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CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE

prédilection particulière pour le fer réduit par l'hydrogène, dont la dose moyenne est de 15 à 20 centigrammes le matin et d'une égale quantité le soir. D'après M. Quevenne, cette sid)stance, bien qu'insoluble, est, de toutes les préparations de ce genre, celle qui introduit le plus de fer dans le suc gastrique pour un poids donné. Les pilules de Vallet, de 2 à 7 ou 8 par jour, suivant l'âge des malades, m'ont été utiles.

Je prescris babituellement le fer au commencement des deux principaux repas ; l'estomac en est moins fatigué; l'assimilation du remède avec les aliments me parait favoriser avantageusement son action sur l'économie. Je suspens, de temps à autre, les préparations martiales, pour les reprendre ensuite. Plusieurs médecins les conseillent à des quantités énormes; je préfère les doses faibles, mais continuées longtemps. M. Mialhe fait observer avec juste raison qu'il ne suffit pas d'introduire du fer dans l'économie pour en régénérer immédiatement les éléments organiques, cette régénération ne pouvant s'effectuer que lentement et pour ainsi dire molécule à molécule.

Les purgatifs, les cataplasmes sinapisés aux jambes, les lotions froides sur les yeux et le front, les anticongestifs, en un mot, administrés prudemment, seront invoqués avec fruit, si les désordres semblent accompagnés d'une polyémie cérébro-oculaire. Quelques stimulants locaux et la pommade de Gondret seront recommandés, si la lésion oculaire offre un caractère de torpidité.

Article 8. — Amaurose suite d'évacuations sanguines exagérées , d'une déperdition immodérée de lait et de ptyalisme.

L'épuisement occasionné par les grandes évacuations, quelle que soit leur nature, peut donner lieu à des perturbations visuelles. Ces causes de débilitation générale auront sur l'organe de la vue d'autant plus de prise que le sujet sera plus âgé, plus chétif et plus affaibli, et que les yeux auront déjà présenté des symptômes d'amblyopie ou d'amaurose confirmée (p. 616).

Le vulgaire dit que les saignées affaiblissent la vue, proposition populaire que j'ai trouvée vraie dans bien des circonstances. L'enseignement déjà cité (p. 618) de Demours ne devra pas être perdu de vue dans la pratique.

Un jeune homme atteint de dévoiement et de fièvre fut, au rapport d'Arrachart, saigné deux fois au bras, dans un court espace de temps, et sa vue commença dès lors à se troubler. Une troisième saignée, pratiquée au pied, augmenta sensiblement l'affaiblissement de cette fonction. Immédiatement après une quatrième saignée du pied, la cécité était complète.

Waltber dit avoir vu, pendant le choléra, l'arnaurose surgir instantanément durant la saignée, et persister jusqu'à la mort.

J'invoquerai le témoignage de Carron du Villards, qui, après avoir avancé que les violentes hémorrhagies pouvaient donner lieu à l'arnaurose, dit avoir traité, avec Lisfcanc et Pariset, une dameaffligée d'un carcinome utérin, et qui après chaque hcmorrliagie, devenait aveugle pendant plusieurs jours; elle succomba frappée de cécité depuis quelques semaines. « C'est probablement, ajoute

(5»J4 LIVHlî 11. HAI.MIIKS lill CLOUE OCULAUVK.

l'auteur les symptômes amaurotiqucs développés à la suite des évacuations san- ( eûmes qui fout croire généralement (pie les saignées très-abondantes et répétées altèrent la vue, croyance que je partage, d'ailleurs, sous quelques rapports. »

Au nombre des accidents (pie peut déterminer l'hémorrhagie chez la femme, avant, pendant ou après l'accouchement, le docteur Oazeaux place la faiblesse de l'ouïe et celle de la vue. 11 cite l'observation, relatée par Ingleby, d'une malade qui, devenue subitement, aveugle sous cette influence, resta cinq jours sans pouvoir distinguer aucun objet, et ne recouvra la vue qu'au bout de six mois.

Ma pratique me fournit plusieurs faits du même genre. Une femme jouissait du plein exercice des fonctions visuelles, quand elle lit une fausse couche; celleci fut suivie d'hémorrhagies utérines qui, pendant six semaines, se reproduisaient tous les deux ou trois jours. La malade tomba dans une langueur extrême, et éprouva une détérioration très-grande de la vision, à l'œil droit, tandis que celle-ci fut anéantie dans son congénère. Je constatai que ce dernier n'apercevait que l'ombre des corps qu'on agitait devant lui. Un ancien capitaine de la gardi nationale parisienne, homme vigoureux et d'une haute stature, se sentant incommodé par le sang, se fit poser trente sangsues au fondement, sans l'assentiment d'un homme de l'art. Une telle pensée lui fut fatale. Sa vue, bonne jusqu'alors, subit une altération qui, plusieurs mois après, durait encore.

