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CHAPITRE IX. MALADIES DE LA CHOROÏDE ET. DE LA RETINE

la variété étiologique qui nous occupe, Parfois même, un oedème de la rétine, sans dégénérescence graisseuse de cette membrane, a été diagnostiqué dans la maladie de Bright. Tel était le cas d'un malade dont l'observation a été relatée par M. Heyman (de Dresde); ses pupilles étaient dilatées et immobiles; sa cécité était complète. L'exploration opblhalmoscopique montra une hypérémie des rétines et un bombement des papilles, qui avaient presque le double de leur volume habituel. M. Heymann pensa qu'il y avait probablement ici gonflement séreux des papilles. Le décollement de la rétine paraît rare dans l'amaurose albuminurique. L'exophthalmos, qui a été parfois noté, tantôt à un œil , tantôt aux deux yeux, est incontestablement lié à une infiltration séreuse du tissu cellulo-adipeux de l'orbite.

La forme pathologique dont il s'agit peut entraîner une suspension absolue de la vision ou un simple trouble amblyopique de cette fonction. Il est digne de remarque qu'on rencontre plus souvent, dans l'espèce, des interruptions que des diminutions du champ visuel. Parfois d'ailleurs les désordres rétiniens semblent trop bornés, chez les albuminuriques, pour- rendre compte de la cécité, de telle sorte qu'il y a lieu d'invoquer une seconde source, de perturbations dans les autres parties qui concourent à l'acte de la vision. M. Lecorché fait remarquer que l'amblyopie s'évanouit parfois après avoir duré un certain temps, pendant que la néphrite albumineuse continue son cours. Il peut arriver encore que les symptômes de celle-ci disparaissent sans que l'amblyopie subisse des modifications notables; l'amblyopie, dans d'autres cas, marche en même temps que le mal principal et dure jusqu'à la mort. M. Lecorché ajoute que, dans cette marche parallèle de l'affection principale et de l'affection secondaire, on ne constate point de rapports bien nets entre la gravité des accidents de la néphrite et l'intensité des troubles visuels. Chez la malade dont il a été précédemment question, j'ai soumis, dans" toutes les consultations, les urines à l'acide nitrique et à la chaleur. Or, les médecins présents ont pu vérifier comme moi qu'il y avait constamment une proportion très-prononcée entre l'abondance de l'albumine urinaire et l'obscurcissement du fond des globes.

Quelques recherches micrographiques démontrent que la sclérose rétinienne albuminurique ne débute ni dans la couche des bâtonnets, ni dans la région la plus antérieure de la rétine; c'est entre les cellules encéphaliques (couche 'des cellules ganglionnaires) que se développe le dépôt graisseux, qui entraîne ensuite l'atrophie des cellules.

Parmi les conditions susceptibles de donner lieu à l'albuminurie, quelles sont celles qui engendrent des perturbations amaurotiques et celles qui he déterminent aucun trouble de la fonction visuelle? Peut-on apprécier, en d'autres termes, la corrélation qui existe entre l'amaurose et l'albuminurie? Cette question est encore entourée des ténèbres les plus épaisses.

Il résulte de l'expérience de M. Simpson que l'amaurose albuminurique qui se manifeste pendant la grossesse est presque constamment suivie de convulsions éclamptiques. Dans d'autres cas, l'amaurose qui assailli! fes femmes enceintes n'est point albuminurique, mais offre les allures d'une amaurose franchement cérébrale. Chez l'une de mes malades affectée suivant ce mode, la vue,

qui s'était abolie au septième mois tic sa dernière grossesse, ne s'est plus reconstituée après l'accouchement. 11 y a chez elle aujourd'hui atrophie très-prononcée des papilles, et le traitement, suivi jusqu'à ce jour (sublimé, pommade de Gondreja etc.), n'a abouti qu'à lui faire distinguer les ombies des corps, tandis qu'elle était auparavant plongée dans les ténèbres. La vision s'était également éteinte, chez la même malade, au septième mois de la grossesse précédente, mais avait reconquis, un mois après les couches, sa normalité primitive.

.l'ai relaté, dans mon Traité de l'amaurose, l'exemple d'une actrice française qui habitait, il y a quelques années, Constantinople pour l'exercice de son urt, quand, au cinquième mois de sa grossesse, elle fut frappée de cécité. Tous les moyens mis en œuvre se montrèrent stériles. On la croyait aveugle k jamais, lorsque, par la parturition, la maladie se dissipa comme par enchantement. Des faits de ce genre ne sont pas rares. Des femmes sont devenues aveugles à chacune de leurs grossesses, bien que, dans quelques cas, plusieurs années se fussent écoulées depuis leur dernier accouchement. L'épouse d'un pharmacien, citée par le docteur Sanlcsson, fut, dans l'espace de dix ans, affligée! d'amaurose complète aux deux yeux, pendant huit grossesses consécutives< Dans les premières, la vue se reconstituait une semaine après l'accouchement; un mois se passa, lors des dernières, avant le retour des perceptions visuelles. Une femme dont parle Portai devint amaurotique à sa première grossesse, sourde à la seconde, presque muette àla troisième. Dans une observation publiée parle docteur Macario, avant la découverte de rophthalmoscope,il s'agit d'une femme, déjà mère de trois enfants, et qui, arrivée au terme de sa dernière grossesse, ressentit, vers quatre heures du matin, une douleur vive à l'épigastre; sa vue s'abolit subitement. Deux heures après, elle fut attaquée de convulsions violentes, pendant lesquelles elle accoucha sans en avoir la conscience. Les convulsions éclamptiques ne se terminèrent qu'à minuit, huit heures après l'accouchement. A sept heures du lendemain matin, la malade avait recouvré la vue.

Des troubles de la vision ont été constatés à la suite de l'application de vésicatoires préparés avec les cantharides. 11 résulte des observations de M. Landouzy1 que l'amaurose, déterminée par l'albuminurie canlharidicnne, se dissipe généralement dans l'intervalle de quelques heures à quelques jours. I n fait important à noter, c'est qu'elle peut subsister encore après la disparition de l'albumine urinaire.

Les perturbations oculaires, susceptibles de se manifester chez les diabétiques demandent encore à être soumises à l'exploration ophthalmoscopique. qui, ïj leur peu de fréquence, n'a fourni jusqu'à ce jour que des données incomplètes. Plusieurs de ces malades ont offert dans, la région de la rétine des désordres analogues à ceux de l'amaurose albuminurique », mais il y aurait lieu de s'en-

1 Communication à l'Académie de médecine, séance du 28 janvier <8ol.

2 J'ai vu, à l'Iiôpilal ophthalmique de Londres, un malade de trente-trois ans, qui depuis quelques semaines remarquait une diminution considérable de sa vue. 11 pâlissait et maigrissait beaucoup. 11 urinait énormément. A l'examen opbtlialmoscopique , je trouvai des lacbes ecebymotiques sur le trajet des vaisseaux ; la rétine avait une couleur

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