CHAPITRE 1\. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET I>E LA RETINE
plicatiun qui, laite soir et malin, durait chaque fois de dix minutes à un quart d'heure. Le 10 du même' mois, le père me ramena son enfant, plus pour me remercier que pour demander mes conseils, car la guérison était complète. On avait continué à pratiquer deux fois par jour les fumigations azotées. Je recommandai de les continuer encore quelque temps et seulement le soir, de crainte de rechute.
|pje lis dauslc Dictionnaire cle ï industrie (Paris, 1795, t. IV) : «Les Chinois sont très-sujets à celte maladie. On dit que, pour la guérir, ils font cuire un foie de mouton enveloppé d'une feuille de nénufar, après l'avoir saupoudrée de salpêtre; on met le tout dans un pot, qu'on remue souvent, ayant sur la tète un grand linge qui pond jusqu'à terre, afin que la fumée qui s'exhale du foie ne se dissipe point, et que le malade la reçoive entière.»
Dupont rapporte que ce fut un vieux soldat qui indiqua à ses camarades le remède suivant, lorsqu'il y eut, en 1762, une si grande quantité d'aveugles de nuit à Strasbourg :•
«Les soldats, dit-il, font cuire une tranche de foie de bœuf, pesant environ une demi-livre, dans un pot de terre de grandeur telle qu'il soit complètement rempli par quatre livres d'eau. Lorsque le foie est cuit, comme pour le manger, et que la vapeur est d'une chaleur supportable, ils portent le pot sur leur lit, et, inclinant la tête de très-près, ils se font jeter une couverture par-dessus eux, de manière à y être exactement enfermés avec le pot. Ils y restent jusqu'à ce que le bouillon ne produise plus de vapeurs, ou que la gêne de la respiration les oblige d'en sortir. En général, une seule application suffit pour les guérir radicalement.
«J'ai connu des soldats entêtés qui n'avaient voulu rien faire pendant trois semaines; je l'ai même quelquefois souffert , afin de savoir si le remède serait aussi efficace pour une maladie ancienne que pour une récente. Je n'y ai pas observé de différence ; et à présent que je crois avoir fait toutes les épreuves nécessaires à ma conviction, je fais administrer de force le même traitement. Il existe actuellement au régiment plus de deux cent cinquante hommes traités de cette manière. »
; Peu de temps après la publication de notre travail, la rédaction de l'Union médicale reçut du docteur Fonssagrives, médecin en chef de la marine à Cherbourg, une communication de laquelle il résulte que la supériorité des fumigations de foie de bœuf a été plus particulièrement constatée par la médecine nautique, appelée, parla spécialité de son ministère, à combattre fréquemment l'héméralopie. «Dès 1852, dit-il », nous en parlions dans les termes suivants : Tous les moyens préconisés contre cette névrose (applications répétées de vésicatoires autour de l'orbite, purgatifs, vapeurs d'ammoniaque, strychnine par la méthode endermique, etc.) ont montré, les uns après les autres, leur inefficacité absolue. Je recourus alors aux fumigations de foie de bœuf; dès la première fumigation, il y eut une amélioration notable, el au bout de quinze jours ]a gué mon élail complète. Le remède est vulgaire, mais il a une suffisante compensation à ce défaut : il guérit. Il est assez difficile de se rendre compte de Faction
1 Union médicule, année 1858, p. 363.
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LIVRK II, MALADIES DU GLOBE 0CULA1RK.
de ce singulier médicament; je crois que, par des essais comparatifs avec le» principaux éléments qui le constituent, on arriverait à la détermination de l'élément qui est actif. Il est rationnel de supposer que c'est la bile, et je m'en serais assuré en traitant d'autres malades au moyen de fumigations faites avec Id liquide de la vésicule, si les cas ne m'avaient pas fait défaut1. » Il résulte, d'ailleurs, des recherches de M. Fonssagrives que tantôt le foie et tantôt le tiel de certains animaux ont été recommandés contre l'héméralopie par un grand nombre d'anciens auteurs : Hippocrate, Paul d'Égine, JËtius, Acluar.us, Marcellus, et plus tard Ambroise Paré2. Celte affirmation continue et traditionnelle de l'utilité de l'emploi du foie contre les maladies des yeux, depuis l'esturgeon biblique du vieux Tobie jusqu'au fiel de crocodile d' Ambroise Paré, n'a-t-elle p quelque chose de très-remarquable?
Dans l'opinion du docteur Baizeau 3, l'on arrive aux mêmes résultats avec des décoctions de mauve ou de plantes aromatiques, et même avec de simples fumigations aqueuses , d'où il résulte que la vapeur d'eau constitue le seul élément actif de la médication. «Pour mon compte, dit un ancien chirurg.en de marine, le docteur Neboux *, j'ai appliqué à plusieurs reprises à des yeux hemeralopes la vapeur d'eau simple ou émolliente sans en retirer d'autres etrets qu un peu d'amélioration chez un petit nombre d'individus, et je n'a, jamais employé la décoction de foie de bœuf sans obtenir la disparition de l'héméralop.e. Ma conviction est donc bien arrêtée : c'est au foie de bœuf qu'est due la bonté de la médication. Dans les longues campagnes maritimes, où le foie de bœuf manque souvent, il serait à désirer que l'on pût conserver en flacons un médicament anti-héméralopique d'une efficacité aussi bien reconnue. » Un héméralope soumis pendant trois jours, par le docteur Bruschini, à l'évaporation méthodique de l'eau chaude, qui fit pleuvoir de la tête et de la face une sueur excessive, n obtint aucun soulagement. Après une expectation de quatre jours le même expédient fut réitéré vainement durant trois autres jours consécutifs, quand la substitution des vapeurs de foie de bœuf à celles de l'eau simple guérit le malade.
Deux séances suffirent 5.
Par la publication de notre travail, nous avons ete assez heureux pou i pi moquer les communications qui précèdent, et qui s'accordent sur 1 efficacité un expédient à peu près tombé dans l'oubli, car nous ne l'avons vu conseille! dans aucune consultation ophtalmologique, et il n'en est pas question dans plus, «« traités d'oculistique de date récente. Bien qu'empinque, ce moyen si simple el devenu populaire en Russie, en Pologne et dans un grand nombre d autre, contrées ne devra donc pas être perdu de vue dans la pratique.
KaZlt par VkL de foie de morue.-Dans une épidémie d'hemeralop*
. Histoire médicale de la campagne de la frégate à vapeur rEldorado. Paris 1 8B£ , Dumcoqui.ur l«eP.r hircinum), vaporemocidisaperUsadmUlerend>e,P ul d Eg.ne.) Aliqui hepar coqu.mt, et oculos super elalum vapore.n detinent. (JEuns.) Jeclr hircinum comede, et dum coquitur, vaporem oculis exc.pe. (Acluar.us.) 3 Union médicale, année 1858. p. 383.
* Bulletin de thérapeutique, t. LV, p. 416. ' Gazelle médicale t année 1858, p. 789.