11 est digne de remarque qu'à moins que l'individu ne soit très-jeune et que l'émission sanguine n'ait été peu copieuse, la vision ne récupère que raremeJ le degré d'énergie dont elle jouissait auparavant, le sujet eùt-il repris l'état primitifde ses forces. L'amaurose, d'ailleurs, n'est pas le seul accident que soient susceptibles d'engendrer les spoliations sanguines exagérées ; en compulsant les écrits de Sydenham, de Van-Swieten, de Barras, de Loyer-Villermay, on y rencontre des exemples d'affections spasmodiques ou autres, reconnaissant une telle origine. C'est dans les pays chaudsqueles saignées amènent plus particulièrement la prostration. Le docteur Visinier m'a dit avoir constaté, à la Louisiane, plusieurs j cas de, fièvres intermittentes pernicieuses, ayant pour cause des évacuations san* ] guines.

L'intervention des pédiluves irritants a paru mauvaise chez quelques amblyopiques. Plusieurs d'entre eux se sont plaints que leur vue en était altérée. Leur nombre est tel que je ne saurais douter de la véracité de leurs assertions.

L'expérience démontre que des effets analogues à ceux qui viennent d'être signalés peuvent provenir d'une lactation prolongée. Lawrence a vu, dans ■ basse classe delà société, des femmes, qui allaitaient trop longtemps, tombât dans le marasme et devenir presque tout à fait aveugles. Une malade, qui a fréquenté mon dispensaire pour une lésion de l'œil droit, ne voyait plus, depuis plusieurs années, de l'œil gauche, qu'elle considérait comme perdu. Or elle me dit que la vision existait, bien que faible, dans cet organe, quand elle baissa graduellement pendant qu'elle nourrissait son enfant; dix-huit mois après le deWJ de l'allaitement, elle était abolie. Ces mêmes phénomènes morbides peuvent dériver de la galactorrhée, ou (lux exagéré de lait, lequel reconnaît pour causes principales l'allaitement de plusieurs nourrissons à la fois, une trop vive stimulation des seins occasionnée par un enfant vorace, une constitution débile ou

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ruinée par des maladies préexistantes , par un régime trop peu réparateur.

U. Maekenzie, qui parait avoir rencontré un bon nombre fifc cas sè rattachant à cette catégorie, a consigné dans un travail spécial 1 le résultat de ses observations. Le mal, d'après cet oculiste, peut n'envahir qu'un seul œil ; le plus habituellement, il attaque les deux yeux à la fois. 11 est rare crue de très-jeunes femmes en soient atteintes ; la plupart ont dépassé la trentaine et onteu plusieurs enfants qu'elles ont nourris longtemps. Quand elles commencent à se plaindre de leurs jeux, elles ont presque toujours allaité depuis plusieurs mois, de douze à dix-huit ; la maladie peut surgir encore après le sevrage. Leur habitude extérieure indique un sang appauvri; assez souvent elles ont été chlorotlques avant leur mariage ou affaiblies par des hémorrhagies ou des écoulements leucorrhéiques. Elles ont éprouvé une fatigue extrême, en nourrissant exclusivement leur entant de leur lait et en le laissant prendre le sein, la nuit, pendant qu'elles dormaient ; plusieurs d'entre elles, privées d'une alimentation suffisante, ont eu recours, pour soutenir leurs forces, , aux boissons alcooliques. Un excès de fatigue des yeux, employés à coudre ou à d'autres travaux exigeant des efforts de vision, le défaut de sommeil, des agitations morales, contribuent, avec la lactation contre-indiquée ou prolongée, à cet affaiblissement des fonctions visuelles.

L'amaurose, dans plusieurs cas de ce genre, dépend de la détérioration de l'économie, d'un état d'asthénie générale, et les globes ne présentent aucun symptôme morbide appréciable. Dans d'autres circonstances, les phénomènes indiquent une congestion des membranes profondes et les yeux sont parfois enflammés. L'ophthalmoscope, sous ces divers rapports, pourra utilement éclairer le diagnostic.

Le traitement consiste à arrêter la lactation, à fortifier l'économie par les toniques, les préparations martiales, un régime substantiel, l'exercice en plein air, et i ne soumettre les yeux à aucune occupation qui les fatigue. La présence des accidents congestifs est susceptible d'apporter dans la médication des modifications auxquelles tout médecin instruit saura se conformer. M. Maekenzie dit avec raison qu'il ne peut être ici question de saignée générale; mais il y a quelquefois indication, ajoule-t-il, de tirer un peu de sang de la région des tempes, à l'aide de sangsues ou de ventouses scarifiées.

