en le comparant à ces points de feu qu'on semble voir lorsqu'on se frotte vivement les yeux fermés. Peut-être est-il nécessaire de vous dire que j'ai été sujet jusqu'à ce printemps à des hémorrhagies terribles, au commencement de cette saison , et que je n'en ai point eu cette année. Celle attaque ne serait-elle qu'un engorgement de vaisseaux? » . Demours père pensa que les désordres visuels dépendaient en grande partie de la suppression des épistaxis. 11 appropria son traitement à celte indication , et les accidents se dissipèrent.

traitement. — L'application des sangsues en petit nombre, sur la membrane olfactive, et la scarification de celle dernière (p. 106) ne devront point être oubliées dans le traitement des hypérémies oculaires qui ont surgi à la suite de la disparition d'épistaxis. Celles qu'on aura lieu d'attribuer à l'omission d'une saignée habituelle réclameront généralement l'intervention des émissions sanguines, associées aux ressources de l'amaurose congeslive. L'année d'après, le malade devra se tenir en garde contre un accident de même nature, qu'il cherchera à prévenir par des purgations répétées, s'il veut renoncer use faire saigner tous les ans.

Article 4. — Amaurose suite de la répercussion de maladies cutanées.

J'ai vu l'amblyopie et même la cécité amaurotique, tantôt à un œil, tantôt aux deux yeux, avoir pour point de départ la suppression d'une éruption morbilleusc, qui n'avait poihl accomplisses périodes habituelles. Parfois aussi, l'amaurose s'est manifestée dans la scarlatine, le plus souvent sous l'influence d'un refroidissement, el a été fréquemment accompagnée de coma, de délire el de convulsions.

Des enfants sont devenus aveugles, après qu'on eut rapidement arrêté chez eux un suintement puriforme établi derrière les oreilles. Billard, qui considère cette sécrétion accidentelle comme favorable à la santé des enfants, range l'encéphalite au nombre des désordres qui peuvent résulter de sa brusque cessation, Cette proposition s'applique encore aux gourmes du cuir chevelu.

Observation LI. — J'ai rapporté dans mon Traité de ïamaurose l'histoire d'un malade, Mathis, qui, à la suite de la disparition subite d'une éruption dartreuse qui occupait la tête, les oreilles et une partie du cou, vit tout à coup, de l'œil droit (mars 1850), un corps filiforme de couleur noire. Le lendemain, ce corps, qu'il comparait à un cheveu, formait un demi-cercle; quelque temps après, le cercle était complet; l'obstacle s'étala plus lard à l'instar d'une fumée noire. Des scolomes élincelants tourmentaient en outre le malade , qui guérit parfaitement par les anticongestifs, les hydrargyriques et les frictions à la nuque et derrière les oreilles avec la pommade d'Autenrielh. La fumée noire qui semblait couvrir tous les objets contracta d'abord une teinte jaunâtre, puis finit par s'évanouir.

Observation LIL— Emile Leçerf, âgé de huit ans et demi, pour lequel je fus consulté au commencement d'août 1847, portait depuis longtemps au bras gauche un vésicaloire que l'on supprima, et qui s'était spontanément ouvert de nouveau il y avait deux mois. La plaie avait envahi une grande partie du membre supérieur. On conseilla, à l'hôpital Saint-Louis, de la fermer avec une pommade dessiccative; elle se réduisit de beaucoup en effet, mais le jeune malade, gai auparavant, devint morose, offrit souvent de la somnolence, éprouva de la faiblesse dans les jambes, et sa vue subit un grand trouble, accompagné de perception de mouches.

Par une application de sangsues au fondement, des sinapismes aux membres inférieurs, des fomentations réfrigérantes, des frictions entre les épaules avec la pommade stibice, par la reconstitution du vésicatoire et par quelques minoratifs, nous eûmes la satisfaction de rétablir la vision chez cet enfant , à un point tel que le 25 août il lisait sans efforts, tandis qu'auparavant il ne pouvait distinguer les lettres.

Peu de temps après la guérison d'une gale, avec les pommades soufrées, l'un de mes malades éprouva soudainement des phénomènes amaurotiques k l'œil gauche K Des faits analogues avaient été déjà notés par Beer et plusieurs autres auteurs *

Observation LUI. — Tabarin offrit cela de particulier qu'une amaurose de l'œil gauche, pour laquelle un oculiste avait conseillé déjà des vésicatoires au voisinage de l'orbite, décrut extraordinairement dès qu'iin ulcère à l'une des jambes se reconstitua de lui-même. Or, cet ulcère, qu'il portait depuis sa jeunesse, et qui fournissait de temps à autre une sanie abondante, s'élant encore supprimé, de fréquents maux de tète et des douleurs de reins se manifestèrent, et la vue de l'œil gauche subit de nouveau une détérioration considérable.

Les affections amaurotiques nées dans ces conditions étaient jadis expliquées

1 Voir, pour les détails de celte observation, mon Traité de l'amaurose, p. 478. s Annales d'oculislique,i. XIV, p. 477. — Journal des connaissances médico-chirurtjicatcs, décembre 1843, p. 251 .— JJibliothèque médicale, t. XXXIX, p. 363.

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