CHAPITRE X.— MALADIES IHiS NERFS DE l'(KIL
fection sera d'autant plus complète que la cornée chevauchera moins largement, avec moins de liberté, vers l'angle externe.
Sans l'espèce, la diplopie s'explique par la brusque interruption de l'harmome des axes optiques, les deux yeux, dans l'état normal, ne percevant une image unique que parce que les deux images se fusionnent, c'est-à-dire se forment sur deux régions rétiniennes associées et accoutumées à agir ensemble. Or, il y a disparition instantanée de la double vue, dès^'on ferme un œil, que ce 'soit l'organe sain ou l'organe malade. La saillie plus ou moins forte du nez peut influer sur la diplopie, un nez très-protubérant dérobant, dans certaines directions, à un œil la. vue d'objets qui seraient distingués sans la présence de qet obstacle.
Il est digne de remarque que les deux images sont croisées dans la paralysie de la troisième paire. L'œil gauche est-il strabique en dehors, par suite de celte paralysie, l'image qu'il fournira sera située à droite de celle que donnera son congénère. Les iraages*eont synonymes, au contraire, dans la paralysie de la sixième paire. Si nous supposons un œil gauche frappé de cette maladie, et louche conséquemment vers le grand angle, l'image fournie par cet organe sera à gauche de celle que fournira l'œil sain.
Vient-on à placer devant l'œil qu'a respecté la maladie une plaque de verre colorée en bleu, en violet, enrouge,en jaune, et invite-t-on le malade à contempler avec les deux yeux un corps vivement éclairé, comme la flamme d une bougie on d'une lampe, une image sera distinguée dans cette coloration, tandis que l'autre en sera exempte. C'est surtout dans les diplopies douteuses, dans une paralysie présumée de la quatrième paire, par exemple, que ce procédé offre de grands avantages de précision, en ce qu'il accentue fortement l'image vraie et l'image fausse. Il sert d'abord comme moyen de diagnostic, puis comme critérium pour faire connaître les progrès de la médication.
j^. J'ai rencontré des sujets qui, après un temps généralement long, finissaient par ne plus voir double, alors même que la déviation oculaire n'avait subi ^tcune modification sensible. Cette particularité trouve son explication dans l'habitude que l'on contracte alors de ne regarder les objets que d'un œil, d'où il suit que son congénère tombe graduellement dans l'inertie, et. que la sensation que le premier transmet au cerveau absorbe et abolit la sensation beaucoup plus faible que le second perçoit. Aussi les louches, dès le début de la vie, et qui ont oublié les sensations du premier âge, ne se plaignent-ils jamais, ou presque jamais, de diplopie. « Toute la différence qu'il y a entre les personnes qui louchent dès leur enfance, dit Saint- Yves1, et celles à qui ce défaut arrive dans un âge plus avancé, est que les premières ne voient pas double, comme il arrive aux dernières. »
Les influences étiologiques, qui président à la constitution de ces paralysies, peuvent être, en thèse générale, ramenées aux trois chefs suivants : causes cérébrales, rhumatisme, syphilis. Eu égard au mode d'action de leurs causes, ces paralysies peuvent encore être divisées en centrales et en périphériques.
1 Saint-Yves, Traité des maladies dus yeux. Amsterdam et Leipzig, 1767, p. 134.
Les conditions morbides du cerveau sont des foyers hémorrhagiques, des anévrysmes, des kystes, des tubercules, des tumeurs de toute sorte qui compriment les nerfs à leur origine ou dans leur trajet. On peut invoquer encore des ramollissements, des désorganisations lentes, qui siègent dans l'intérieur de la cavité crânienne. Une simple turgescence vasculaire, artérielle ou veineuse, dans le crâne, parait capable d'engendrer ces paralysies. N'est-il pas aussi permis de supposer que d'un travail congestif pourront naître des épanchement-. séreux ou plastiques qui compriment, vers son origine, le tronc nerveux frappé d'inertie? C'est en triomphant de ces produits que les hydrargyriques, si utiles dans ces occurrences, procurent très-probablement la guérison. Une paralysie de ces nerfs, surgissant dans le cours d'une fièvre typhoïde ou de toute autre maladie grave, indique une complication encéphalique.
La nature rhumatismale des lésions qui nous occupent se déduit de la constatation d'un rhumatisme qui affecte ou affectait une régien quelconque de l'économie, ou de la détermination d'une cause rhumatismale à laquelle vient d'être exposé le malade. Tels sont une atmosphère chargée d'humidité, un vent froid reçu sur la face, l'habitude de dormir, pendant les chaleurs de l'été, la fenêtre ouverte et exposé à des courants d'air.
