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CHAPITRE IX.— MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE

Sou/re.— L'influence longtemps continuée «les vapeurs de soufre peut engendrer l'amaurose, suivant les observations de Weller, qui l'a surtout constatée a Ure.de chez les ouvriers adonnés à la fabrication des chapeaux de paille. Le docteur Furuari, qui dit avoir également rencontré l'amaurose sulfureuse chez un Ebricant d'allumettes, cl deux fois chez des blanchisseurs d'étoffes charges de soumettre celles-ci à la vapeur du soufre enflammé, recommande, comme moyen prophylactique, dans les fabriques où l'on emploie le soufre, un bon système de ventilation qui puisse chasser les gaz délétères et renouveler l'air à volonté.

Sulfate de quinine. — Le sulfate de quinine ne parait capable de produire des accidents amaurotiques que quand il a été donné à des doses élevées dans un com l espace de temps, à la quantité quotidienne, par exemple, de 3 ou 4 grammes1. Je lis dans Y Encyclographie médicale (t. II, p. 358), qu'un rhumatisant, à qui l'on avait administré ce remède dans de fortes proportions, fut frappé l'amaurose , dont un traitement énergique et varié n'avait pas triomphé à 1 époque de la publication du travail qui relate ce fait. Le docteur Ménièrc, médecin de l'institution des Sourds-Muets de Paris, a connu un enfant chez lequel une surdité de ce genre demeura complète pendant plusieurs années, et ne put être entièrement guérie.

La Louisiane offre une terre d'alluvion, plus basse parfois que le niveau des rivières, qu'on est obligé de contenir par des digues, et celui de l'eau des puits est très-rapproché de la surface du sol. Il résulte de cette disposition topographique que les lièvres intermittentes sont fort communes dans cette contrée marécageuse, et forment, pour ainsi dire, toute la pathologie du pays. Le docteur Visinier m'a dit y avoir plusieurs fois rencontré l'amaurose, due à de larges doses de sulfate de quinine administré contre des fièvres pernicieuses; il a vu la surdité s'établir seule, mais n'a jamais constaté l'amaurose sans la surdité. Celle-ci fut le symptôme qui se manifesta en premier lieu chez quelques-uns de ses malades; la cécité ne vint qu'ensuite. M. Broussard, l'un d'entre eux, était atteint d'une fièvre tierce, dont les accès n'avaient jusqu'alors offert aucun caractère pernicieux, quand, après l'un de ces accès, son état inspira des inquiétudes à sa famille. M. Visinier, mandé en toute hâte, trouva le malade sans connaissance et sans voix; le pouls était à peine sensible ; bleuâtre aux extrémités, la peau était froide et couverte dans toute son étendue d'une matière visqueuse. Ce praticien fit prendre, dans l'espace de six heures, une potion contenant. 4 grammes de sulfate de quinine; on administra, dans le même espace de temps, deux lavements additionnés chacun de 2 grammes du même sel; on fit soi toute la surface du corps des frictions avec un liniment contenant également 4 grammes de la même, substance. La lièvre ne reparut pas les jours suivants, mais M. Broussard éprouvait une telle faiblesse qu'il pouvait à peine se remuer

i Nous avons dit (p. 127) que la propriété hypostbénisante du sulfate de quinine le rendait fort avantageux contre certaines phlogoses ophthalmiques. Les phénomènes de l'intoxication qu'inique, qu'on attribue généralement à la congestion du cerveau, ne seraient-ils pas dus plutôt, et comme le pensent quelques observateurs, a une anémie de ce viscère?

LIVU,i MALADIES DU GLOBE OCULAIItK.

dans son lit; il se plaignait d'entendre un sifflement perpétuel qui le rendait sourd; sa vue était complètement éteinte, avec dilatation et immobilité des nu pilles. Sous l'influence d'une médication tonique et d'un régime fortifiant la surdité avait d.sparu deux mois après, mais la vue restait confuse. Ce n'est qu'à la longue qu'elle finit par reprendre toute sa netteté primitive. La durée de l'amau rose engendrée par le sulfate de quinine est généralement de quelques jours à plus.eurs mois. Les cas de ce genre, explorés avec l'ophthalinoscope, n'ont rien offert de particulier.

L'usage immodéré et longtemps continué de quelques amers, tels que le hou- Mon, le café de chicorée, le quassia amara, la centaurée, a été considéré comme cause d'amaurose par Andrew, par Beer, par la pluparl des oculistes allemand] Walther place dans cette même catégorie le vermout. Je n ui jamais rien observé de semblable.

traitement. — La cessation de l'habitude de l'ivrognerie est une condition capitale pour la guérison de l'amaurose crapuleuse. Les éléments qui composent la médication des amauroses congestives lui sont généralement applicables. Le docteur Teissier (de Lyon) a eu beaucoup à se louer, dans de telles circonstances, de l'administration à l'intérieur de l'ammoniaque liquide K C'est à tort, d'après lui, qu'on s'est borné à considérer cet alcali comme utile seulement contre les ivresses faibles et passagères, cas dans lesquels on a cru devoir en expliquer théoriquement l'action, en admettant que, par sa combinaison avec l'acide carbonique, il donne lieu à la formation d'un carbonate d'ammoniaque. Ce remède peut offrir encore de grands avantages comme neutralisant d'une intoxication lente, pour combattre les accidents, même éloignés, qui sont produits par l'abus des liqueurs spi ri tueuses , ceux surtout qui sont caractérises par des troubles de l'innervation. M. Teissier cite le fait d'un homme de quarante-ciiiq ans, qui, par suite d'excès de boissons, était tombé, depuis deux aimées, dans un état d'hébétude compliqué des hallucinations les plus étranges. Peu à peu sa vue baissa; le malade fut tourmenté par la perception de mouches: il était inhabile à se conduire. M. Teissier prescrivit l'ammoniaque à l'intérieur et fit pratiquer sur les extrémités inférieures des frictions ammoniacales, moyens qui, unis à quelques autres qu'il relate dans son observation, paraissent avoir été suivis de rétablissement. M. Teissier reproche aux doses trop fortes d'ammoniaque (de 1 à 2 grammes chaque jour, par exemple) de causer des hémorrhagies, un état de dissolution générale et un grand affaiblissement. Il convient, d'après lui, de ne pas dépasser la quantité quotidienne de dix à douze gouttes; à cette dose on peut en continuer l'usage sans inconvénient, pendant vingt ou vingt-cinq jours, et inème davantage.

L'amaurose consécutive à l'influence d'une substance toxique ne réclame, dans la période de l'empoisonnement, que les secours qu'indique la toxicologie, suivant les divers cas (p. Joo). Les émissions sanguines offriront fréquemment de grands avantages dans les troubles visuels causés par quelques poisons narcotiques, pour porter remède aux congestions encéphaliques qui les aceouipa-

1 Bulletin de thérapeutique, t. XXXIX, p. 83,

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