Beer et d'autres auteurs font figurer les salivations abondantes dans le cadre étiologique des affections amaurotiques. On sait que le ptyalisme s'associe aux différentes espèces de stomatite, soit que la membrane orale soit seule frappée de pblegmasie, soit que les accidents intéressent les os maxillaires ou d'autres parties limitrophes. Les maladies du pancréas sont accompagnées souvent d'une sialorrhée copieuse. M. Aerpel, praticien de grande expérience, a eu l'occasion de donner des soins à un jeune homme affligé d'un bec-dc-lièvre très-développé à la lèvre inférieure; il était survenu par suile d'un coup dé fusil reçu h la chasse, et qui avait fracassé la mâchoire correspondante. Une forte quantité de salive ruisselait continuellement à travers l'orifice ; elle était surtout, abondante pendant les actes de la mastication et de la parole. A la longue, une grande

1 Annales d'oculistique, t. XXXI, p. 162.

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prostration des forces s'établit; les digestions devinrent pénibles elles vomissements fréquents; Ite sujet iinit par succomber. Or, pendant que l'affaiblissement général suivait son cours, la vue vint participer aux désordres ; trouble d'abord, elle s'éteignit complètement, avec les phénomènes de l'amaurose asthénique.

Article 9 — Amaurose suite d'excès vénériens.

L'influence, sur l'appareil de la vision, de l'abus des organes génitaux est assez importante pour demander ici quelques développements. Les ouvrages, sur l'onanisme, de Tissot et du docteur Deslandes, contiennent, à cet égard, des faits du plus haut intérêt, et plus propres à corriger certains jeunes gens que les conseils de leurs parents et de leurs maîtres.

Un médecin de Paris me disait qu'il avait, étant enfant, la funeste manie d'une masturbation effrénée. La vision s'abolit un jour chez lui, et resta dans cet état pendant plusieurs heures.

Le docteur Serrurier communiqua, il y a quelques années, à la Société de médecine pratique de Paris, le fait d'une cécité arrivée graduellement , dans l'espace de six mois, chez un jeune homme adonné à l'onanisme. Alarmé d'une telle conséquence, il fit trêve à cette habitude, mais était aveugle, quand ayant un jour été jeté à terre, hors de son cabriolet, il resta sur la place sans connaissance; en reprenant ses sens, il s'aperçut qu'il avait recouvré la vue, qui se

maintint depuis lors.

J'ai rencontré de ces malheureux jeunes gens chez lesquels les désordres paralytiques avaient pour siège principal la vue et les membres pelviens. Le teint de ces malades est habituellement blême et blafard ; leur regard est sombre ; leurs facultés intellectuelles, leur mémoire surtout sont émoussées. Ils sont maigres et se plaignent d'ime grande prostration ; leurs mains et leurs pieds sont glaces. J'en ai vus qui accusaient des palpitations de cœur, des migraines, des douleurs aux oreilles, le long du rachis, etc. Les organes génitaux ont perdu de leur force et de leur vigueur-. Plusieurs sont épuisés par un écoulement involontaire

de la matière séminale. r . J

Un amaurotique, âgé de trente ans, et qui m'a avoué s'être livre, pendant vmgt ans, à l'onanisme, m'écrivait : «Vous voulezbien me dire que mon mal dispara.tra si j'évite lescausesqui ont pu lui donner naissance. Malheureusement, il est trop tard. J'ai renoncé à la détestable habitude de l'onanisme ; qu'est-il arme Par suite de l'affaiblissement des organes génitaux, j'ai des pollutions nocturnes, trois ou quatre Tois par semaine. L'ébranlement nerveux étanl le memeque s, es pollutions étaient volontaires, comment voulez- vous que je guérisse Ind.quezmoi quelque moyen d'empêcher ces pollutions .pu me tuent. Le lendemain, après cette perte séminale, j* suis essoufflé et j'ai les jambes chancelantes »

Si les jeunes gens, qui se livrent à ce genre de jouissances, usent rapidement leur vie et hâtent l'arrivée d'une caducité précoce, on prévoit ce qui peut an ne aux vieillards, dans des circonstances pareilles. Un sexagénaire, cite par «eveillé-Parise, eut fantaisie de vivre avec une jeune Italienne dont le temperas ment était celui d'une Mcssaline. Jl s'ensuivit une cécité, et la mort au oou

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