CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
par le transport, vers le siège de la vision, d'un principe spécifique mobile, du virus dartreux, d'une humeur salée et mordicante, comme ledit Saint- Yves. Soumise à l'empire d'un autre ordre d'idées, la médecine moderne invoque le déplacement métastatique de l'irritation.
La préexistence d'une phthiriase doit prendre rang dans le commémoralif étiologïque des affections qui nous occupent et exercer une influence sur le choix des moyens à employer. Ce n'est pas sans quelque circonspection qu'il faut détruire la maladie pédiculaire du cuir chevelu, lorsque les insectes sont très-nombreux, et qu'existant depuis longtemps, ils ont, pour ainsi dire, acquis droit de domicile, la prompte suppression de l'irritation cutanée qui provient de leur présence pouvant avoir sur l'appareil de la vision, et bien certainement sur d'autres organes, des conséquences analogues à celles de la répercussion des dermatoses. Une jeune fille de neuf ans, dont la cécité était due à cette condition, guérit à mes consultations cliniques par un ensemble d'expédients dont les plus efficaces me parurent être les frictions stibiées sur le cuir chevelu et la reconstitution de la phthiriase (page 96) i.
traitement. — Combattre les métastases fâcheuses dans l'organe sur lequel elles se sont opérées et produire en même temps une excitation puissante dans la région que la maladie première a abandonnée, telle est la règle à laquelle il faut dans l'espèce avoir égard.
Les accidents visuels consécutifs à la suppression de la rougeole et de la scarlatine réclameront presque toujours la médication des amauroses cérébrales. Nous mentionnerons plus particulièrement les ventouses scarifiées, le calomel, les bains entiers, avec addition de farine de moutarde et les frictions irritanles sur toute la surface du corps. Les onctions sur le cuir chevelu, avec l'onguent napolitain stibié, ne devront pas surtout être oubliées dans les cas de ce genre (p. 110).
Les désordres semblent-ils liés à la suppression d'anciens ulcères aux jambes, il faut, d'après le conseil de Béer, appliquer sur le siège des cicatrices des smapismes très-forts ou d'autres irritants très-énergiques. Si les plaies nouvelles n'entraînent pas une suppuration abondante, on y suppléera, suivant le même auteur, par les exutoires aux extrémités inférieures. L'application d'un vésicatoire à la jambe, sur le trajet des jumeaux, et celle d'un cautère à la cuisse, méritent d'être recommandées. Le professeur de Vienne conseille encore les bains sulfureux, les antimoniaux et les diaphoniques.
Article 5.— Amaurose suite de la suppression d'une transpiration habituelle.
Dans le cortège étiologique des affections amaurotiques, j'ai signalé souvent la cessation, plus ou moins brusque, de la sueur des pieds, condition plus répandue que l'on ne le croit généralement (p. 97). Cette circonstance palho-
- J'ai relaté ce fait en 1846 dans le Bulletin de Ihérapeulique, et il a été reproduit bientôt après dans les Annales d'oculistiqw , dans VEncyologmphie médicale et dans plusieurs autres publications périodiques.
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gÉn&tté mérite d'autant plus d'exciter l'intérêt, que peu d'ailleurs l'ont signa- Iri. à l'âttéiitjtin des ôphifaàlnîuloêisteë. ■
llien que les désordres -visuels de ce genre soient susceptibles de revêtir à la longue la forme aslhénique, les nombreux exemples que nous avons observés ont généralement offert le type congestif. Quant au l'ait de la suppression elle-même, elle s'établit tantôt sans cause appréciable, tantôt par l'application de topiques astringents mis en usage dans le but d'éloigner une incommodité dégoûtante, de guérir des engelures, tantôt enfin, et le plus souvent, par le refroidissement des pieds : pédiluves froids, marebe sur les dalles, sur les carreaux, les pieds nus, etc. Un soldat (double amblyopic, aneslbésie de la troisième paire droite) fut attaqué pour la première fois d'accidents du côté de la vue en prenant dps bains de mer, sous l'influence desquels une sueur copieuse des pieds, à laquelle il (Hait sujet depuis son jeune âge, disparut presque complètement. < liiez un bon nombre de malades pauvres nous avons attribué la suppression de la transpiralion des extrémités inférieures à la privation de bas.
Le fait suivant est relaté dans le travail, déjà cité, du docteur Clavé.
