CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE. G
fondamental do la chlorose et de l'anémie, qui se développe lentement, réside dans la diminution de la masse des glôbules, qui, d'une moyenne de 127 millièmes, peut descendre à 60, 50, 30 et même à près de 20 millièmes. En même temps que la quantité des globules décroît, celle du sérum augmente. Il résulte de ces altérations que le sang appauvri ne saurait plus, dans un assez grand nombre de cas, convenablement exciter l'appareil de la fonction visuelle.
La pâleur verdâtre, la bouffissure de la face, la décoloration des gencives et des lèvres, les migraines, le bruit de souffle aux vaisseaux carotidiens, la gastralgie, les palpitations, l'essoufflement, la leucorrhée, l'aménorrhée ou la dysménorrhée, l'œdème des extrémités inférieures, etc., sont-ils associés à l'extinction ou à un trouble de la vision, rien n'est aisé comme d'assigner à la maladie oculaire son caractère véritable; mais il n'en est pas toujours ainsi. L'expérience prouve qu'une fille peut avoir le teint fleuri, et être cependant affligée de chlorose; si celle-ci est si souvent méconnue, c'est qu'elle ne se révèle parfois que par un petit nombre des désordres fonctionnels qu'elle engendre. Dans les leçons cliniques que le professeur Trousseau faisait à PHôtel-Dieu de Paris, et dont le souvenir nous a plus d'une fois guidé dans l'exercice de notre art, ce praticien faisait 'observer qu'il en était de la maladie d'ensemble, de la maladie protéiforme, appelée Chlorose, comme de la syphilis : un ou deux symptômes peuvent en trahir l'existence, de même qu'il suffit d'un seul chancre pour faire reconnaître une affection vénérienne.
L'amaurose chlorotique s'est présentée à moi, tantôt avec le type 'asthénique, tantôt avec le type congestif, associée, dans le dernier cas, à une fausse pléthore, I à une pléthore par un sang séreux.
tOn lit dans le travail du docteur Marchai 1 :
Observation LV1I. — Mademoiselle Virginie, âgée de vingl ans, femme de chambre chez l'un des plus célèbres homœopathes de Paris, était affectée depuis deux ans d'un trouble considérable de la vue. Elle se présenta, le 16 juillet 1849, aux consultations cliniques de M. Deval.
Inhabile k se livrer à des travaux de couture, elle était souvent tourmentée par des étincelles et des mouches; de la diplopie survenait de temps à autre. Des phénomènes 'chloroliques étaient très-manifestes chez celte jeune fille. Ses règles étaient irrégulières, peu abondantes; le sang était pâle et pauvre; elle avait en outre des migraines, de la gastralgie, de l'essoufflement, des palpitations de cœur, de la leucorrhée et des appétits bizarres: il lui arrivait parfois de boire du vinaigre. On constatait aussi un bruit de souffle continu très-marqué dans les vaisseaux carotidiens. Elle avait été saignée plusieurs fois, ce qui l'avait momentanément soulagée; mais- les symptômes amauroliques avaient ensuite augmenté d'intensité.
L'idée d'une amaurose chlorotique dut dominer la médication. M. Deval ordonna des pilules ferrug.neuses, un régime tonique, des lotions froides sur les yeux et les parties voisines, et la suppression complète de tout travail assidu.
Après avoir relaté les différentes phases de ce traitement, l'auteur ajoute : « Le 8 fé-
WV4VB H. — MALADIES IHJ GLOBE OCHLAIHE. vrier 1 850, la malade est bien réglée, le teint est eoloré; il n'y a plus de souille dans les vaisseaux du cou; la vue est très-bonne, bien que disposée à se troubler par un travail assidu. On cesse l'usage des préparations ferrugineuses. »
On trouve dans les annales de la science plusieurs faits analogues à celui (pu vient d'être relaté.
Consultés pour une lille de 19 ans, qui était aveugle depuis l'âge de 1 i ans, avec dilatation des pupilles et aménorrhée complète, Bouvart et Demours conseillèrent un opiat ferrugineux dont l'usage était remplacé, tous les dix jours, par un purgatif . « Les règles parurent promptement, ajoute Demours; la vue ne tarda pas à revenir, d'abord à l'œil droit, ensuite au gauche. J'ai vu, quelques années après, cette jeune personne très-clairvoyante. »
Cunier a également relaté l'observation d'une fille âgée de 17 ans, chlorotique, non réglée depuis onze mois, et chez qui les perceptions visuelles s'étaient affaiblies peu à peu, puis s'étaient complètement éteintes, d'abord à l'œil droit, puis à l'œil gauche. Ce praticien ordonna le sous -carbonate de fer, une cuillerée à bouche de vin de Séguin une heure après chaque repas, la tisane de houblon, de l'exercice et un régime fortifiant. Plus tard, on pratiqua, sur la région péri-orbitaire, des frictions avec l'huile strychninée.Ce traitement eut pour effet le rétablissement complet des fonctions visuelles.
traitement. — La médication des désordres chlorotiques de la vote consiste presque tout entière dans l'administration du fer, justement appelé par M. Trousseau un médicament reconstituant. 11 résulte des recherches du professeur Corneliani (de Pavie) que ce n'est, en général, qu'un mois après le début de la médication que la quantité du sérum diminue, tandis que le nombre des globules augmente.
Le tartrate de potasse et de fer, en pilules ou en sirop, mérite d'occuper le premier rangparmi les préparations martiales auxquelles on peutavoirici recours. Je commence habituellement par la dose quotidienne de 50 centigrammes ; j'arrive rapidement à 1 gramme et je ne dépasse presque jamais 2 grammes. M. Mialhe, qui accorde une préférence exclusive à ce sel, le considère comme de tous les composés ferrugineux celui qui atteint le mieux le but qu'on se propose, la régénération des globules sanguins. Au fur et à mesure, dit-il, que les éléments de l'acide tartrique sont transformés en d'autres produits par l'oxygène du sang, l'oxyde de fer, mis en liberté, se combine directement avec les élément? albumineux, pour concourir à la reconstitution des globules.
La question de savoir s'il vaut mieux avoir recours à des préparations martiales, solubles ou insolubles, ne doit point nous occuper ici. J'ai eu recours, avec les plus grands avantages, à la limaille très-pure, et qui devra surtout être • exempte de cuivre, et au sous,-carbonate de fer. Un opiat composé de 30 grammes de l'un de ces agents, 8 de rhubarbe, 2 de cannelle, 2 d'aloès succotnn et quantité suffisante de miel blanc, a parfois ramené les règles, au bout de 15 ou 20 jours. La dose est d'une demi-cuillerée à café, deux fois par jour, au débat; de deux cuillerées plus lard. J'ai vu cet opiat causer des coliques dans le piincipe, et être ensuite parfaitement supporté. Quelques praticiens ont une