CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
L'existence d'une déformation de la pupille, par synéchje $9tyk\t>Wfy chez un sujet amaurotique, milite pour une investigation înimiiicuse sur les antécédents du malade, l'iritis ayant pu surgir lors des accidents secondaires de la vérole, et l'arnaurose se déclarer plus tard, comme phénomène tertiaire. J'ai vu Également l'iritis envahir un œil dans le cours d'une amaurose syphilitique, et céder à la continuation du traitement général , fortifié par les moyens dont l'expérience a démontré l'efficacité contre les inflammations indiennes, et avant tout les émissions sanguines.
Je me demandais autrefois si le venin syphilitique était apte à créer des désordres dans la suhstance de la rétine, comme il en crée de si remàrquahles au sein de l'iris. Y avait-il lieu d'invoquer ici l'opinion de Lallemand, pour qui le virus vénérien peut exercer une influence directe sur le cerveau? L'arnaurose ne proviendrait-elle pas plutôt d'une compression du nerf optique ou d'une partie quelconque de l'encéphale par un obstacle osseux développé à la base du crâne? La rareté des autopsies, entreprises au point de vue de nfeus éclairer à cet égard, rendait cette question indécise; la dernière hypothèse, toutefois, paraissait la plus probable, à moins d'admettre avec Rosas que le trouble amaurotique peut provenir, dans de telles circonstances , tantôt d'une affection encéphalique, tantôt d'une dégénérescence qui a envahi les os crâniens. Tout est changé depuis la découverte d'Helmholtz , qui , dans l'espèce , nous montre souvent avec la dernière évidence les obstacles matériels de la perturbation visuelle, et nous met à même de suivre pas à pas les modifications que nos médications leur impriment.
Dans un bon nombre d'amauroses syphilitiques, en effet (réfiïiite syphilitique), la rétine offre des exsudats blanchâtres ou d'un blanc grisâtre, dont l'épaisseur et le mode de distribution sont variables. Tantôt le produit morbide rend invisible la papille entière, tantôt elle n'est masquée qu'en partie; dans quelques cas elle n'est qu'obscurcie, la matière épanchée étant peu épaisse, peu copieuse, et étalée sous forme d'une exsudation diffuse.
Observation LXIII.— Chez une femme de Boulogne, âgée d'une quarantaine d'années, dont le traitement commença à la fin d'avril 1859 a mes consultations cliniques, l'œil gauche a toujours été sain, mais l'œil droit se trouvait à cette époque dans des conditions déplorables, car quelques rares objets étaient seuls vaguement distingués, ou plutôt devinés, quand ils étaient présentés à la malade du côté du nez ou delà tempe droite. Le I 0 mai , j'eus l'honneur de présenter cette femme à M. le docteur Follin , qui l'examina avec moi à l'aide de i'ophthalmoscope modifié de Liebreich (p. 69). La papille droite était plongée au fond d'un nuage d'un jaune grisâtre, d'une sorte d'amas bourbeux qui en cachait les dispositions principales et la débordait de toutes parts; les vaisseaux qui en émanaient étaient visibles en haut et en bas , bien que manifestement obscurcis. Je continuai la médication antisyphilitique à laquelle j'avais recours, et tels en avaient été les effets, le 18 juin suivant, qu'à l'hôpital Necker, où la malade'fut explorée de nouveau par le docteur Follin et par de nombreux médecins, la papille était largement démasquée et n'offrait plus qu'une teinte nébuleuse. La vue avait repris son cours, mais était encore un peu trouble.
Observation LXIV.-Un autre malade, que j'examinai également avec les docteurs
Follin et Metaxas, était aveugle le 25 janvier 1859, tandis qu'il voit aujourd'hui pour lire et pour écrire. La rétine était masquée chez lui par une vasleplaque, d'un blanc grisâtre, qui dérobait la papille el une grande partie des vaisseaux du fond de l'œil aux regards de l'observateur. Cel homme, frappé d'amaurose syphilitique il y a cinq années, avec exoslose à l'un des tibias , avail été infructueusement traité dans un hôpital , puis par moi, à l'aide des mercuriaux et de l'iodure de potassium. Tout semblait perdu, et ce malheureux se disposait à se faire admettre pour le reste de ses jours dans un établissement de bienfaisance, quand sa cécité s'évanouit sous l'influence d'un traitement complexe par la tisane de Fellz, l'iodure de potassium et le chlorure d'or et de sodium (p. 1 36). La vue devint tellement satisfaisante à celte époque que cet homme parvint à s'adonner le jour à ses travaux d'ébéniste, taudis qu'il donnait dans la soirée des leçons de dessin ayant trait à son art.
Dans d'autres cas, assez fréquents d'ailleurs, le siège des désordres est localisé " derrière la rétine: c'est une choro'idite syphilitique qui se présente à l'observai teur. Les productions plastiques par lesquelles elle se révèle ont été signalées déjà à l'attention du lecteur (p. 632).
Dans plusieurs amauroses syphilitiques, les amas d'exsudation manquent au fond du globe ; tantôt on n'y voit rien d'anormal , tantôt on y constate un degré plus ou moins élevé d'hypérémie. Je me suis souvent demandé si les rétira no-choroïdites , qu'on découvre si manifestement dans quelques circonstances de ce genre, ne devaient pas être attribuées à un embarras créé dans la circulation de ces parties par une compression quelconque, probablement osseuse; l'œdème sous-rétinien, qu'on a observé dans quelques amauroses syphilitiques, ne doit-il pas être rapporté à la même influence? Boerhaave a vu une amaiirose unioculaire produite par une exostose syphilitique qui comprimait le nerf optique à l'entrée de celui-ci dans l'orbite; le nerf lui-même et le cerveau jouissaient de leur intégrité normale. Plusieurs auteurs allemands font observer que les sujets qui ont été rachitiques et scrofuleux dans le jeune Age, et qui, par la suite, ont été infectés de syphilis , sont plus particulièrement disposés à l amaurose par altérations osseuses. M. Sperino explique le déplacement du bulbe dont il a été question plus haut par l'existence probable d'une périoslite profonde de l'orbite (périorbitis chronique de M. Hamilton). Ne doit-on pas invoque! encore, comme complication possible dans quelques cas de ce genre, une infiltration avec hypérémie du tissu cellulo-adipeux de la cavité orbitaire/ L amaurose syphilitique compliquée d'atrophie de la papille, et surtout de surdité et tfl paralysies variables, doit conduire de prime-abord à la pensée que la maladie est d'origine cérébrale ou cérébro-spinale.
Il résulte des considérations qui précèdent que, dans l'état actuel de la science, la variété nosologique qui nous occupe, et qu'il ne faut pas confondre avec une mydriase syphilitique (p. 394), peut se diviser en deux formes principales : l'amaurose vénérienne oculaire, dont les caractères palhognomoniques nous sont révélés par l'ophlhalmoscope, et l'amaurose vénérienne encéphalique, dans laquelle cet instrument trouve l'œil dans. ses conditions normales ou n'y découvre que certaines particularités communes ù toulcsles amauroses cérébrales. Les principales lésions, d'ailleurs, qui