Oeservation LIV. — « Rustique , charpentier, vin! au dispensaire de M. le docteur Deval le 12 août 1851. Quinze jours auparavant, la vue s'était abolie tout à coup, au point que les plus gros objets étaient à peine perçus. Un médecin l'avait fait saigner et purger. Le malade accuse des maux de tête, des bourdonnements d'oreilles; il dit apercevoir des points étincelants. Quand il regarde une bougie allumée, la ilamme lui paraît déchirée. Il raconte que , depuis l'âge de quinze ou seize ans , il était sujet à une transpiration des pieds très-abondante, et que, voulant se délivrer de celte infirmité, il avait pris un jour des pédiluves froids et prolongés. Dès le lendemain, sa vue était troublée. Le traitement était tout indiqué.
« Au mois de novembre, il n'y a plus de maux de tête, plus d'étincelles; la Ilamme d'une bougie est naturelle ; et tandis que, peu de mois auparavant, le consultant ne pouvait, à six pas, reconnaître un homme, il se livre maintenant à ses occupations, et peut lire même le soir. »
Nous ajouterons qu'au début du traitement Rustique ne voyait que les grandes lettre, des enseignes, et encore n'en apercevait-il que la moitié. Les ligures des personnes qu'il conlemplail lui paraissaient noirâtres, comme si elles appartenaient à des mulâtres. Sous l'inlluence des moyens destinés à rappeler la transpiration des pieds et combinés avec les hydrargyriques, etc., les phénomènes morbides avaient complètement disparu le 31 janvier 1852, date de la dernière consultation. Rustique, toutefois, resta un peu moins presbyte qu'avant la maladie dont il venait d'être atteint.
Observation LV.— Chez Lambert, âgé de quarante-cinq ans, qui se présenta pour la première fois à la consultation ie 22 novembre 1851 , le trouble des perceptions visuelles était accompagné de quelques phénomènes dignes d'être notés. L'œil gauche distinguait les objets avec des dimensions plus volumineuses que celles dont ils étaient pourvus en réalité. L'œil droit apercevait une plaque noire qui se plaçait sur les corps que regardait le malade.
« Lorsque je suis allé vous consulter pour la première fois, dit Lambert lui-même dans une note qu'il rédigea sur mon invitation, j'éprouvais une grande difficulté à écrire. Je voyais à peine les lettres que je formais, et si l'une d'elles était maiiquée, il m'était impossible de la terminer : le trait que j'ajoutais se trouvait toujours a côté. Le soir,
CHAPITRE IX.— MALADIES DR LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE. G87 àu lieu d'une chandelle, j'en voyais trois, collées les unes sur les autres en bas, et dont les flammes se séparaient ensuite parfaitement. Dans les rues, chaque bec de gaz formait soleil. L'éloignement en augmentait le diamètre, de telle sorte qu'à une certaine distance tous ces soleils se réunissaient et formaient un embrasement général. Au milieu de chaque soleil il y avait une tache noire, qui grandissait aussi par l'éloignement. La plus proche avait les dimensions du fond d'un chapeau. » Lambert ajoute qu'il était en proie à uue fatigue survenant avec rapidité dès qu'il tentait de se livrer à quelque travail exigeant des efforts de vision. Quand il écrivait, il voyait deux plumes au lieu d'une. Voulait-il ranger des chiffres sur une colonne, il ne pouvait y arriver : il les plaçait les uns d'un côté, les autres de l'autre.
Le malade était tourmenté d'un coryza chronique et d'un asthme dont les accès se renouvelaient toutes les nuits. Il ne trouvait contre eux quelque soulagement qu'en fumant, dans une pipe de terre ordinaire, un mélange de feuilles de sauge, de slramoine et de belladone.
En recherchant les conditions qui avaient pu engendrer de tels désordres, je demeurai convaincu qu'ils avaient pour source la suppression d'une sueur des pieds, à laquelle Lambert avait été sujet depuis son jeune âge. Dès qu'elle disparut, elle fut remplacée par des transpirations copieuses au cuir chevelu. Les cheveux tombèrent en partie; ceux qui restèrent devinrent étiolés et maigres. Des phénomènes amaurotiques surgirent presque en même lemps; ils arrivèrent peu à peu au développement déjà signalé. Le coryza, l'asthme, dataient également de cette époque.
Il serait trop long de relater toutes les phases d'une médication compliquée, et qui dîn a plus d'une année. Tout en ayant recours aux mercuriaux, aux dérivatifs intestinaux et cutanés, et plus lard aux agents que l'expérience a démontrés les plus efficaces contre les amauroses torpides, je m'efforçai d'entretenir la transpiration des pieds, qui, ayant déjà commencé à reparaître dans les premiers jours de décembre 1851, se constitua dans les conditions qu'elle avait présentées jadis. Le coryza fut le symptôme qui s'amenda en premier lieu ; peu de lemps suffit pour sa disparition complète. L'asthme diminua à un point tel que les pipes devinrent bientôt inutiles , et que le malade finit par monter les escaliers sans essoufflement. Les phénomènes amaurotiques eurent le même sort. Lambert annonçait déjà, à la consultation du 4 5 avril 1852, que la flamme d'une bougie, jadis séparée, lui paraissait unique et homogène; que les becs de gaz lui semblaient disposés dans leur état normal. Il parvint à lire et à écrire avec facilité, et prit du service dans les bureaux d'une administration de voitures publiques.