Le diagnostic des paralysies vénériennes se fonde tout entier sur la recherche des accidents syphilitiques antécédents ou coexistants. La présence d'une exostose visible à la tête doit conduire à penser qu'une exostose interne comprime très-probablement certains nerfs crâniens. La médication spécifique sera surtout ici la pierre de touche du diagnostic, car, si le mal est vénérien, il arrive souvent qu'il s'amende et parfois même disparaît avec une rapidité qui tient du prodige.
Parmi les causes des paralysies qui nous occupent, il en est une fort importante, que les ophthalmologistes ont passée sous silence; nous voulons parler l'influence, quelle qu'elle soit, qui donne lieu aux pbénomènes de Vota locomotrice progressive. Signalée pour la première fois par M. Duchenné ( Boulogne) l, cette altération, si souvent confondue avec un rhumatisme, a été maintes fois observée depuis la description qu'il en a faite, sans qu'on soit encore édifié sur le point de départ réel des désordres. La nullité complète des éléments nécropsiques a dû naturellement conduire les observateurs à ran cette singulière maladie dans la classe d'un bon nombre de lésions fugaces quant à leurs conditions anatomiques : on en a lait une névrose. C'est une névrose spasmodique, d'après M. Trousseau, caractérisée par un manque d'aptitude de coordination des mouvements volontaires, compliquée souvent de troubles de la sensibilité, et quelquefois de perle du sens musculaire de Cliarlcs Bell.
Les trois principaux traits symptomatiques de l'ataxic locomotrice sont :
i Consultez, pour une description complète de cette maladie, l'ouvrage de }f. Indienne, portant pour litre: De l'éleclrisalion localisée, 2< édit. Paris, 1 861.— Voir encore les leçons faites en 4861 par M. Trousseau à l'Hôlel-Dieu. ( Union médtcale, t. IX, p. 178, 229 et 306; Gazette des hôpitaux, année 1861, n»s 36 et 37.)
-io k destruction progressive de la coordination des mouvements volontaires ' ; 2o de. paralysies transitoires ou permanentes; 3<> des douleurs considérées comme pathognomoniques. « Fui géantes, dit le docteur Duchenne, mobiles, erratiques, très-circonscrites , térébrantes, et accompagnées cl hypereslhesie cutanée, ees douleurs, qui parcourent toutes les régions du corps, sont caractéristiques; on les a vues quelquefois constituer à elles seules la première période, pendant 'plusieurs années, une fois pendant quinze ans. Elles doivent donc tenir l'observateur en garde contre l'ataxie locomotrice progressive, bien qu'isolées, elles n'aient pas plus de valeur dans le diagnostic de cette affection que le strabisme compliqué d'amblyopie ou d'amaurose. La réunion de ces douleurs avec le strabisme ou avec l'amaurose acquiert une bien plus grande signification, sans être encore un signe palhognomonique de l'ataxie locomotrice; c'est, en effet, sous cette forme que se présente, en général, la première période dont nous éludions le diagnostic. » Les pertes séminales involontaires et l'incontinence nocturne de l'urine doivent encore être notées. Les paralysies oculaires, dont nous avons plus particulièrement à nous occuper, sont celles de la sixième paire, qui semblent les plus fréquentes, et celles de la troisième. 11 est digne de remarque que ces paralysies, susceptibles de surgir dans la stade prodromique comme dans la période d'état de la maladie, sont fréquemment fugaces. Nous citerons, par exemple, une paralysie de la sixième paire qui disparut soudainement au bout de huit jours de durée. Un bon nombre de sujets offrent des troubles araaurotiques variés, tantôt à un œil, tantôt aux deux yeux. Quelques yeux, frappés de cécité, ont été trouvés atteints d'atrophie de la papille optique. Une mydriase peut se montrer encore à une période plus ou moins avancée du mal, et parfois à ges débuts. L'ataxie entraîne quelquefois l'anestbésie de la cinquième paire. Elle respecte presque constamment les facultés intellectuelles. Elle n'apparaît guère enfin que dans l'âge moyen de la vie et se montre beaul^fcpup plus souvent chez les hommes que chez les femmes. Il est à peu près superflu d'ajouter que le pronostic de la lésion est très grave. M. Duchenne avance, toutefois, qu'elle peut rétrograder; qu'il ne conserve aucun doute à cet égard. Sa durée est essentiellement variable. Quelques ataxies ont, dit-on, duré quinze ou yingt ans, puis ont contracté tout à coup une allure sérieuse.
