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CHAPITRE IX. — MAI. MURS DE T A CHOROÏDE ET DE LA RETINE

L] des tropiques peut à peine se l'aire une idée des flots de lumière qui inondenl tous les objets sous la zone torride; il faut de l'habitude pour pouvoir considérer un instant sans trop de fatigue les corps fortement éclairés par le soleil. Les matelots , et surtout les gabiers et les canotiers , sont exposés pendant tout le jour aux rayons directs du soleil le plus ardent, et à sa réflexion sur les eaux de la mer. »

II est à remarquer que, dans cette épidémie, aucun officier ne fut atteint; chose semblable avait été notée déjà et l'a été depuis dans des épidémies analogues à bord des bâtiments de l'État. Dans un rapport adressé au conseil supérieur de santé de Brest par M. Fleury, chirurgien-major de la marine, celui-ci explique le fait dont il est question par les conditions qui, sous un grand nombre de rapports, ne sont pas les mêmes pour les officiers que pour l'équipage. Le quart que font les officiers étant beaucoup plus court que celui des matelots, il en résulte que les premiers sont moins soumis que les seconds à l'action du soleil projeté par la surface des eaux, par les voiles, par les corps métalliques de toute sorte, si brillants à bord des navires de guerre. Les uns ont la faculté de se garantir sous une tente, avantage dont les autres ne jouissent pas toujours. Les ofliciers, dans ces navigations, portent de grands chapeaux de. paille; il en est même qui se munissent de conserves colorées; les matelots n'ont qu'une casquette sans visière ou un chapeau à bord étroit. Les hommes le plus exposés sont ceux qui, sous le nom de gabiers, sont chargés du service des voiles.

On lit, dans le traité de M. Mackenzie, qu'en juillet et en août 1834 , l'hcméralopie sévit dans deux bataillons d'un régiment prussien en garnison à Ehrenbreilstein et à Pfaffendorf. On crut que ceux qui en étaient affligés simulaient la cécité; on ne tarda pas à être convaincu du contraire. Les soldats, dans les marches et les évolutions nocturnes, trébuchaient et se heurtaient les uns contre les autres. Le chirurgien Hubner attribua la maladie aux chaleurs intenses de l'été, à la fréquence des exercices sur uw terrain éblouissant et dépourvu d'ombre, oîiles soldats étaient soumis, en outre, à la réflexion des rayons du soleil par la surface du Rhin , à l'obscurité extrême des chambres qu'ils occupaient dans les fortifications, et qui rendait, quand ils en sortaient, leurs yeux plus sensibles à la lumière. Le fléau épargna deux compagnies des mêmes bataillons casernées dans une vallée voisine, et Innées dans des chambres bien éclairées et spacieuses.

Souvent l'héméralopie a régné parmi les corps d'armée en marche dans des pays couverts de neige, dont l'éclat affectait les yeux. Carron du Villards rapporte que son père observa un bon nombre d'héméralopes, dans les campagnes de 1793, chez les soldats piémontais qui bivaquaient nuit et jour sur de mon . tagnes couvertes de neige; ils étaient tellement aveugles à la tombée de la nuit qu'on les réunissait par escouades pour les faire conduire par un individu sain. Des militaires couchant au bivac, dans l'hiver de 1834, turent affectés d'hëméralopie. En les examinant durant la nuit, au moment où leur cécité était com-

1 Aucun des officiers des bâtiments où nous avons servi n'a été liéniéralope. (Ouvrard Sur l'héméralopio observé,: à bord du Lavoisier pendant une campagne en Océank- tKèse inaug, Paris, 1 858.)

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pfète, Oïl remarqua que leurs pupilles étaient dilatées et Fixes, et la flamme d'une chandelle n'en amenait pas le resserrement. Le docteur Warthori pensa que \d maladie résultait d'une débilité de la rétine, vivement impressionnée par l'éclat éblouissant de la lumière que projetaient les grands feux allumés dans le camp, et qui étaient réfléchis de tous côtés par les glaçons dont les arbres environnants étaient garnis.

Au rapport du docteur Coquerel, la cécité nocturne est fréquente à Cadix parmi les nombreux mendiants qui, par misère ou par paresse, passent les nuits dans les rues ou à la porte des églises. Cette ville est bâtie sur une langue de terre couverte d'un sable lin très-brillant, sur lequel le soleil darde, pendant presque toute la journée, ses rayons ardents, lesquels sont reflétés encore parles maisons blanchies à la chaux.

Ces documents confirment la proposition ci-dessus énoncée sur l'influence d'une lumière trop vive comme cause d'héméralopie. Si le jeu physiologique de la rétine est interrompu pendant la nuit, quand elle n'est plus sollicitée par cet agent, c'est qu'alors l'excitant n'est plus au diapason de l'irritabilité rétinienne.

Cette inertie de la sensibilité de la rétine, à qui les objets échappent, quand ils ne sont pas fortement éclairés par les rayons solaires ou par une forte masse de foyers lumineux artificiels, peut être, avons-nous dit, congénitale, et on l'a vue même se transmettre par voie d'hérédité. Dans un mémoire présenté par le docteur Florent Cunier à la Société de médecine de Gand, ce praticien relata le fait d'un boucher de Vendémian, près Montpellier, Jean Nougaret, né en 1637. et qui, héméralope lui-même, a légué l'héméralopie à ses descendants. Six générations ont été successivement frappées à la naissance des individus atteints . qu'ils séjournassent à Vendémian ou qu'ils se fixassent ailleurs; l'infirmité se propage beaucoup plus par les femmes que par les hommes; dès qu'un membre de la race s'en est trouvé délivré, il ne l'a plus transmise à ses enfants. Au rapport du docteur Stiévenart, l'aïeule maternelle de M. X , décédée à soixantequatorze ans, était affligée d'héméralopie. De ses dix enfants, cinq naquirent

héméralopes. L'un de ceux-ci, la màj-e de M. X , eut trois enfants, dont le

premier et le dernier cessent de voir au crépuscule. M. X s'est marié deux

fois. Un garçon qu'il eut de sa première femme est atteint de cécité nocturne; des quatre enfants qu'il eut de sa seconde femme, un seul hérita de l'infirmité de son père. L'oncle d'un libraire de Paris fut affecté d'héméralopie jusqu'à quarante-deux ans, époque à laquelle il devint aveugle.

Telle est l'héméralopie idiopathique. On peut même dire que quelques vieillards, fort avancés en âge, sont, jusqu'à un certain point, héméralopes, puisqu'une lumière, naturelle ou artificielle, très-vive, leur est nécessaire pour distinguer les corps qui les environnent.

C'est encore à la torpeur de la capacité sensitive de la rétine qu'il faut rattacher l'héméralopie produite par les causes susceptibles de donner lieu à l'amaurose en général (héméralopie symptomatique). Dans quelques cas, par exemple, elle a paru dépendre d'un embarras gastrique , d'où le succès des évacuants qu'invoque Scarpa dans trois observations de ce genre. On l'a vue se manifesler par suite de la présence d'ascarides lomhricoïdes dans le lube intestinal , et

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