CHAPITRE IX. — MALAHTF.S M LA ClIOROÏni? F.T T)F. LA RETINE
jfcisscment, un ver Ibng d'un demi-pied; iés pttrgâtifs etlëi anlhelmintiques ne tardèrent pas à amener un rétablissement radical. Chez un autre, traité par Wardrop, et qui était affligé d'amaurose et de surdité, ces symptômes se dissipèrent après l'expulsion devers.
L'élément vermineux domine la pathologie de l'enfance. Aussi, est-ce chez les jeunes sujets, atteints d'amaurose non congénitale, qu'il faudra surtout songer à l'existence des vers dans le tuhe digestif, comme cause possible du trouble de la feculté visuelle, trouble qui a quelquefois ici une invasion brusque. Il y aura lieu de soupçonner cette condition étiologique, si le malade a le teint décoloré, jaunâtre, la figure bouffie, les yeux ternes, les paupières inférieures cernées par un demi-cercle plombé; s'il a plus de salive que d'habitude, et si l'on trouve le matin, sur son oreiller, ce fluide quelquefois écumeux; si le ventre est gonflé et l 'haleine fétide; s'il y a du prurit au nez, à la gorge, au fondement, et surtout si le malade a déjà rendu des vers. Demandez si le sommeil est inquiet et interrompu par des rêvasseries; si l'enfant est en proie à des claquements ou à des grincements de dents, phénomène noté par des pathologistes modernes, et depuis longtemps par Avicenne : Accidit habentibus vernies stridor dentium, prœcipue nocte. L'un de mes anciens aides, le docteur Hubsch, que j'ai trouvé fort habile à diagnostiquer les affections vermineuses, après les avoir observées à Naples en grand nombre, a insisté sur les conditions que peut présenter la langue dans cette circonstance. Elle offre assez souvent un enduit blanchâtre parsemé de points rouges. Les uns ont la grosseur d'une tète d'épingle, les autres sont plus petits ; il en est qui sont réunis en groupe, de manière à former des plaques rouges qui se dessinent sur un fond blanc. Plus confluents vers les bords et l'extrémité de la langue, ils sont constitués par l'érection de ses papilles, sons l'influence de l'irritation dont elles deviennent le siège. Parfois, comme dans la chlorose, comme dans la syphilis, un ou deux symptômes mettent seuls sur la voie d'une cause si souvent méconnue des désordres morbides.
J'ai relaté, dans mon Traité de l'amaurose, l'exemple d'une jeune fille atteinte d'une double amblyopie dont on ignorait la nature, et que je guéris par les antbelmintiques, après qu'elle eût rendu, pendant plusieurs jours, une grande quantité d'ascarides lombricoïdes et vermiculaires. Les désordres visuels étaient sujets chez elle à des rémissions et à des exacerbations variables: tantôt la vue était fort trouble, tantôt elle permettait de distinguer des objets minutieux. Tout récemment encore, Albertine Foucard, âgée de sept ou huit ans, et que j'ai traitée âmes consultations cliniques, offrait depuis un mois une vision fortémoussée, avec impossibilité de lire ni d'enfiler son aiguille. L'expulsion , sous l'influence d'un vermifuge, d'un seul lombric d'un très-grand volume dissipa avec rapidité les accidents. L'ophlhalmoscope avait montré chez cette jeune fille une hypérémie très-marquée de la rétine et de la choroïde.
Dans d'autres circonstances infiniment plus rares, l'amaurose est unioculaire comme le fait suivant le démontre.
Observatioh LXV.— Marie Picard, Agée de sept ans, fut conduite à mes consultations cliniques, le H septembre 1856. Cette enfant, d'un tempérament lymphatique, et qui fut
affligée d'opluhalmies graves dans les premières années de sa vie, porte, non loin de la circonférence de la cornée droite, un leucome qui adhère à l'iris, et vers lequel la pupille est entraînée ; toutefois, l'ouverture pupillaire, qui n'est pas plus dilatée que d'habitude, permet aux rayons lumineux de pénétrer au fond de l'oeil. Le globe gauche est
sain
Au rapport de sa mère, Marie jouissait de la faculté de distinguer de l'œil droit tous les objets, quand on constata que cette faculté y était radicalement éteinte. L'enfant était borgne depuis huit jours. Je présentai à l'œil droit plusieurs objets, son congénère étant bouché ; aucun d'eux ne fut aperçu. Tous, au contraire, furent annoncés sans hésitation quand cessait l'occlusion de l'œil sain.
Interrogeant minutieusement la mère sur les causes possibles de la maladie pour laquelle on demandait mes conseils, je ne trouvai dans ses réponses aucune donnée capable de m'éclairer. Une allégation seule me frappa. Depuis quelque temps, l'enfant était fort agitée pendant la nuit; elle se réveillait souvent en sursaut, poussait des cris et versait des larmes. Bien qu'il n'y eût ici aucun signe d'une affection vermineuse, et que l'enfant n'eût jamais rendu de vers, je prescrivis, a titre d'essai, de prendre soir et matin, pendant trois jours, un paquet des poudres suivantes, dont la formule est de Hufeland :
Poudre de semen-contra 2 grammes.
— de racine de jalap 30 centigrammes.
Calomelas 5 centigrammes.
M. pour un paquet.
F. s. a. six paquets semblables.
La jeune malade ayant été ramenée le 4 8 septembre, la mère m'annonça que le premier paquet des poudres vermifuges avait été donné dans la soirée du 44, et qu'à la suite de l'administration du second paquet, le lendemain matin , une grande quantité d'ascarides lombricoïdes fut expulsée par les selles. La vue de l'œil droit fut explorée dans la soirée du même jour : elle était rétablie. C'est également ce que j'eus la salisfaction de vérifier moi-même en présence des docteurs Jean, Guyomar et de plusieurs autres médecins qui avaient examiné la malade dans la séance du 44. L'enfant vit de l'œil droit une épingle fine et d'autres objets minutieux. J'engageai la mère à continuer de temps à autre l'emploi des vermifuges.
C'est dans le cadre des amauroses ganglionnaires ou du grand sympathique qu'on a placé l'amaurose déterminée par la présence des vers dans les voies de la digestion; c'est en effet l'irritation du système nerveux abdominal, sous l'influence de la titillation continuelle occasionnée par ces parasites, qui en constitue le point de départ. 11 me paraît toutefois hors de doute que le trouble des fonctions visuelles s'étahlit surtout par la souffrance du cerveau, qui vient participer aux désordres abdominaux, d'où des effets pathologiques divers : la céphalalgie, le strabisme, des accès épileptiformcs, des accidents parfois qui peuvent devenir mortels. Mais comment se fait-il que la même cause n'entraîne pas toujours les mêmes conséquences, et que l'amaurose apparaisse si rarement dans cette circonstance, tandis qu'il est si commun, notamment chez les eniants, de rencontrer des quantités énormes de vers qui suscitent à peine quelques derangements à la santé? Comme pour bien des choses en médecine, I interp.vlation de ce phénomène se perd dans les secrets de la vie. Il parait probable, d après le docteur Duval (d'Argentan), que, pour donner lieu à la forme amanio-