Je me plais à citer, parmi les médecins qui ont suivi le traitement, le docteur Teillard, ancien membre de l'Assemblée nationale.
Un homme, âgé de 25 ans, dont parle Demours, avait depuis longtemps des sueurs nocturnes, qui cessèrent dans le courant d'un hiver. Il devint ensuite sujet à des vomissements, et son œil droit, qui s'affaiblit par degrés, finit par être frappé d'une amaurose complète. De plus, le droit interne lui. attaqué de paralysie, de telle sorte que le globe était constamment dévié vers la tempe.
traitement. — La médication des lésions de ce genre comprend une double indication à remplir : 1<> rappeler la sécrétion diminuée ou arrêtée; 2° combattre les accidents visuels, d'après les caractères qu'ils présentent.
Les malades devront soigneusement se garantir de tout refroidissement des extrémités inférieures. Les chaussures en caoutchouc se sont souvent montrées
(5Ry LIVHE II. MALADIES DO GLOBE OCULAIRE.
utiles. Nous leur recommandons de porter des bas de laine, extérieurement recouverts de chaussons de talfetas gommé, pratique cpie nous avons trouvée fort efficace, qui seule a souvent suffi et par laquelle nous commençons toujours. 1 ïl importe, d'après le docteur Mondière, de ne point appliquer les chaussons à nu sur la peau, la sensation de froid qu'engendre le contact du taffetas gommé avec le tégument cutané étant plus susceptible de chasser la sueur que de la rappeler. On peut faire saupouder la partie intérieure îles Las de quelques pim ées de farine de moutarde. Comme Ruele, nous prescrivons fréquemment, dans le môme but, un mélange de deux parties du chaux et d'une partie de sel ammoniac ; du chlorure de calcium se forme et le gaz ammoniacal qui se dégage se porte sur la peau qu'il stimule. La chaux et le chlorhydrate d'ammoniaque seront conservés séparément ; on n'opérera le mélange qu'au moment de s'en servir.
Nous avons eu souvent recours à des frictions sur la plante des pieds avec un liniment dans lequel nous faisions entrer le camphre et l'ammoniaque.
Maintes fois encore nous avons prescrit les bains de sable chauds, qui ont réussi au docteur Mondière, dans des cas où d'autres expédients s'étaient montrés insuffisants. Comme lui, nous conseillons au malade de se couvrir les pieds et la région inférieure des jambes de plusieurs doubles d'étoffe de lame ; ces parties sont placées dans un baquet qu'on remplit alors de sable aussi chaud qu'il peut être toléré. Il faut prendre de préférence ce bain le soir; il dute dune demi-heure à une heure; puis le malade met des bas ou des chaussoj de laine et des chaussons de taffetas gommé, et il se couche dans un lit bassiné.
Lobstein recommandait les bains de pieds avec la drèche. Dubois père près* crivait trois ou quatre pédiluves chaque jour, très-chauds et de cinq à six minutes de durée. Les bains de vapeurs aromatiques locaux ont encore été préconisés. Dans quelques localités de la France, les gens de la campagne ehercheJ à reconstituer la sueur des pieds arrêtée en interposant entre les bas et la peau des feuilles de lierre très-épaisses et peu perméables.
A. l'accomplissement de la seconde indication se rattache l'intervention des éléments divers qui composent le traitement des affections amagrrotiques en général. Nous ne saurions assez conseiller les mercuriauxet le sublimé surtout, qui se sont montrés si héroïques dans plusieurs cas de ce genre.
Article 6. — Amaurose suite de la suppression du mucus nasal , des lochies et du lait.
M. Mackenzie fait observer qu'une sécheresse inaccoutumée des narines est loin d'être rare dans larélinite chronique et dans l'amaurose. On constate généralement, ajoute-t-il, une grande amélioration, quand la sécrétion de la me* brane de Schneider se rétablit.
C'est à titre de complication de l'amaurose que nous avons presque toujours rencontré la circonstance qui vient d'être relatée; elle peut toutefois en être n cause occasionnelle, pomme le fail suîvanl ledémontre.