CI1AP1TRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE
gnent. Il en est de même des applications réfrigérantes sur les yeux et la tète. La détérioration de la vue persiste-t-elle après l'empoisonnement, on la traite suivant son intensité et suivant le type qu'elfe affecte.
DE l'hÉMÉRALOPIE-
L'héméralopie (aveuglement de nuit, cécité nocturne, amblyopic crépusculaire de Sauvages, visus diurnus de Boerhaave) est une forme d'antaurose dans laquelle on voit dans la journée, tandis qu'on ne voit pas ou qu'on voit peu, tant que le soleil est sous l'horizon. Arrachart, Dujardin, Lazare Rivière l'appellent nyclalopie, expression qu'il faut mieux réserver à l'affection opposée. Les œuvres de Celse, de Pline, de Paul d'Égine, d'Alexandre de Tralles, témoignent qu'elle n'était point inconnue, des anciens. Les sujets qui en étaient affligés étaient désignés, chez les Romains, sous le nom de lusciosi 1,
Cette affection curieuse a donné lieu à des opinions variées , souvent contradictoires, et les traitements proposés ont dû se ressentir des idées théoriques, et fréquemment erronées, mises en avant pour en interpréter la production.
Wenzel, qui explique l'héméralopie par un état d'anesthésie du nerf optique et par le resserrement exagéré de la pupille, dételle sorte, dit-il, qu'il ne vient pas assez de rayons lumineux sur la rétine et que cette membrane n'en est que peu ou point ébranlée, propose de recourir à un traitement énergique capable de produire dans l'organisation des secousses violentes. En voici l'effrayant tableau : saignées, ouverture même de la veine jugulaire ou de l'artère temporale; tartre stibié, à doses suffisantes pour donner lieu à de copieux vomissements; purgatifs en pilules et en lavements; séton à la nuque; cautère au bras; fumigations excitantes vers les yeux; sialagogues; sternutatoires.
Fidèle aux idées théoriques qui le dominent, dans presque toutes les formes amaurotiques qui se présentent à son observation, Scarpa attribue la cécité nocturne à un état saburral des premières voies. Les émétiques lui semblent dès lors l'expédient capital dont il faut invoquer le secours.
Le professeur Jùngken, qui voit dans la production de l'héméralopie des influences variées, telles que le rhumatisme, l'hystérie, l'onanisme, etc., conseille de la traiter d'après les causes présumées qui lui ont donné lieu. Présente-t-elle les allures d'une lièvre larvée, on administrera le quinquina.
Plus récemment, un chirurgien de marine, le docteur Guérin-Méneville, qui a étudie l'héméralopie abord des bâtiments de la station des mers du Sud, a considéré cette affection comme le résultat d'une altération scorbutique du fluide sanguin. 11 conseille les collyres stimulants et toniques, les boissons acidulées,
' Nonius, Fceslus, Vairo et autres s'accordent à appeler lusciosi ceux qui ne voient point le soir, pas même à la lueur d'une lumière artificielle. (Arrachart /oc 6il p. 153.)
lo suc de citron, l'eau ferrée et un régime substantiel; les marins héméralopôg seront exemptés du service de nuit et des travaux -les plus pénibles.
Les observations que nous avons recueillies sur Pbémérulopie nous permettent d'établir que, bien que sa nature échappe souvent à la sagacité des médecins, il est toutefois un bon nombre de cas où les influences auxquelles elle est liéfc peuvent être très-suffisamment appréciées, d'où la possibilité de déterminer rationnellement les moyens les plus pro, rcs à la combattre.
Parfois, et ces exemples sont de beaucoup les plus nombreux, l'béméralopié consiste dans l'épuisement de la sensibilité delà rétine, par suite de l'exposition des yeux à une lumière très-vive, directe ou réfléchie, la membrane perdant, quand elle n'est plus impressionnée par elle, le ressort nécessaire à l'accomplissement de ses fonctions. Aussi, ceLte affection est- elle fréquente, sous les formes endémique et épidémique, dans les pays on le jour a beaucoup d'éclat, comme sous les tropiques, où nos marins l'ont souvent contractée, et où Tclfort et Bampfield l'ont vue accompagner le scorbut, tandis qu'elle est rare dans les climats tempérés. Certaines causes, toutefois, presque toujours enveloppées d'un profond mystère, peuvent l'y faire naître. C'est ainsi qu'elle a sévi épidémiquement à Belle-Ile-en-Mer, à Montpellier, du temps de Sauvages; à Strasbourg, en 1762 et 1832; à Maussanne (Bouches-du-Rhône), en 1841. L'héméralopie congénitale, l'héméralopie liée à des maladies diverses, sont aussi des amauroses à type toujours asthénique dans le premier cas, presque toujours asthénique dans le second, et dans lesquelles l'excitation est trop faible, tant que le soleil n'éclaire pas l'horizon, pour que l'exercice des fonctions visuelles puisse avoir son cours. Dans d'autres circonstances, la cécité nocturne est une névrose intermittente à accès revenant le soir, et le docteur Pye, qui l'observa dans des localités où régnaient des fièvres paludéennes, l'attribua aux mêmes influences. On lit dans les Lettres édifiantes du père d'Entrecolles que l'béméralopié est commune en Chine, où la culture du riz demande de vastes inondations. La lésion n'est donc pas toujours identicpie. Tantôt idiopathique, tantôt symptomafique, elle est, dans quelques cas. une amaurose franchement intermittente. Ces questions, dignes de l'attention des ophthalmologïstes, demandent ici quelques développements.
Pendant l'automne de 1847, M. Coquerel , chirurgien de marine , a clé témoin d'une épidémie d'héméralopie à bord de la frégate la Belle-Poule, dans les parages de Madagascar. Une centaine d'hommes eu furent frappés; la maladie était tout à fait essentielle. La cécité était incomplète chez le plus grand nombre, ceux qui en étaient atteints conservant encore la faculté de se guider sur le pont du navire, au clair de la lune ; elle était telle chez quelques-uns qu'ils ne distinguaient pas à une courte distance la lumière d'un fanal. Tous, d'ailleurs, jouirent d'une excellente santé pendant la durée de leur cécité nocturne.
Quelques mots du docteur Coquerel expliqueront l'influence qui donna lieu, dans cette occurrence, à l'héméralopie :
«Celui, dit-il qui n'a pas été témoin par lui-même du brillant éclat du so-
1 Coquerel, De la céoité nocturne (thèse inaugurale). Paris. ISl!'.