Les considérations précédemment exposées nous mettent sur la voie des indications curatives généralement applicables aux paralysies des nerfs de l'œil. Tantôt antiphlogistique (émissions sanguines, réfrigérants, pédiluves, sinapismes, purgatifs, mercuriaux, etc.), tantôt stimulant (strychnine, extrait alcoolique de noix vomique, électricité, etc.), le traitement réclame, dans quelques circonstances, l'intervention d'agents antidyscrasiques.
Nous avons déjà signalé (p. 624) les avantages de l'ingénieux appareil électro-
* Les ataxiques vous diront qu'ils ont une boule de caoutchouc en guise de semelle, et qu'ils bondi>senl, alors même que leurs pieds sont solidement fixés et bien à plat, comme s'ils étaient mus par un ressort élastique. (Trousseau.) Quand la maladiea atteint les membres supérieurs , les fonctions de la main sont sujettes à des anomalies fort bizarres.
dynamique dont nous faisons depuis quelque temps usage. Il est généralement admis dans la pratique que l'électricité est indistinctement applicable dans les conditions qui militent pour son emploi, quelle que soit la source d'où elle dérive. Nous devons, toutefois, ajouter qu'il résulte des expériences de M. Du clienne (de Boulogne) qu'une différence existe entre l'électricité qui arrive aux organes par le courant du premier ordre (courant inducteur, extra-courant, courant d'inducliorî de la première hélice) et celle qui leur est transmise par le courant du second ordre (courant d'induction de la seconde hélice). L'une agirait plus particulièrement sur la contractai té, tandis que l'autre aurait une influence spéciale sur la sensibilité. Il suit de là qu'il y a lieu de recourir au courant du premier ordre dans une paralysie motrice, tandis qu'il faut employer le courant du second ordre dans une paralysie sensitive (rétine, ^etc). Or, comme ces deux genres de paralysies peuvent se trouver associées l'une à l'autre, les deux ordres de courant seront alors réunis pour les combattre.
La belladone à faibles doses a invoqué quelques succès comme moyeq sédatif des douleurs associées à l'ataxie locomotrice. M. Duchenne, qui a employé fructueusement contre elles la faradisation cutanée, considère l'électricité comme l'un des expédients les plus salutaires contre les phénomènes paralytiques susceptibles d'accompagner, l'ataxie. Elle a réussi, dans sa pratiquera triompher de paralysies oculaires et de diplopies qui s'étaient montrées rebelles aux médications antérieures.
Dans son Traité du strabisme, publié à Berlin, en 1842, et qui, à notre grand regret, n'a point été traduit dans notre langue, Dieffenbach dit avoir retiré de brillants succès d'une opération fort simple, applicable à quelques strabisme* par défaut de contractilité musculaire : je veux parler de la cautérisation de la conjonctive scléroticale, sur le trajet du muscle frappé d'inertie, du côté opposé conséquemment à celui vers lequel la déviation a lieu. Le caustique indiqué par Dieffenbach est la pierre infernale. Il enseigne de s'en abstenir, quand le sujet est enclin aux inflammations ophthalmiques. La difformilé cesse parfois dit-il, après une seule cautérisation. Deux applications suffirent, dans lapraliqu du chirurgien de Berlin, chez une fille de vingt ans qui louchait en dehors depuis son enfance.
Des données si encourageantes, formulées par un homme d'une telle valeur, m'engagèrent à répéter ses essais. C'est ce que j'ai fait, nombre de fois, pour les paralysies des troisième et sixième paires cérébrales, et j'ai déjà consigné, dans mon Traité de ïamaurose et dans plusieurs publications périodiques ', les résultats heureux que ce procédé m'a fournis.
Il arrive quelquefois, à la suite de la paralysie de la troisième ou de la sixième paire, supposée guérie, que l'œil, naguère compromis, n'apporte plus son tribu! dans l'accomplissement de la vision générale, cet œil se déviant, d'une manière sensible à peine, pendant que son congénère fixe seul les corps qu'on lui présente. Il est facile de constater ce phénomène.
1 Gazelle des hôpitaux, année 1847, p. 49 el 73. — Union médicale, année 1854, p. 3 et 6. — Annales d'oculislique, l. XXII, |>. 186.